Aller au contenu principal

Le voyage du Pape à Metz met en lumière la genèse de l’unité liturgique

5 min de lecture
Cathedrale_metz_2003.jpg

Crédit : Wikipédia

Cathédrale de Metz

La venue du Pape à Metz le 28 septembre dépoussière l’histoire de la liturgie : au milieu du VIIIe siècle, c’est l’évêque de Metz, Chrodegang, qui impulsa la réforme des rites francs conformément aux usages romains. Son rôle précurseur a permis à ceux-ci de s’étendre à toute l’Europe.

Partager sur :

Dans sa dernière catéchèse consacrée au commentaire de la Constitution sur la liturgie du concile Vatican II, le 27 août 2026, le pape Léon XIV a exhorté les évêques et les prêtres à veiller soigneusement au respect des textes liturgiques, soulignant que leur juste compréhension "permet de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église au cours de la période post-conciliaire, et qui, malheureusement, se produisent encore parfois aujourd’hui, en absolutisant ou en interprétant de manière erronée certains des principes qui étaient à la base de la réforme elle-même."

Citant le document conciliaire, le Pape rappelait que "les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est “le sacrement de l’unité”". Le Pape poursuivait en soulignant l’importance de "préserver et promouvoir une liturgie qui, dans le respect des normes liturgiques, resplendisse par sa noble simplicité." Cette unité que le Souverain Pontife appelle de ses vœux trouve son fondement historique au milieu du VIIIe siècle à Metz, quand l’adoption du rit romain, au cœur de ce qui sera l’empire carolingien, permit sa diffusion dans toute l’Europe.

L’évêché de Metz, berceau de l’unification liturgique autour du rit papal

En 751, Pépin le Bref est sacré roi des Francs. Menacé par les Lombards en Italie, le pape Étienne II appelle à l’aide le nouveau roi. Pépin envoie son homme de confiance, l’évêque de Metz Chrodegang, en ambassade à Rome pour négocier avec le Souverain Pontife et pour l’escorter en Gaule. Durant son séjour à Rome en 753, Chrodegang assiste aux Offices du Pape. Il y découvre l’organisation de la liturgie papale, et il écoute la Schola Cantorum – la chorale qui utilise les mélodies locales antiques appelées "chants vieux-romain".

Le 28 juillet 754, le Pape se rend à la basilique Saint-Denis, près de Paris, pour y sacrer roi à nouveau Pépin le Bref ; il sacre aussi les deux fils : Charlemagne et Carloman. Ce rapprochement entre la papauté et la dynastie carolingienne va profondément marquer l’histoire de l’Église. "C'est un moment charnière. Quelques semaines plus tôt, saint Boniface, archevêque de Mayence chargé de la réforme liturgique et disciplinaire en Austrasie, venait de mourir martyrisé en Frise. Chrodegang endosse alors pleinement la charge de poursuivre cette mission de réforme dans toute la région", explique Dom Jacques-Marie Guilmard, moine de l’abbaye bénédictine de Solesmes et spécialiste du chant grégorien.

"Chrodegang entreprend d'importer l'intégralité de la liturgie papale. Or, la liturgie ne se déplace pas comme un simple livre : c'est un usage vivant, comportant un rituel, un sanctoral très concret, etc. Chrodegang adopte la liturgie telle qu'elle est pratiquée à Rome par le Pape lui-même, avec son calendrier de saints ou sa pratique ‘stationnale’ », poursuit le Père Guilmard. À Rome en effet, pendant le Carême, le pape se déplaçait, presque tous les jours, d'une église à l'autre. La foule des fidèles se rassemblait et se tenait debout autour de lui (statio signifiant la station debout). L’archevêque de Metz décida d’importer cet usage dans sa ville épiscopale.

Mais surtout, Chrodegang décida de donner à son clergé une véritable discipline de vie et de prière commune, sous la forme d’un règlement (Regula Canonicorum). Avant lui, saint Augustin avait rédigé une Règle pour le clergé de sa ville d’Hippone. "Les détails des offices et la manière de dire la Messe sont calqués sur le modèle pontifical. Un manuscrit du IXᵉ siècle conserve à la fois la Regula Canonicorum de Metz et le premier Ordo Romanus, qui décrit précisément la célébration de la Messe selon l'usage du pape", précise le Père Guilmard. L’unité recherchée s’exprime tout particulièrement dans le chant des Offices. Chrodegang reprend les mélodies de la Schola romaine, mais les retravaille entièrement ; il donne naissance ainsi au chant messin, qui s’appelle aujourd’hui chant grégorien.

Le rôle incontournable de Dom Guéranger

Cette première grande unification liturgique annonce et prépare ce que fera, un millénaire plus tard, Dom Guéranger, le fondateur de Solesmes. Au XIXᵉ siècle, la France s’était de nouveau dispersée dans diverses liturgies locales d'inspiration gallicane. À travers la diffusion de son œuvre monumentale : L’Année liturgique, Dom Guéranger s’efforça de faire revenir l'Église de France à la liturgie romaine et au chant grégorien. Il fournissait à ses lecteurs les clés de compréhension indispensables et un riche enseignement leur permettant de bien participer à la liturgie. Léon XIV y a fait allusion, dans l’Audience Générale du 12 août dernier.

Ce mouvement pro-romain a culminé, lors du concile Vatican I, qui a proclamé l'infaillibilité pontificale (dans des conditions précises), mais aussi la juridiction universelle du Pape sur l'ensemble de l'Église. Dans quelques jours, la visite de Léon XIV à Metz rendra hommage à cette histoire millénaire qui est une source vivante d’inspiration pour l’Église de notre époque.