L’histoire a commencé au mois de juin, lors de l’audience accordée par le pape, au Vatican, à la Fondation Lejeune. Théophile, 11 ans, s’est approché du pape Léon XIV avec une lettre signée par les six servants de messe. Leur demande était simple : pourraient-ils servir la messe du pape à Paris ? La réponse de Léon XIV, ému par cette spontanéité, a été positive. Il a fallu attendre quelques semaines pour que la confirmation arrive. Depuis, l’impatience est grande.
"Le Pape m’a béni et je lui ai donné une lettre pour lui demander de servir la messe. Je me suis mis à côté du pape pour le remercier, je voulais être tout seul avec lui, je ne savais pas quoi dire mais j’ai fini par lui dire simplement : “Je t’aime bien”", raconte Théophile.

Sa mère, Violaine, se souvient de cette matinée de juin : "Depuis 5 heures du matin, Théophile me disait sans cesse : “Je veux servir la messe du pape, je veux servir la messe du pape.”" Ce jour-là, ce n’était évidemment pas possible. Mais la Providence avait prévu un avant-goût de cette aventure : les six jeunes ont visité la crypte où se trouve la tombe de saint Pierre et Théophile a pu y servir la messe, avec un prêtre qui parlait français.
Ce petit bonhomme plein de charisme et d’audace, passionné de cirque, qui aime danser et faire le clown, est formé au service de l’autel dans sa paroisse Saint-Marc à Bécon-les-Bruyères par Maxime, 22 ans, également porteur de trisomie 21. Lui aussi sera samedi au service de l’autel. "Je suis enfant de chœur depuis ma première communion, il y a 14 ans. Dans ma paroisse, je suis le manager des enfants de chœur !", lance-t-il avec fierté.
Thuriféraire - c’est-à-dire porteur de l’encensoir - dans sa paroisse, Maxime a notamment déjà servi la messe avec Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre. Il connaît donc le sérieux du service liturgique. Mais derrière les gestes précis de l’enfant de chœur, il y a surtout une vie de foi très concrète, faite de prières, de relations et de joies quotidiennes.
"Ne pas prendre la grosse tête"
Maxime prie notamment chaque jour pour les personnes « déjà parties au Ciel », parmi ses amis et les membres de sa famille. Il aime aussi particulièrement servir lors des baptêmes. Il est aussi le parrain « super, incroyable » de sa nièce Zita, même s’il reconnaît qu’il « oublie parfois » de lui offrir des cadeaux. Il s’émerveille de la voir grandir, notamment lorsqu’elle prend ses cours de danse, à cinq ans. Et il ne cache pas son bonheur à l’idée que sa sœur se mariera l’été prochain. Chez ces jeunes, la foi semble ainsi s’inscrire dans le quotidien le plus concret : une messe, un baptême, une prière pour un proche disparu, une nièce qui danse, un mariage à venir.

François, 28 ans, est le doyen du groupe. Il sert habituellement à la paroisse Saint-Augustin, à Paris. « La venue du pape c’est très important pour moi. Cela me réjouit beaucoup, je ressens un rayon de soleil à l’idée d’être à côté de lui. Je suis tellement fier ! », s’enthousiasme-t-il.
"C’est vraiment impressionnant et incroyable de pouvoir vivre cette expérience. Ce sera un beau moment, ça me touche dans mon cœur. Je suis un grand fan du pape et du Vatican ! Ça me stresse un peu mais pas énormément, c’est la joie qui l’emporte ", assure-t-il. "Bon, il ne faut pas non plus se sentir comme des stars et prendre la grosse tête !", reconnaît-il dans un éclat de rire.
François sert quotidiennement la messe. Formé à la « self-advocacy » dans le cadre de la Fondation Jérôme Lejeune, il sait aussi prendre la parole pour exprimer ce qui compte pour lui. Dans sa prière, il porte "toute la famille, tous les amis, toutes les personnes handicapées, aussi ceux qui sont en fauteuil roulant, les sourds-muets. C’est très important", insiste-t-il.
Et lorsqu’il parle de sa propre vie, son témoignage devient particulièrement lumineux : "Nous sommes handicapés, mais il faut être fiers, heureux de vivre." Une conviction qu’il met aussi au service des autres, notamment à travers son implication dans la Nuit d’Hippocrate, le 1er octobre prochain, destinée à récolter des fonds pour des projets liés au soin des personnes trisomiques.
Une vie tournée vers le Ciel
Pour Violaine, la maman de Théophile, cette joie n’est pas seulement un trait de caractère. Elle est aussi une manière particulière d’entrer en relation avec les autres et avec Dieu. « Les personnes trisomiques ont une grande empathie pour les autres », témoigne-t-elle. « Nos enfants nous ouvrent à des relations, à une sensibilité, que nous les “normaux” bisomiques n’avons pas forcément », insiste la jeune femme.
Elle reconnaît volontiers qu’« ils sont un peu têtus », mais y voit aussi une force : « Cela les rend très assidus à la prière. Ils nous édifient dans leur fidélité à Dieu, et dans leur capacité à vivre l’instant présent. Ils ne cherchent pas d’excuses pour ne pas prier, ils ne prétexteront jamais d’avoir trop de travail ou d’être trop fatigués pour prier », relève-t-elle.

Et puis il y a cette émotion qui, chez eux, ne semble pas connaître les mêmes filtres : « Ils ont aussi un extra-chromosome sur les émotions : la joie, la tristesse s’expriment sans filtre. Voir des jeunes adultes heureux, avec un lien dingue avec le Ciel c’est très important pour les parents. Ils ont un pied sur la terre et la tête dans le Ciel. C’est un grand truc en plus ! », poursuit-elle.
Xavier, le père de Maxime, raconte lui aussi ce moment où il a compris que son fils était prêt pour la première communion. "Il y a 14 ans, à la fin d’une messe, notre curé nous a dit que mon fils était prêt pour sa première communion. Il a remarqué son regard lors de la prière eucharistique. Il a senti qu’il avait tout compris." Pour lui, ces jeunes, avec leur hypersensibilité et leur ouverture spirituelle, "apportent beaucoup de joie dans les familles".
Samedi, Théophile, François, Maxime, Foucauld, Timothée et Jérôme seront donc là, au milieu des centaines de servants de messe, tandis que des centaines de milliers de fidèles se rassembleront sur la Concorde et les Champs-Élysées pour la messe présidée par Léon XIV. Ils auront leurs aubes, leurs gestes à accomplir, leurs responsabilités. Et peut-être, dans le tumulte d’une célébration qui s’annonce immense, leur manière bien à eux de vivre cet instant : avec sérieux, avec joie, avec émotion, et avec cette confiance désarmante qui leur fait dire simplement au pape, comme Théophile quelques mois plus tôt, qu’ils l’aiment bien et veulent le soutenir dans sa mission. Pour Maxime, le souvenir de la visite au Vatican en juin dernier reste vif, et il reste fier de s'être senti considéré comme un interlocuteur important par Léon XIV. "J’ai serré la main du pape, comme Emmanuel Macron ! Et je lui ai dit que je prie pour lui", raconte-t-il avec une joie rayonnante.












