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Pourquoi la visite de Léon XIV au Carmel de Lourdes est si importante ?

6 min de lecture
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Crédit : VALENTINE CHAPUIS | AFP

Carmélites de Lourdes

Depuis le début de son pontificat, Léon XIV a rappelé la place centrale de la vocation contemplative au cœur de la vie de l’Église. En ce sens, sa visite privée au Carmel de Lourdes, le 27 septembre, est loin d’être anodine.

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Certaines étapes du déplacement de Léon XIV en France se déroulent à l’abri des regards comme sa visite privée au Carmel de Lourdes, le 27 septembre. Une rencontre qui intervient après plusieurs années de profondes évolutions pour les monastères féminins, notamment depuis la publication de Cor orans en 2018.

Le 1er avril 2018, la publication de Cor orans, instruction d’application de la constitution apostolique Vultum Dei quærere, promulguée par le pape François, a marqué un tournant dans la vie des moniales contemplatives. Le document actait la fin de l’autonomie traditionnelle des monastères féminins, désormais soumis à l’obligation d’entrer dans une fédération, selon leur charisme, et tenus d’obéir à une présidente fédérale. 

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Une évolution qui n’a pas été accueillie sans réserves. Certains critiques ont fait valoir que "la structure de communion" annoncée cachait en réalité une "structure de gouvernement". Historiquement, les monastères constituaient en effet des maisons autonomes, avec leur supérieure propre, disposant des prérogatives d’une supérieure majeure, ainsi que leur formation spécifique, leur discipline et leurs traditions propres. "L’autonomie des monastères de moniales a donné beaucoup de fruits, mais il apparaît qu’elle a suscité aussi des réserves, surtout dans certaines situations où elle a pu devenir un instrument d’isolement et d’autoréférentialité", explique le père carme Stefanno Connoter. Tout en reconnaissant que le risque de paternalisme n’était pas dépassé, il souligne qu’"une nouvelle réflexion et un nouveau discernement étaient nécessaires pour continuer à promouvoir l’autonomie, mais en la préservant des risques et des limites qu’elle a montrés." 

La réforme a également suscité des inquiétudes parmi de nombreuses moniales qui craignaient que cette nouvelle instruction remette en cause la nature même de leur vocation, puisqu’elle impose le suivi d’une formation permanente, à l’endroit fixé par la présidente de la fédération… Une inquiétude légitime, dans la mesure où ce relâchement de la clôture comporte le risque du nivellement par le bas de l’observance régulière, avec une perte de l’esprit de prière et de pénitence. C’est en ce sens que l’Église a toujours considéré la vie contemplative comme le ciment de la vie missionnaire : sainte Thérèse de Lisieux, ayant passé sa vie au Carmel, fut nommée patronne des missions avec saint François-Xavier. En 2009, le pape Benoît XIV, exprimait cette même conviction en s’adressant aux chartreux de Serra San Bruno : "Vous, qui vivez dans un isolement volontaire, vous êtes en réalité dans le cœur de l’Église, et faites couler dans ses veines le sang de la pure contemplation et de l’amour de Dieu." 

La vie contemplative, cœur battant de la vie de l’Église

La pérennité de la vocation contemplative figure parmi les préoccupations de Léon XIV depuis le début de son pontificat. En s’adressant à la Fédération des monastères augustiniens d’Italie, le 13 novembre 2025, le Pape invitait ainsi les religieux à se "dépenser avec un amour indivisible à cet appel, embrassant avec enthousiasme la vie de clôture : la liturgie, la prière commune et personnelle, l’adoration, la méditation de la Parole de Dieu, l’aide réciproque dans la vie en communauté", afin d’y trouver paix et consolation, mais aussi d’offrir à ceux qui frappent à la porte des monastères "un message d’espérance qui vaut plus que mille paroles."

Quelques mois plus tard, le 30 mars dernier, Léon XIV approfondissait cette conception de la vie contemplative en soulignant, dans son discours aux communautés monastiques, le rôle indispensable de cette "missionarité de clôture", inspirée du Christ médiateur lui-même : "Intercéder est la prérogative des cœurs qui battent en harmonie, prêts à recueillir et présenter au Seigneur les joies et les douleurs, les espérances et les angoisses des hommes d’aujourd’hui et de chaque époque et cela est un aspect primaire et fondamental de l’œuvre qui vous est confiée."

Léon XIV, dans la continuité du pape François

Le souverain pontife fait sienne, toutefois, la ligne du pape François, rappelant l’utilité des fédérations, et l’inscription de ce projet dans la continuité des paroles de Pie XII qui, dans Sponsa Christi, évoquait le besoin "de faciliter et d’adapter la distribution des charges, la translation temporaire, utile et souvent nécessaire des religieuses d’un monastère à un autre […], l’aide économique, la coordination des travaux, la protection de la commune observance, […]". 

Quant à la formation permanente, il y voit un moyen "particulièrement nécessaire à une époque comme la nôtre". Selon le pontife américain, il s’agit avant tout de "connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance" (Cor orans, n. 223) pour que la vie consacrée "puisse accomplir son service pour le monastère, l’Église et le monde d’une manière toujours plus appropriée" (ibid., n. 236). Il se réfère en cela à la règle de saint Benoît, qui demande à chaque monastère d’être "une école où l’on apprenne le service du Seigneur" (cf. Prologue de la Règle, n. 45).

Léon XIV manifeste ainsi une volonté d’assumer l’héritage de son prédécesseur tout en y imprimant sa propre sensibilité. En se rendant au carmel de Lourdes, le Pape confirme l’importance centrale de la contemplation au sein de la vie de l’Église, et sa part indispensable dans son rôle missionnaire ; qui, comme le rappelle l’actuel successeur de Saint Pierre, est la raison d’être de l’Église elle-même.