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Le Pape à Metz : “Jean Paul II a réveillé l’Est. Léon XIV peut réveiller l’Ouest”

10 min de lecture
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Crédit : Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP

Dernière étape de la visite apostolique du Pape en France, Metz se prépare, comme Paris et Lourdes, à accueillir Léon XIV en grande pompe, lundi 28 septembre 2026. Depuis le début de l'été, les organisateurs et les bénévoles s'affairent pour que cette visite se déroulent dans les meilleures conditions. À la tête de ce véritable chantier, le général Pascal Péran, ancien gouverneur militaire de Metz, revient sur ces semaines d'intense préparation et confie ses attentes pour le jour de l'événement.

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Après Paris et Lourdes, Léon XIV terminera son voyage en France par une étape à Metz, en Moselle, lundi 28 septembre 2026. Terre frontalière, elle devrait être le lieu où le Pape pourrait évoquer le thème de la paix, notamment lors d'une réunion interreligieuse au centre des Congrès Robert Schumann, du nom de l'un des pères fondateurs de l'Union européenne. Après quoi il sera attendu pour une déambulation de 2 km dans les rues de la ville, qui le mènera à la cathédrale Saint-Étienne où la messe sera célébrée. Trente-six ans après la venue de Jean Paul II dans la capitale mosellane, la visite de Léon XIV devrait elle aussi marquer l'histoire de la ville. Ancien gouverneur militaire de Metz, le général Pascal Péran s'est vu confié par la Conférence des évêques de France la tâche d'orchestrer l'organisation de la visite papale. Il raconte à Aleteia les coulisses de cet événement hors norme.

Aleteia : Pourquoi a-t-on fait appel à vous pour mener cette tâche particulière ? 
Général Pascal Péran : C’est parti d'un coup de téléphone d'un camarade, général également et qui a l'habitude de travailler avec la conférence des évêques de France pour organiser des grands évènements. Il m’a demandé si je voulais bien les aider à organiser une visite du Pape à Metz, qui était encore secrète. J'ai dit oui parce que je ne pouvais pas dire non ! Mais sans trop savoir dans quoi je m'embarquais. Je me suis lancé là-dedans à corps perdu. C'est l'œuvre d'une vie. J'ai une lettre de mission, signée par mon évêque. Dans ma vie militaire, j'ai déjà organisé beaucoup de choses un peu compliquées, mais là c'est le summum. Jamais je ne pensais de ma vie organiser quelque chose comme ça.

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En quoi consiste votre mission depuis le mois de mai ? 
Il y a deux volets. D’abord, le volet sécuritaire et gestion du public, qui se fait sous le contrôle et l'autorité du préfet, avec qui je travaille en étroite coopération. Il y a aussi un volet organisation des activités cultuelles, sous la garde de l’évêque de Metz, avec toute la logistique autour de la messe.

Concrètement, comment avez-vous travaillé ces dernières semaines ? 
Depuis le début du mois de juin, les semaines se ressemblent toutes. Tous les lundis matins, j’ai eu une visioconférence avec la conférence des évêques de France et le nonce apostolique, donc un lien quasiment direct avec le Vatican. Ensuite, tous les mercredis, j'animais mon propre comité de pilotage avec les bénévoles qui travaillent avec moi là-dessus. Et entre-temps, ce sont beaucoup de réunions à la préfecture et avec les collectivités territoriales : la mairie de Metz, qui est notre soutien principal, mais également le Département et la Région.


Quand on a su officiellement que le Saint-Père venait, le maire de Metz s’est occupé des écrans pour que les gens puissent suivre la messe en dehors de la cathédrale.

Tout cela demande beaucoup de réunions et de rencontres. Par exemple, des fonctionnaires qui ont non seulement envie que tout se passe bien, mais qui vont bien au-delà de leur mission. Ils sont eux-mêmes emportés par cet événement. Pour eux, ce n’est pas simplement recevoir une autorité importante, ils ne travaillent pas sur l'organisation de l'accueil d'un chef d'État. 
Ils travaillent sur l'organisation de la venue du Pape. Et cela les touche aussi. Je vais vous donner un exemple. 
Sur le plan pastoral, on a décidé de faire un effort sur les personnes fragiles et les PMR. On a un commissaire de police qui est responsable du secteur cathédrale. J’ai besoin de faire entrer dans la cathédrale 15 PMR lourds pour les positionner non loin du Saint-Père. Or, autour de la cathédrale, il y a tout un dispositif de sécurité très contraignant. Toutes les résolutions ont été trouvées pour que ces gens-là arrivent à rentrer en temps et en heure dans la cathédrale. Et c'est ce policier qui m'a aidé à faire en sorte que ce soit possible. Et puis, au dernier moment, il nous propose l’aide de son épouse, qui est kinésithérapeute dans un établissement pour 
handicapés lourds, pour le jour J. Des exemples comme celui-là, j'en ai plein, et je pense que c’est le Pape qui déclenche cela. 

La question du respect de la laïcité a été évoquée, notamment le financement des écrans géants par la ville de Metz. Est-ce que ce fut une difficulté ?
En Moselle, nous sommes en terre concordataire avec le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. C'est-à-dire que la loi 1905 sur la séparation des Églises et de l'État n'est pas passée sur ces trois départements, annexés en 1905 par l'Allemagne. Cela a donné le droit local, avec le concordat pour la partie religieuse. Ici, les relations entre l’État, l’évêché et les collectivités territoriales sont beaucoup plus fluides qu’ailleurs en France. Quand nous avons su officiellement que le Saint-Père venait, le maire de Metz s’est occupé des écrans pour que les gens puissent suivre la messe en dehors de la cathédrale. Une association laïque a critiqué cela, mais le tribunal administratif leur a donné tort. C'est un non-événement. 

Qu’attendez-vous de cette journée ? 

Il y a deux niveaux de réponse possibles, celle du chrétien et celle de l'organisateur. 
En tant que chrétien, c'est une chance historique. Tout le monde ne pourra pas, dans une vie, voir le Pape et surtout l'écouter. Moi j'aurai la chance d'être partout où il sera, pas trop loin de lui lors des différents moments de la journée. C'est une chance extraordinaire. 
On a envie d'aller vers lui. J’ai réussi à l’entrevoir à Rome l'année dernière, place Saint-Pierre, mais de loin. Vraiment, on a envie de l'écouter et de méditer ensuite ses paroles.
J'ai hâte de le voir et de l'entendre. 

Et en tant qu'organisateur, j'attends que tout se passe bien. La journée du 28 sera le fruit de mon travail depuis la fin du mois de mai. Je suis à 100% sur la préparation de ce voyage. Dans mon agenda, j'ai tout balayé pour me consacrer entièrement à la préparation de cette visite. Je travaille six jours et demi sur sept.

À J-1 de la venue du Pape à Metz, où en êtes-vous dans l’organisation ? Quel est votre état d’esprit ?
On est dans la dernière ligne droite avec tout ce que cela implique : l'organisation des bénévoles, l'accueil des bus de pèlerins, la mise en place des différents convois, des véhicules, etc. Nous sommes à la fois sereins et un peu stressés, mais surtout impatients.

Je pense que le Saint-Père souhaite délivrer un discours à l'Europe. On dit souvent que Saint Jean Paul II a réveillé l'Est. Moi je pense que Léon XIV peut réveiller l'Ouest. 


Combien de bénévoles concourent à cet événement ? 
Nous espérions au début 1.000 à 1.200 bénévoles, finalement nous avons obtenu 1.600 réponses. C’est extraordinaire, il y a un véritable élan de générosité autour de cette visite. Nous nous sommes organisés de manière à tirer le meilleur parti cet afflux parce que vous ne pouvez pas lâcher 1.600 bénévoles dans la ville sans qu'ils soient eux-mêmes encadrés.

Combien de bus attendez-vous ?
Nous avons monté une véritable manœuvre, quasiment au sens militaire du terme, pour éviter que la ville soit congestionnée par tous ces bus. Nous avons donc 150 à 200 bus clairement identifiés. On sait d'où chacun vient et où ces gens doivent aller. Nous avons organisé et planifié des lieux de dépose et des lieux de stockage. Chaque conducteur de bus va savoir par quel itinéraire il pourra entrer dans Metz, à quel endroit il aura le droit de stationner pour déposer ses passagers, puis par quel itinéraire il pourra se rendre sur des parkings, qui seront à l'extérieur de la ville. 

Savez-vous quelle sera l’affluence lundi ? 
En juin, nous avons fait faire un premier sondage informel par le réseau des directeurs départementaux diocésains de pèlerinage, dans toute la province ecclésiastique. Environ 20.000 pèlerins avaient l'intention de venir. Ensuite, nous avons lancé un système de billetterie comme à Paris ou à Lourdes, et là on est arrivé à 40.000 demandes d'inscription. C'est énorme. Nous n’avons pas pu donner satisfaction à tout le monde sur les places les plus recherchées de la cathédrale. Il y a forcément des déçus, mais nous espérons qu'ils viendront quand même, puisqu'il y a possibilité de se placer tout le long du chemin de la déambulation du Saint-Père.

Vous attendez aussi des pèlerins venus des pays frontaliers ? 
Nous avons des bus déclarés qui viennent d’Allemagne, du Luxembourg et de Belgique. La police a aussi prévu des patrouilles, avec des policiers allemands, de manière à pouvoir dialoguer facilement avec les gens. 

Pensez-vous que cette place particulière de Metz, à la frontière entre plusieurs États, est la raison pour laquelle le Pape a choisi d’y venir ? 
Je pense que le Saint-Père souhaite délivrer un discours à l'Europe. On dit souvent que saint Jean Paul II a réveillé l'Est. Moi je pense que Léon XIV peut réveiller l'Ouest. 
C'est ma théorie, cela n'engage que moi. Je vois comme fil directeur un discours sur la paix. Pour prononcer ce discours, je pense qu'il souhaitait être sur un territoire frontalier sans être bloqué par les institutions européennes. S'il avait été à Strasbourg, à Bruxelles ou au Luxembourg, il aurait risqué d'être phagocyté par les institutions européennes, alors qu'ici, il est libre. Tout en étant présent sur un territoire meurtri par l’histoire : trois guerres, dont deux mondiales, et deux annexions. Ici, vous avez des familles où les grands-pères ont changé quatre fois de nationalité. Et en même temps, c’est un territoire de réconciliation, le territoire de Robert Schuman, un des pères de l'Europe. Ici, nos relations sont systématiquement frontalières. Tous ceux qui sont dans la vie socio-économique active ont forcément des relations avec le voisin allemand, le voisin luxembourgeois, et le voisin belge. 
Tous les projets sont conduits ici en international, en interfrontalier. 100 000 Lorrains traversent chaque jour la frontière pour aller travailler en Allemagne au Luxembourg. Tout est interconnecté, c'est vraiment une réalité essentielle. Un discours sur l'Europe et sur la paix a plus de sens prononcé à Metz plutôt qu'à Paris ou à Lourdes.