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Mais qu’est-ce qui attire tant les foules ?

6 min de lecture
JEAN-ETIENNE-RIME-TRIBUNE-ALETEIA.

Crédit : Aleteia

Voir le Pape sur un grand écran, fatigué et bousculé dans la foule, ou assis confortablement dans son canapé, quelle différence ? Notre chroniqueur Jean-Étienne Rime a voulu vivre le choix de ces pèlerins venus de loin qui ont bravé tous les obstacles pour assister à la messe de la Concorde.

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Qu’est-ce qui attire tant les foules ? C’est si simple et si facile de suivre le voyage du Pape à la télévision, confortablement : on est certain de tout voir, tout comprendre et de bénéficier de commentaires avisés. Il faut donc être vraiment inconscient pour sortir de chez soi et aller rejoindre une foule immense, certain de ne pas voir grand-chose. Ce raisonnement qui semble logique, plus d’un million de personnes ne l’ont pas fait lors de la visite de Léon XIV en France. Pour comprendre cet élan quelque peu insensé, j’ai fait l’expérience du pèlerin parti de sa province pour assister à la messe de la Concorde. Pardon de ce « je » inhabituel dans une tribune, il me fallait tenter de trouver des explications à cet engouement populaire, merveilleux mais pas très rationnel.

Très inconfortable

Départ à quatre heures du matin dans un autocar avec des paroissiens courageux et heureux. Arrêt au bout de deux heures dans une banale station d’autoroute puis redépart pour arriver à 10 heures place des Invalides. Il faut attendre, faire la queue pour accéder au pont de la Concorde au milieu d’une foule dense et résolue. 11 heures, enfin nous sommes sur place mais de place, nous n’avons que 50 cm2 pour nous asseoir sur le pavé parisien. Commence une longue attente. Autour de nous, les uns lisent Dostoïevski et l’Évangile en parallèle, d’autres changent leur bébé, d’autres encore entament un triste sandwich. Les jeunes, eux, ont les yeux un peu cernés qui brillent encore d’une veillée plus qu’historique. On pense avoir une bonne place : que nenni ! la caméra de télévision cache en partie le grand écran, on aperçoit tout juste l’autel. Bon, nous allons nous y faire. Fatigue déjà.

Les chants ponctuent l’attente, Ressuscito, Que ma bouche chante Ta louange et des Ave Maria. C’est long et très inconfortable. Que faisons-nous là ? Une dame âgée raconte qu’elle voulait rester chez elle et suivre via les médias puis elle s’est décidée : il faut témoigner dans la grande foule des croyants. A-t-elle raison ?

Liesse totale

Puis le Pape est annoncé, on l’aperçoit descendant lentement les Champs Élysées, saluant l’immense vague d’enfants, d’adultes de tous âges, de toutes conditions enthousiastes, joyeux, en liesse. De longues minutes, il bénit les bébés, salue la foule et le voici arrivant sur la place de la Concorde. La liesse est totale. Pas de mots pour décrire cette joie intégrale, intense, unifiant 800 000 personnes. La messe commence. Les voisins ne sont plus ces inconnus qui lisent, s’occupent d’un enfant ou attendent entassés les uns contre les autres, ce sont des frères, des sœurs rassemblés dans la même foi, dans la même joie de croire au sein d’une Église diverse et unie à la tête de laquelle cet homme en blanc donne de fermes directions et de belles intentions. 

La joie de l’unité

Pénible voyage, attentes dans des conditions pénibles ? Tout cela a disparu. Quel bonheur de former ces foules de l’Évangile autour du Christ ! On a besoin de se retrouver, de partager, de vivre ensemble et quelle joie pour les uns de trouver cette unité, quelle surprise pour d’autres qui voyaient déjà les catholiques disparaître dans les sombres coulisses de l’histoire. La foule des croyants accueille le Vicaire du Christ qui est acclamé, applaudi. 

Il est là pour donner espérance aux faibles que nous sommes et aux Français dans le doute, le désarroi général d’un pays qui perd à la fois sa puissance économique et ses valeurs humaines.

On crie "vive le Pape, Léon, Léon !"… et c’est Jésus que l’on accueille dans la joie parmi nous à travers le successeur de Pierre. Léon n’est pas une rock star bien que fêté comme tel, et c’est paradoxal : on acclame un humble serviteur, un modeste prêtre devenu par la grâce du Saint-Esprit le 267e souverain pontife. Il est là pour donner espérance aux faibles que nous sommes et aux Français dans le doute, le désarroi général d’un pays qui perd à la fois sa puissance économique et ses valeurs humaines. Il nous recentre pour rappeler les fondamentaux de la vie. Son discours à l’Élysée comme ses prédications seront à lire, relire et méditer.

Des instants refondateurs

Je voudrais partager une autre impression. La joie intense de cette foule immense qui accueille et acclame le vicaire bien-aimé du Christ, n’est-ce pas une préfiguration de la vie de demain, un bonheur pour tous sous le regard du Seigneur ? C’est peut-être un raccourci audacieux mais reconnaissons que cette liesse est le signe de notre désir de devenir des saints et d’accéder au Paradis. 

Le retour chez soi ne se fera pas dans les mêmes conditions qu’à l’aller, tant les images nous ont marqués, tant les cœurs ont été ébranlés. J’ai été heureux d’être humble pèlerin de province avec ma paroisse et parmi tant d’autres. Fallait-il donc être présent ou rester devant un poste de télévision ? Bien sûr, pour tous ceux qui n’ont pu se déplacer, les médias ont été formidables. Grâce à eux, une plus grande foule encore a accueilli le Pape et il faut remercier les journalistes et les équipes techniques. Ceux qui ont pu venir à Paris, à Lourdes et à Metz et ceux qui ont suivi Léon XIV avec les médias ont tous vécu des instants refondateurs. De près ou de loin, personne n’oubliera sa rencontre avec le Pape, instants exceptionnels dans une vie. Nous avons désormais le devoir de partager le message reçu d’espérance et de charité. La génération Léon est en marche !

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