À l’occasion du 800e anniversaire de la mort de saint François d’Assise, le père Raphaël Buyse publie un livre sous la forme de lettres imaginaires adressées au Poverello. Il invite à relire la vie de saint François comme un chemin fait de détours, d'épreuves et de rencontres. Un appel à regarder nos vies autrement.
Saint François d’Assise n’a pas fini de parler aux hommes d’aujourd’hui. Sa soif de radicalité, son choix de pauvreté, sa confiance en Dieu à travers les épreuves, sa joie fraternelle et son émerveillement devant toute créature continuent de rejoindre les aspirations les plus profondes de notre temps. Dans L'Évangile à bas bruit (DDB), le père Raphaël Buyse, prêtre du diocèse de Lille, lui écrit des lettres, imaginant un dialogue avec celui qu’il considère comme un compagnon de route. Il y évoque le "cheminement chaotique" de saint François, composé d’épreuves et de rencontres, à l’instar de nos existences. Dans les pas du saint d’Assise, le prêtre invite "à contempler notre vie, non pas comme une succession d’échecs ou de réussites, mais comme un chemin où, pas après pas, nous devenons ce que nous sommes".
Aleteia : Qu’est-ce qui vous touche particulièrement chez saint François ?
Raphaël Buyse : Ce qui est inspirant chez François, c’est son cheminement chaotique. Ce cheminement ressemble à celui de beaucoup de gens aujourd’hui. Nous passons notre temps à faire des détours. On peut considérer que François s’est converti et qu’il a changé. Après avoir vécu une vie portée par de grands idéaux chevaleresques, il aurait, à un moment précis, changé de vie pour passer à autre chose. Or, j’ai l’impression que la vie n’est pas comme cela. Il n’y a pas deux vies dans nos vies. Il y a une vie continuée. J’ai l’impression que tout, depuis la naissance de François, le préparait à devenir ce qu’il était au plus profond de lui-même. La vie, c’est plutôt cela : on devient, petit à petit, ce que l’on est. On ne change pas de vie, on devient ce que l’on est. Et tous les événements de la vie de François ont contribué à cela : ses grands idéaux, mais aussi ses défaites, sa captivité, sa rencontre avec le lépreux… Tout cela a finalement contribué à le révéler à lui-même. Il n’est pas devenu quelqu’un d’autre. Il est devenu ce qu’il était. Et c’est une bonne nouvelle pour nous ! Nous pouvons apprendre à contempler notre vie, non pas comme une succession d’échecs ou de réussites, mais comme un chemin où, pas après pas, nous devenons ce que nous sommes.
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Dans vos lettres, vous évoquez les blessures, les interrogations et les épreuves que nous pouvons traverser. Que nous dit saint François pour affronter ces moments difficiles ?
Il nous dit d’abord d’écouter le réel de la vie, d’écouter l’aujourd’hui de notre vie. De ne pas vivre dans le passé et de ne pas nous projeter dans un avenir que nous ne connaissons pas. Il y a vraiment chez François une invitation à accueillir la vie comme elle vient. Les événements et les rencontres que je vis préparent la révélation de qui je suis. Il y a aussi une invitation à contempler le temps présent, à aimer le temps présent.
Vous avez choisi d’écrire à saint François sous la forme de lettres imaginaires. Vous a-t-il répondu, d’une manière ou d’une autre ?
J’attends toujours les réponses directes ! Mais je pense que ce sera pour le grand face-à-face, si tant est que je le rencontre. Je pense cependant que la vie des gens est une réponse. Je crois vraiment que nous sommes de bonnes nouvelles les uns pour les autres. Dans ce sens, je suis très touché par la figure d’Abraham. Quand Dieu lui dit : "Mets-toi en route, je te bénirai, mais je ferai de toi une bénédiction" (Gn 12, 2), il lui demande de devenir lui-même une bénédiction pour les autres. Je crois que nous sommes, les uns pour les autres, des bénédictions. Si Dieu a quelque chose à nous dire, bien souvent, il passe par les autres plutôt que par une ligne directe. Cela suppose une véritable attention à ceux que nous rencontrons.
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