Aller au contenu principal

Saint Michel est-il l’ange gardien de la France ?

7 min de lecture
saint-michael-archangel-sky.jpg

Entre saint Michel et les Français, il existe depuis toujours une grande proximité, mais l’archange n’est pas l’ange gardien de la France, explique don Pierre Doat, recteur du Mont Saint-Michel et auteur de "Les Anges en cinquante questions" (Salvator).

Partager sur :

Après le 29 septembre, fête des saints archanges, arrive dans son sillage la fête des anges gardiens, le 2 octobre. Comme chacun sait, le Saint-Père, qui vient de visiter notre pays, a choisi le nom de Léon, qui rappelle non seulement l’auteur prophétique de Rerum novarum, mais aussi le rédacteur inspiré de la fameuse prière à saint Michel. Cette coïncidence toute michaélique est l’occasion de répondre à une question souvent posée : saint Michel est-il, oui ou non, l’ange gardien spécial de la France. 

Saint Michel en pince pour la France

Qu’on me pardonne de commencer par une réponse toute normande, qui convient pour un recteur du sanctuaire du Mont Saint-Michel : oui et non. Oui, saint Michel garde la France. Ou du moins peut-on affirmer que le Prince des milices célestes a manifesté un intérêt singulier pour notre pays. Depuis la fondation de ce qui est devenu le plus célèbre de tous ses sanctuaires, au tout début du VIIIe siècle, l’Archange n’a cessé de se rappeler au bon souvenir de la fille aînée de l’Église. Les carolingiens, puis les capétiens ont placé le royaume de France et son armée sous sa protection : les étendards de Charlemagne invoquaient sa protection, les rois de France se rendaient régulièrement au Mont Saint-Michel en pèlerinage (Philippe Auguste, saint Louis, François Ier…). Il faut mentionner aussi, n’en déplaise à nos amis de la perfide Albion, le souvenir de la résistance quasi miraculeuse du Mont dans une région totalement soumise à l’ennemi anglais, et la création par Louis XI de l’ordre de saint Michel.

Last but not least, si l’on ajoute à cela le rôle singulier joué par l’Archange dans le conseil céleste de sainte Jeanne d’Arc, une évidence s’impose : saint Michel en pince pour la France. Il en a été longtemps le patron céleste, avant que la Vierge ne le détrône, suite au vœu de Louis XIII dont nous faisons mémoire chaque 15 août. Cette rétrogradation au titre de patron secondaire n’a dû produire aucune frustration chez le Prince des anges, pour au moins deux raisons : un ange n’est pas capable de susceptibilité, et on voit mal comment saint Michel aurait pu voir d’un mauvais œil — qu’il n’a pas non plus — le fait que son poste soit confié par les Français à la Reine des anges. Sa reine, donc. Toujours est-il qu’il est tout à fait certain que saint Michel a gardé, garde et gardera notre pays, autant que nous voudrons nous laisser garder par lui. 

La mission d’archange

Mais non, saint Michel n’est pas l’ange gardien de la France. En effet, le monde céleste étant organisé de façon très précise (si l’on suit les grands auteurs qui l’ont contemplé : Denys l’Aréopagite, saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin, et tant d’autres), il est impossible de penser que saint Michel est l’ange protecteur exclusif de la France. Ce rôle ne peut lui avoir été attribué, puisqu’il ne correspond ni à sa nature, ni à sa mission d’archange. 

Parmi les êtres célestes, il existe une catégorie bien spécifique, dont les membres sont spécialement chargés d’accompagner, encourager et protéger les communautés humaines. Ce sont ceux qu’on appelle les Principautés. Elles sont évoquées dans plusieurs passages de l’Ancien Testament comme du Nouveau Testament (en particulier dans le livre de l’Apocalypse), et leur existence confirme une idée simple : aucune réalité créée n’échappe à la bienveillance de Dieu manifestée dans ses anges. Dieu s’intéresse à tout, et il confie aux êtres célestes le soin d’accompagner tout qui l’intéresse. 

Les anges des nations

Avant de voir la Vierge Marie, les trois pastoureaux de Fatima ont été visités par un ange, lequel s’est présenté comme étant "l’ange du Portugal". Il existe donc un ange du Portugal, un ange de l’Espagne, un ange de la France, qui appartiennent tous trois à la catégorie angélique des principautés. Il y a donc, au ciel et auprès de nous, une principauté, qui contribue silencieusement et discrètement, à faire que notre patrie soit pour ses citoyens ce qu’elle doit être dans le plan de Dieu : un moyen pour atteindre la patrie véritable, le Ciel.

Et puis, même si le chauvinisme n’est pas un péché lorsqu’il est commis par des Français, il faut savoir raison garder : bien que la France se soit d’elle-même, tout au long de son histoire, mise sous la protection de l’archange, il ne faudrait pas en conclure que ce dernier nous appartient, ou qu’il est au service exclusif de la destinée de notre pays. Le positionnement géographique du Mont Saint-Michel lui-même peut servir d’image : il est en France, mais il est aussi (régulièrement) en mer. Et puis un ange, par définition, ça ne s’attrape pas comme un vulgaire passereau, ça ne se laisse pas confiner facilement ! Soyons honnête, l’Archange est trop grand pour notre seul pays, aussi beau soit-il, et aussi aimable soit-il. Eh oui ! saint Michel aime tous les hommes, il aime tous les pays. Ayons-donc à cœur de solliciter aussi l’ange gardien de la France, cette principauté dont nous ignorons le nom, mais qui n’ignore pas les nôtres. 

Agent spécial contre le mal dans nos âmes

Cependant, rien ne nous empêche de nous mettre nous-mêmes collectivement sous la protection de saint Michel. Non tant parce que nous sommes français, mais parce que nous sommes chrétiens, et que nous avons, à ce titre, besoin de lui pour nous dresser contre le Malin qui cherche à établir son règne dans le monde. Pour qu’il y parvienne, celui que Jésus appelle "l’assassin des origines" commence toujours par prendre le pouvoir des âmes. Aucun pays ne peut sombrer dans le chaos du mal sans que les âmes de tout ou partie de ses habitants ne lui concèdent un pouvoir qu’il ne possède pas sans collaboration de l’homme. Aussi, la figure de l’Archange n’est pas une patte de lapin ailée qui garantirait une espèce de protection nationale indépendante de notre vocation individuelle. Pour que la France soit la France, il faut surtout que nous cessions, comme le disait Bernanos, "d’être des chrétiens si médiocres". En ce sens, bien qu’il ne soit pas l’ange spécial de la France, saint Michel peut être invoqué comme l’agent spécial du Seigneur pour tous ceux qui en France ou ailleurs, ne veulent pas laisser le mal gagner du terrain, en commençant le combat par le terrain de bataille le plus intime qui soit : notre âme.

pratique

Les Anges en cinquante questions, Don Pierre Doat, Salvator, 2026, 128 pages, 14,90 euros.