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La crise du milieu de vie, une chance de se réconcilier avec soi-même

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© Potstock

Edifa - Publié le 01/02/20

La crise la quarantaine (ou de la cinquantaine) est parfois redoutée par de nombreuses personnes. Elle peut pourtant être une occasion de vivre « la seconde conversion », qui débouche sur un développement de la prière et de l’oraison contemplative. Entretien avec le père québécois André Daigneault.

Il n’existe pas de critères bien nets pour marquer l’entrée dans ce temps de transition. Cela arrive doucement ou soudainement, entre 35 et 50 ans, parfois à 55 ans chez les hommes. La crise commence souvent par un sentiment d’insatisfaction. Nous nous étions dépensés pour tant de projets et là, tout d’un coup, nous expérimentons une sorte de vide intérieur. Nous mesurons alors l’écart entre nos désirs de jeunesse et les réalisations effectives de notre vie adulte. Parfois, nous saisissons que nous avons poursuivi un rêve qui n’était pas tout à fait le nôtre et que nous avons refoulé en même temps tout un pan de notre personnalité.


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Cette crise est un temps de remise en question. Après des années d’activités fébriles, nous nous mettons à explorer notre monde intérieur : « Qu’ai-je fait de ma vie ? Me suis-je trompé dans mes choix ? Qui suis-je vraiment en dehors de ma fonction, de ma profession, de mon statut social ? Dans quelle direction dois-je maintenant orienter le reste de ma vie ? » Tout ce qui a été refoulé depuis des années remonte à la surface. Sur le plan de la foi aussi, chacun se découvre tel qu’il est : fragile, vulnérable et pécheur. Toutefois, cette crise de vie, qui est parfois comme une épreuve, peut se révéler une vraie opportunité sur le chemin de la sainteté, selon le père québécois André Daigneault.

La crise du milieu de vie, n’est-ce pas une simple dépression ?
Père André Daigneault : Ce n’est pas une dépression ordinaire ou ce qu’on appelle un burn out. Certes, la crise peut engendrer certains états dépressifs, mais elle se situe à un autre niveau. En effet, c’est au beau milieu d’une existence que la personne pense bien ordonnée que viennent prendre place, sans cause apparemment discernable, ce sentiment de vide, cette anxiété diffuse et cet état de tension intérieure qui amènent cette remise en question. La crise du milieu de la vie, quel que soit le moment où elle prend place, apparaît comme une invitation à une redéfinition de soi qui constitue la tâche essentielle de l’existence adulte vers la maturité humaine et spirituelle.


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Pour éviter d’avoir mal, ne peut-on y échapper ?
Tout être humain — marié ou célibataire, prêtre, religieux séculier ou régulier — passe par cette traversée houleuse plus ou moins forte. Elle peut d’ailleurs être reliée à l’adolescence, car tout ce qui n’a pas été réglé pendant cette période remonte à la surface. Et là, on ne peut plus éviter d’y répondre. C’est pour cela que certains auteurs appellent cette crise la « seconde adolescence ». Comme lors de cet âge ingrat, on prend conscience que l’on ne supporte plus son image idéalisée au sein de sa famille : pour la première fois de sa vie, on ose être soi-même, quitte à perdre une certaine estime de ses proches, qui, en général, ne comprennent pas ce changement d’attitude.

Est-ce une crise de foi ?
Pour les chrétiens, cette crise peut être une occasion de vivre ce que beaucoup d’auteurs nomment également « la seconde conversion ». En effet, ce pourrait être le temps de traverser une « nuit spirituelle » qui déboucherait sur un développement de la prière et de l’oraison contemplative. Certains affirment qu’à cette époque de la vie nous devons retrouver nos racines spirituelles, nous réconcilier avec la foi de notre enfance parfois rejetée à cause d’une vision erronée du visage de Dieu et de la foi adulte.


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« De tous mes patients au-delà du milieu de la vie, c’est-à-dire au-delà de 35 ans, il n’y en a pas un seul dont le problème fondamental ne soit pas celui de l’attitude religieuse », confirmait Carl Jung. « Oui, chacun souffre finalement du fait d’avoir perdu ce que des religions vivantes ont de tout temps donné à leurs fidèles, et aucun n’est vraiment guéri tant qu’il ne retrouve pas son attitude religieuse ».

En quoi cette crise peut-elle être une chance sur un plan humain ?
La personnalité n’atteint sa plénitude qu’à partir de 40 ans. En fait, bien souvent, la crise du milieu de la vie est une chance de se réconcilier avec soi-même. C’est le temps de passer du « faire » à l’« être ». Une période où l’adulte se doit de réexaminer sa vie et laisser émerger ses aspirations profondes. En général, après cette épreuve, nous devenons plus miséricordieux envers les autres et envers nous-mêmes. C’est comme un nouveau départ, une renaissance. C’est alors que nous retrouvons notre cœur d’enfant tout en devenant des hommes et des femmes matures. Si nous n’avons pas fui et si nous avons accepté d’entrer dans nos blessures, alors, après cette crise, le masque tombe et nous devenons vraiment nous-mêmes. Un changement s’opère. On pourrait dire que chacun se découvre alors non pas tel qu’il se rêvait, mais tel qu’il est.

Cette crise demeure donc une traversée nécessaire et pleine de promesses, mais elle est aussi très pénible pour celui qui la vit. Que peut faire son entourage ?
Être simplement une présence rassurante, forte et compréhensive. Il faut veiller à ne pas donner trop vite des conseils ou des solutions pour sortir de cette épreuve, mais essayer de faire entrer la personne dans ce lieu redoutable de la blessure de l’âme et du cœur. De fait, à ce moment de sa vie, la personne a besoin de se sentir acceptée dans ce qu’elle est au plus profond, d’être assurée que ce qu’elle va livrer — et qui lui paraît parfois si effrayant — ne provoque pas de la condamnation chez celui ou celle à qui elle va s’en ouvrir.


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En général, la tentation est de se réfugier derrière un masque et de se durcir encore plus, pour ne pas entrer dans cette phase perturbante du mitan de la vie. D’autres se lancent, fébriles, dans toutes sortes d’activités, sans s’apercevoir qu’ils s’efforcent de fuir et de se fuir. Karl Stern, psychanalyste juif converti au catholicisme, avait constaté que l’homme qui court partout avec une énergie sans repos, l’homme dynamique et pressé qui ne s’arrête pas, est souvent habité par une inquiétude engendrée par un trouble intérieur qui naît précisément de son refus de faire face à sa fragilité intérieure. Cette crise du milieu de vie peut lui permettre de quitter son image idéalisée et son personnage pour se retrouver pleinement dans son humaine faiblesse.

Doit-on se débattre seul ou être aidé par un prêtre ou un psychologue ?
Tout dépend de la profondeur de la crise et de ses répercussions dans notre vie quotidienne. Certains d’entre nous passent ce temps assez calmement, tandis que d’autres sont secoués, et le vivent comme si un barrage érigé par la peur de décevoir les autres et la peur de soi-même s’effondrait soudainement. Pour ces personnes, la panique peut prendre le dessus, attisée par des traumatismes anciens qui sont remontés à la surface. En même temps, comme je le disais, cette période peut être l’occasion d’une « nuit spirituelle » qui nous ferait passer un seuil et rendrait notre vie intérieure plus profonde et plus vraie. On peut donc avoir recours à un prêtre mature, un homme de foi qui a l’expérience de la vie spirituelle et de ses crises. Mais si la perturbation est trop forte et que la personne a des difficultés à vivre son devoir d’état, alors il ne faut pas hésiter à recourir à un bon psychiatre comportementaliste.

Propos recueillis par Cyril Lepeigneux

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