Même à Lyon dont il est originaire, peu de gens connaissent le bienheureux père Antoine Chevrier, qui a fondé au XIXe la communauté du prado dédié aux jeunes en difficulté. Ce dimanche 4 octobre, l'église de Lyon fête ses 200 ans de naissance et ses 40 ans de béatification par le pape Jean Paul II, lors de sa venue à Lyon en 1986. L’occasion de (re)découvrir cette grande figure du catholicisme social lyonnais.
Le quartier de la Guillotière, à Lyon, fait régulièrement la une des journaux pour ses problèmes d'insécurité ou de pauvreté. Et ce n’est pas récent puisque c’est là qu’en 1860, le jeune prêtre diocésain Antoine Chevrier (1826-1879) décide de racheter la grande salle de bal mal-famée du quartier mise en vente. Le nom du lieu ? Le Prado, surfant sur la mode espagnole de la danse, un nom qui restera donc pour cette toute nouvelle activité qui s’installe : y accueillir tous les enfants pauvres du quartier, garçons et filles, pour les alphabétiser et les catéchiser. La salle de bal populaire devient chapelle et leçon de catéchisme géante avec une crèche grandeur nature, une grotte de Lourdes et une descente de croix, que les enfants ont le droit de regarder et même de toucher.

"Je tâche de les chausser et de les nourrir pour commencer. Puis d’en faire des hommes et des chrétiens", explique alors le prêtre diocésain, vicaire à la Guillotière et qui a pris conseil auprès de son contemporain, le curé d’Ars. Son dévouement et son attention aux autres touchent le cœur des Lyonnais et certains commencent à le rejoindre : la communauté du Prado est née, et accueille depuis lors des jeunes en grande difficulté.

Aujourd’hui la communauté du Prado est présente dans une quarantaine de pays. Elle compte des prêtres, des diacres, des religieuses et des laïcs qui se consacrent à l’éducation des publics les plus fragilisés : enfants en situation de handicap, jeunes confiés à la protection de l’enfance, mineurs en centre éducatif fermé (en partenariat avec le ministère de la Justice), etc… En France par exemple, ce sont ainsi près de 42 établissements et 2.800 jeunes qui sont accompagnés en région Auvergne Rhône Alpes par la fondation du Prado.
"Suivre Jésus Christ de près"
Qui était-il ce jeune prêtre, grand en taille et mort d’épuisement à 53 ans, après avoir consacré sa vie aux plus pauvres ? Né en 1826 à Lyon, dans une famille modeste, il est ordonné prêtre en 1850 comme vicaire à l'église saint André de la Guillotière, un quartier réputé pauvre et mal famé. Très vite, il est aimé des paroissiens pour son allure simple, sa présence chaleureuse et même courageuse puisqu’il sauvera la vie de plusieurs habitants lors de la grande crue du Rhône. Lors d’une nuit de Noel, en 1856, alors qu’il est déjà ordonné, il dit avoir vécu une illumination intérieure, et décide de "suivre Jésus Christ de près". Par deux fois, il rencontre également le curé d’Ars qui le touche particulièrement, les deux hommes ont en effet le même souci des indigents. Et le prêtre se décide à racheter la vieille salle de bal délabrée appelée Prado pour en faire "la Providence du prado", un lieu d'accueil pour les enfants du quartier, aussi bien pour les nourrir que pour les former intellectuellement et spirituellement.

C’est dans cette chapelle que se trouve toujours aujourd’hui la tombe du Père Antoine Chevrier, sur laquelle est venu se recueillir Jean-Paul II le 7 octobre 1986, après avoir béatifié le prêtre lyonnais le 4 octobre 1986, à Eurexpo devant plus de 350.000 personnes à l’époque. Pour fêter les 200 ans de naissance et les 40 de béatification du "le saint de la Guillotière", la famille du Prado organise à Lyon ces 2, 3 et 4 octobre des rencontres et visites, avant une messe qui sera présidée par Mgr Olivier de Germay le dimanche 4 octobre à l’église Saint-Louis de la Guillotière en présence des reliques du prêtre. Et courant décembre, une comédie musicale imaginée et jouée par des paroissiens proposera au grand public de venir découvrir la vie de ce saint qui a tant marqué son quartier et a inspiré bien au-delà des frontières.












