Notre chroniqueuse Charlotte de Vilmorin a assisté aux vêpres à Notre-Dame de Paris ce 25 septembre, présidées par Léon XIV, avec les prêtres, religieux, religieuses et personnes consacrées. Elle y a reçu des paroles qui ont touché son cœur, en totale résonnance avec son choix de vie, et… une grâce inattendue.
Parfois, l’attente est une prière et une grâce. Vendredi 25 septembre, nous étions rassemblés dans Notre-Dame de Paris, prêtres, diacres, religieux et religieuses, séminaristes et personnes consacrées venus de toute la France, pour les vêpres présidées par Léon XIV. Le Pape sortait de l'Unesco, il devait encore remonter en papamobile depuis Notre-Dame-des-Champs jusqu'au parvis, et nous patientions assis dans la nef et sur le parvis dans un silence un peu engourdi par une longue attente où l'on ne sait plus très bien si l'on prie, si l'on guette, ou si l’on s’endort... Puis, du dehors, une rumeur est montée ! La clameur joyeuse des rues grossissait à mesure qu'il approchait, elle traversait les murs, et je ne m'attendais pas à ce qu'elle me bouleverse à ce point. La joie était vraiment palpable. C'est elle qui m'a fait vivre ce moment comme une vraie rencontre : le Pape venait nous encourager dans nos vocations, et nous, nous étions là pour lui dire notre joie de le recevoir.
Une beauté qui parle à notre cœur
Dans son homélie, Léon XIV a dit de la cathédrale que "le simple fait d'y entrer nous met en face d'une beauté qui parle à notre cœur inquiet et l'appelle à la paix". Cette beauté ne se mérite pas, elle n'est réservée à personne, il suffit de pousser une porte. Et je mesure ce que cela a de précieux quand on sait combien de portes, ailleurs, restent fermées.
Il a rappelé aussi que le Christ n'a pas attendu que le monde soit prêt pour y venir, et nous ne sommes pas davantage dispensés d'habiter le nôtre, avec ses fractures, en y gardant l'Espérance. De là découle une Église "appelée à être toujours "en sortie" ", et cette phrase que je garde précieusement : "La communauté chrétienne ne constitue pas un refuge dans lequel on se replierait pour se protéger de son époque. Au contraire, elle s'offre, à l'instar des anciennes cathédrales, comme un espace d'accueil, de respect, de révélation et de sens pour tous." J'y ai entendu quelque chose de très personnel, moi qui ai choisi une vie donnée et pourtant pleinement plongée dans le monde, sans aucune clôture ni vie communautaire. Le Pape a d'ailleurs souligné que c'est la grâce qui permet "la liberté intérieure et la sobriété de vie". Cela fait du bien de le réentendre, à une époque où parfois tout paraît compliqué.

L’amitié voulue par Jésus
Nous étions nombreux, et si différents : religieux et religieuses en communauté, prêtres, diacres et leurs épouses, vierges consacrées. Chacun répond au même appel à sa façon, et l'ensemble renvoyait une seule lumière par mille éclats. L'image n'est sans doute pas très liturgique, mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser à une boule à facettes. Léon XIV, lui, a parlé plus sobrement d'une Église "vivante, multiforme et proche". Je crois que nous disions la même chose, avec moins de paillettes de son côté…
Reste l'essentiel, sur lequel il a conclu : "Ne négligez jamais cette amitié, voulue par Jésus, qu'il faut cultiver dans la prière personnelle, fondement essentiel de toute vocation." Et il a cité Madeleine Delbrêl : "Sans la prière, nous n'aimerions pas le Dieu d'amour. Nous serons peut-être ses serviteurs, ses combattants, voire même ses disciples ; mais nous ne serons ni les enfants aimants de notre Père, ni les amis […] de Jésus-Christ."
Le temps de rester
Aussitôt les vêpres terminées, je pensais déjà à rentrer vite, vite. Nous étions là depuis des heures et j'anticipais déjà la foule sur le parvis, les rues bondées et ma voiture garée très loin à cause de toutes les rues fermées. J'ai voulu filer, mais on m'a arrêtée : impossible de sortir, le Pape était toujours dans la cathédrale. J’ai pris mon mal en patience et suis restée à ma place vu que je n’avais pas vraiment le choix. C'est alors que je l'ai vu s'avancer vers nous, et, sans que je m'y attende le moins du monde, venir me saluer et me bénir sur le front. J'y lis aujourd'hui une petite leçon à l'adresse de celle qui veut toujours filer vite : il y a des grâces qui ne se reçoivent qu'à condition de prendre le temps de rester…












