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Léon XIV : et si la France avait encore soif ?

6 min de lecture
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Pour l’évêque de Carcassonne et Narbonne, Mgr Bruno Valentin, Léon XIV a marqué les esprits par l’autorité et la douceur de ses réponses aux questions essentielles de notre temps. Selon lui, deux notes dominent nettement la feuille de route que le Pape laisse aux catholiques de France : le courage et l’espérance.

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"Le Pape ? C’est comme le vieux pot de moutarde qu’on a tous dans la porte du frigo : on ne sait plus depuis combien de temps il est là, on ne s’en sert jamais, mais quand on se rend compte qu’il est vide on se précipite pour le remplacer." Cette saillie ironique est celle d’un humoriste habitué de l’un des talk show quotidien de la télévision. Elle date du 7 mai 2025. L’auteur résumait ainsi à sa manière la convergence de toutes les attentions, ce soir-là, vers la cheminée de la chapelle Sixtine, dans l’attente de connaître le nom et le visage du successeur du pape François. 

"Largement désuet ?"

Cette remarque m’a frappé, non pas seulement à cause de sa maîtrise paradoxale de l’art évangélique de la parabole, mais surtout parce qu’elle résume avec talent l’état d’esprit d’une bonne part de celles et ceux qui font en général l’opinion publique dans les cercles de la culture et des médias. Le Pape, en somme, ne serait plus qu’un élément certes familier du paysage, mais largement désuet ; un ingrédient encore présent mais de plus en plus éloigné des goûts du moment. Les chiffres, d’ailleurs, semblent imposer avec une froideur implacable cette vision des choses comme une évidence : 41% seulement des Français disent croire en Dieu, et 30% environ se déclarent catholique.

Les questions de la vie

Celui qui est finalement sorti de la cheminée de la chapelle Sixtine, le 8 mai 2025, vient de quitter la France. Les quatre jours vécus autour de Léon XIV bouleversent en profondeur ce qui semblait acquis, tant par l’affluence que par la ferveur constatées au fil de ce voyage. Un tel engouement apporte un double démenti au diagnostic précédemment posé : il montre toute l’actualité du rôle et de la parole du Pape ; aussi paradoxal que cela puisse paraître, il procède aussi du fait que le Pape n’est plus une figure familière pour une majorité de Français, désormais étrangers à la foi, et même à la culture catholique. Pour beaucoup, le Pape apparaît comme une figure d’autorité radicalement différente de tous les autres hommes de pouvoir, une voix profondément originale dans le fracas du monde, qui invite à aborder différemment les questions de la vie, et à y apporter des réponses neuves. 

"Quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide ?" Ces questions posées par Léon XIV depuis la place de la Concorde ne sont pas des questions propres aux croyants : ce sont celles de tout cœur humain. Pour ma part, je les ai entendues depuis le studio de TF1, où je commentais la messe. Je peux témoigner de l’impact de ces questions auprès des journalistes et techniciens présents. 

Avec douceur et cohérence

Léon XIV a marqué les esprits par l’équilibre de force et de douceur qui caractérise sa manière de proposer la réponse de la foi catholique aux questions essentielles du temps. De la guerre à l’éducation, en passant par l’Intelligence artificielle, le respect de la vie, le sens de la laïcité, la lutte contre les violences spirituelles et sexuelles, ou encore les conflits de sensibilités dans l’Eglise, le Pape a parlé haut et clair. En quatre jours de voyage, il a prononcé 14 discours qui méritent d’être relus dans leur ensemble, pour ne pas en rester à l’émotion des images et des ambiances. Il s’agit de saisir la cohérence de la parole du Pape, et de percevoir quelle feuille de route il nous propose. Un journaliste d’un grand média non chrétien m’a confié son étonnement que le Pape ne soit pas plus prescriptif, notamment avec les jeunes venus l’écouter au Stade de France. Cette remarque témoigne que certains s’attendent encore à ce que le Pape "sermonne". Léon XIV, lui, parle au cœur et à la conscience, dans le respect de la liberté de chacun.

Appel au courage et à l’espérance

Deux notes dominent nettement sa feuille de route : le courage et l’espérance. Léon XIV n’a cessé d’appeler au courage pour affronter les défis du temps, nous les évêques réunis à huis clos à Lourdes, comme les jeunes rassemblés au Stade de France, et même l’ensemble des pays européens à qui il s’est adressé depuis Metz. Cet appel au courage repose sur une profonde espérance qu’il a voulu raviver en tous : "Oui, Jésus vous a beaucoup donné, et Il veut, dans son amour, vous donner encore" nous a-t-il dit pour fortifier notre mission épiscopale face aux difficultés multiples ; "Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !", a-t-il lancé de la même manière aux jeunes européens depuis Metz.

L’espérance est sans doute le fil rouge le plus solide qui court entre toutes les paroles de Léon XIV en France. Le Pape semble avoir plus d’espérance pour l’avenir de la France et de l’Église qui s’y trouve que nous n’en avons nous-mêmes parfois ! Il n’a cessé à Paris d’évoquer la rénovation de Notre-Dame comme le grand symbole de nos capacités spirituelles et sociales de relèvements. À l’Unesco en particulier, il a détaillé la manière dont il nous invite à comprendre et à vivre l’espérance, loin de tout "optimisme naïf qui ignore les difficultés". Le chemin d’espérance selon Léon XIV est un chemin de crête, entre lucidité sur le mal et certitude que "le bien donne la vie" : "Espérer, c’est persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. " L’espérance est donc pour moi la saveur dominante de ce voyage tout juste achevé : un goût autrement plus relevé que celui d’un vieux pot de moutarde oublié au fond du frigo.