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François d’Assise, le saint qui a fait de sa mort une dernière louange 

Dans la nuit du 3 au 4 octobre 1226, François d’Assise rend son dernier souffle à la Portioncule, à l’âge de 44 ans. Épuisé par la maladie, presque aveugle, il vit son trépas comme un doux passage en Dieu, une joyeuse consolation, et fait de sa mort une liturgie intime.

5 min de lecture

Source: Wikimedia

La mort de saint François d'Assise, peinte par Giotto.

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Depuis qu’il a reçu les stigmates sur le mont Alverne, en septembre 1224, François est devenu prière faite homme. Son corps porte désormais les marques du Christ crucifié, et ses dernières années sont celles d’un homme épuisé par la maladie, presque aveugle, mais dont l’âme semble plus que jamais tendue vers Dieu. Fatigué et souffrant, il revient à Assise et se retire quelque temps à Saint-Damien. C’est là, presque privé de la vue, qu’il compose vers 1225 son fameux Cantique des créatures. Il y loue Dieu pour le soleil, la lune et les étoiles, pour le vent, l’eau, le feu et la terre. Chaque créature devient pour lui un reflet de la bonté du Créateur. Il ne regarde pas le monde comme une réalité séparée de Dieu : il y reconnaît partout sa présence et sa beauté. Mais, dans ce grand cortège de louanges, il manque encore quelque chose : la mort.

Une dernière prière 

François souffre de plus en plus. Il sait que sa fin approche. Et pourtant, au terme d’une vie entièrement donnée au Christ, il va accomplir un dernier geste étonnant : faire de sa propre mort une louange à Dieu. Il ajoute ainsi au Cantique des créatures une dernière strophe, consacrée à celle qu’il appelle désormais "notre sœur la Mort corporelle". Et lorsque vient le moment de mourir, il va mettre en pratique ce qu’il a chanté.

Cette nuit du 3 au 4 octobre 1226, à la Portioncule, il sait que son heure est proche. Alors, comme pour célébrer une ultime liturgie, il demande à être déposé "nu sur la terre nue". Il ne veut pas mourir dans la richesse. Il ne veut pas mourir entouré de signes de puissance. Il veut mourir pauvre, comme il avait choisi de vivre des années auparavant, à l’âge de vingt-quatre ans, lorsqu’il répondit à l’appel du Christ en croix en se dépouillant de ses vêtements et en renonçant à l’héritage et aux biens de son père. Jusqu’au dernier souffle, François veut rester fidèle au Christ et suivre "Dame Pauvreté".  Autour de lui, ses frères se rassemblent. Il demande que l’on chante. Sa mort ne sera pas un silence, mais une prière. Les frères entonnent le psaume 141, tandis que François, étendu sur la terre nue, se prépare à franchir le dernier passage : 

A pleine voix, je crie vers le Seigneur ! A pleine voix, je supplie le Seigneur !
Je répands devant lui ma plainte, devant lui, je dis ma détresse.
Lorsque le souffle me manque, toi, tu sais mon chemin. Sur le sentier où j'avance, un piège m'est tendu.
Regarde à mes côtés, et vois : personne qui me connaisse ! Pour moi, il n'est plus de refuge : personne qui pense à moi !
J'ai crié vers toi, Seigneur ! J'ai dit : "Tu es mon abri, ma part, sur la terre des vivants."
Sois attentif à mes appels : je suis réduit à rien ; délivre-moi de ceux qui me poursuivent : ils sont plus forts que moi.
Tire-moi de la prison où je suis, que je rende grâce à ton nom. Autour de moi, les justes feront cercle pour le bien que tu m'as fait.

En larmes, un des frères s’approche de lui et lui demande pardon. Les autres l’imite et à chacun François pardonne, tout en les bénissant. Celui qui avait commencé son chemin évangélique seul ne meurt pas seul : autour de lui se tient cette fraternité qu’il a voulue pauvre, joyeuse et tournée vers le Christ. Alors revient le chant. Les frères entonnent son Cantique des créatures. Et lorsque vient la dernière strophe, François entend chanter les mots qui lui parle tant à cet instant :

"Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui meurent en péché mortel, heureux ceux qu’elle surprendra en ta très sainte volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire."

Il ne cherche plus à fuir celle qu’il appelait sa sœur. Il l’accueille, il écoute l’Évangile du lavement des pieds, proclamé devant lui : le Christ à genoux devant ses disciples, le Maître devenu serviteur. On le couvre de cendres, en signe de pénitence. Des visiteurs continuent d’arriver. Certains veulent encore voir le saint. D’autres viennent simplement se tenir près de lui. Dans la petite cabane de la Portioncule, l’heure de la séparation approche. Dans un dernier souffle devenu prière, François remet son âme entre les mains de Dieu. Il quitte ce monde à 44 ans, entouré de ses frères, mais fidèle jusqu’au bout à cette pauvreté qu’il n’a jamais cessé d’aimer.