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Cette béatitude révolutionne le sens du mot bonheur

JEUNE FEMME HEUREUSE
© Shutterstock
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Relisez les béatitudes et comptez-les. Combien en trouvez-vous ? Neuf, bien sûr. Et cette neuvième béatitude, que l’on oublie souvent, est très importante !

Depuis les Pères de l’Église, l’habitude est prise de ne compter que huit béatitudes. Elles sont le condensé de l’Évangile, la « charte parfaite de la vie chrétienne » (saint Augustin), la feuille de route pour la sainteté, et le chiffre huit semblait convenir le mieux pour exprimer tout ceci. C’est ainsi que leur premier commentateur, saint Grégoire de Nysse, en compta huit pour des raisons de symbolique biblique, et saint Augustin pareillement. Aujourd’hui encore, bien des exégètes et commentateurs font de même et ne voient dans la neuvième béatitude qu’un redoublement ou un développement de la précédente (celle sur les persécutés pour la justice). Cette tradition est vénérable, mais peut conduire à oublier cette béatitude, ce qui serait dommage car elle est peut-être le sommet de toutes.

Une béatitude bien différente des autres

« Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés » (Mt 5, 11-12). Cette neuvième béatitude ne remplace pas les huit premières. Mais elle est différente des précédentes, et pas seulement parce qu’elle est quatre fois plus longue que les autres et d’une structure plus complexe. Les huit premières sont énoncées à la troisième personne du pluriel, « Heureux ceux qui… », et constituent comme un catalogue de la sainteté que nous sommes appelés à vivre, et à reconnaître partout où celles-ci sont vécues, y compris au-delà des frontières visibles de l’Église.

Mais la neuvième est à la deuxième personne : « Heureux êtes-vous… ». Ce n’est plus une présentation, mais une interpellation : imaginez que vous écoutiez une conférence et soudain l’orateur pointe son doigt en votre direction et vous apostrophe : « Vous, là-bas ! ». Vous sentez la différence ?

Les huit premières béatitudes sont au mode indicatif, ce qui en renforce le caractère descriptif. Comme pour tout catalogue, il y a la tentation de ne choisir que ce que nous aimons ou que nous croyons correspondre à nos possibilités. Mais la neuvième est au conditionnel : « Heureux êtes-vous si… ». Pas d’échappatoire : il y a une condition pour être heureux et il faut en passer par là. Et quelle condition ! Être insulté, persécuté… C’est autrement plus exigeant.

Une béatitude qui révolutionne le sens du mot bonheur

C’est aussi la seule où Jésus fait référence à lui-même (« à cause de moi »). Elle concerne donc en propre ceux qui se réclament de lui, nous les chrétiens. De plus, elle annonce ce qu’il va subir : insultes, persécutions, faux-témoignages. Quant à la grande récompense dans les Cieux promise, n’est-ce pas pour commencer sa Résurrection et son exaltation à la droite du Père ? Cette béatitude annonce ainsi que son mystère pascal de souffrance et de victoire se poursuivra en ses disciples.

C’est la béatitude de la joie et de l’allégresse. Elle révèle la possibilité d’être heureux, et même plus, dans les épreuves, la souffrance ou la détresse, si nous les vivons avec et pour le Christ. Cette révélation inouïe qui révolutionne le sens du mot bonheur fait partie du noyau dur du message évangélique. Et ce bonheur n’est pas seulement pour l’au-delà, le Christ nous l’offre tout de suite : « Soyez dans la joie et l’allégresse ».

Cette neuvième béatitude annonce les persécutions que l’Église a souffert et continue de souffrir. Pour tous ceux qui les ont subies ou les subissent encore, elle est soutien et espérance : les Églises souffrantes sont des Églises vivantes, et bien vivantes. Faut-il en conclure que pour un chrétien il n’y a pas d’autre voie pour le bonheur que la situation de persécution ? Si les mots signifient ce qu’ils veulent dire, ce serait énorme : et nous, alors ? Nous vivons certes des situations où l’une ou l’autre des autres béatitudes peut être appliquée, mais nous ne sommes pas persécutés. Comme l’écrivait le théologien Romano Guardini : « Notre bon sens est heurté ». Et d’ajouter : « Il vaut mieux l’avouer et chercher à l’expliquer que de prendre les paroles de Jésus pour de pieuses banalités ».

Cette béatitude nous concerne-t-elle ?

Essayons donc d’expliquer. D’abord, sans les majorer, n’occultons pas les difficultés qu’il y a à se dire aujourd’hui croyant et à vouloir suivre vraiment l’Évangile. Que d’incompréhensions et de refus dans les médias, voire au travail ou dans sa propre famille, qui se tournent parfois en moqueries ou en haine. Il y a plus. Ce qu’annonce cette béatitude montre que suivre Jésus est toujours une affaire sérieuse. Les persécutions visibles et venues d’autrui ne sont pas les seules, ni même forcément les pires. Toute vie chrétienne est un combat essentiellement spirituel entre chair et esprit, égoïsme et charité.

De plus, « vous serez persécutés à cause de moi » : quand nous avons à souffrir, y compris la tentation, cette forme la moins visible, mais non la moins efficace de persécution, ce n’est pas seulement nous qui sommes attaqués, mais le Christ en nous. Cette béatitude nous aide à comprendre que si Jésus semble nous demander beaucoup, c’est parce qu’il compte vraiment sur nous pour poursuivre en nous son œuvre de Salut. C’est pourquoi nous n’avons pas à choisir les épreuves qui nous touchent, extérieures ou intérieures, mais à les vivre dans l’esprit de cette béatitude, dans un amour libre et fidèle au Christ et à ses exigences, dans la certitude qu’il les vit avec nous et nous soutient.

Enfin, puisque cette béatitude (et le témoignage de ceux qui la vivent jusqu’au martyre) est celle de la joie et de l’allégresse, elle nous libère de la peur dans les épreuves, quelles qu’elles soient, et nous aide à les vivre dans l’espérance. Car si « le seul bonheur que nous ayons, c’est d’aimer Dieu et de savoir qu’il nous aime », comme le répétait le Saint Curé d’Ars, rien ni personne ne peut nous l’ôter.

Didier Rance