La liesse populaire qui a entouré l’accueil du pape Léon dans les rues de Paris les 25 et 26 septembre, les paroles de vérité adressées aux grands de ce monde, ne laissent personne indifférent, remarque le père Benoist de Sinety. L’Esprit continue de susciter dans les cœurs une curiosité franche et généreuse, comme celle de ce jeune homme irrésistiblement attiré par cet événement qui l’intrigue au fond de lui-même.
Un jour d’été qui s’étire en automne, les rues de Paris jaune-blanc-bleu, des gens qui sourient même quand le métro ne s’arrête pas à des stations fermées "par sécurité", il y a en ce vendredi d’arrivée d’un pape, un air de douce liesse. Mêmes les motocyclistes de la BRAV-M ne font pas peur : une petite fille tend à l’un d’eux une boîte de chocolat et le colosse se penche pour en prendre un, gentiment. Et tous sourient.
Un désir de fraternité
On marcherait des heures dans un tel décor. Les portes de l’Élysée s’ouvrent pour laisser entrer le Serviteur des serviteurs. Il ne vient pas s’assoir à un somptueux repas officiel entre un footballeur et une starlette, mais écouter des mots de bienvenue d’une France épuisée et qui recherche un souffle. Il vient aussi dire des choses graves et, d’un ton ferme, insiste sur le caractère sacré de la vie et sur la folie de la dissuasion nucléaire. Puis il repart manifester sa foi dans le désir de fraternité des peuples, lui, l’Américain dont le président pense à lui seul pouvoir sauver le monde. Il sourit aux diplomates et à toutes ces autorités qui s’assemblent dans le palais de l’Unesco pour l’écouter rappeler simplement que tout homme commence par être un petit bébé nu et vulnérable.
Un homme de grand large
Les boulevards de Paris se souviendront longtemps de la belle gaité d’une foule dans laquelle les belles dames du XVIe se laissent gagner par les percussions des jeunes de Barbès. Les enfants sont brandis, les cris de joie fusent. Son sourire les bénit, si ému et si bienveillant. Jusqu’à Notre-Dame, il trace dans l’air doux le signe de la croix. Chacun se sent vu et surtout accueilli. Il dira aux consacrés réunis pour prier vêpres autour de lui combien il est essentiel de ne pas s’enfermer dans nos murs mais de garder ouvertes les portes de nos églises, de nos communautés, combien le pasteur est un homme de grand large, à l’horizon sans fin. Que tous comprennent que la foi n’est pas propriété de quelques-uns mais un don proposé à chacun. Il dit tout cela une chape sur le dos, dans le respect scrupuleux d’une liturgie qui, sans s’enfermer dans un passé héroïcisé, porte avec beauté et profondeur la prière que l’Église doit aux hommes.
Il rend aux édiles de la ville la visite qui leur est due, poliment et courtoisement, puis clôt ce premier jour en rejoignant au stade une foule jeune et tellement heureuse du temps précieux qu’ils s’apprêtent à vivre ensemble.
"Qu’il est beau, ce jeune"
Pour ma part, la journée avait commencé à la terrasse d’un café. Le jeune serveur me regarde et s’enquiert : "Vous serez au stade ce soir ?" Je lui dis que non. Il me dit "Vous êtes prêtre ?" Il reprend : "Moi je suis bloqué ici par mon travail. Mais j’ai deux amis qui y seront. Ça va être grand." Nous échangeons quelques mots. Il poursuit : "Après il ira dans une grande cathédrale toute blanche..." Je marque mon étonnement : où se situe ce bâtiment mystérieux ? Il ne sait plus très bien. J’évoque Lourdes. À ce mot, il confirme : "Oui c’est ça, Lourdes. Mon oncle y sera... Mais, au fait, qu’est-ce que c’est Lourdes ? Pourquoi il y a une église aussi grande là-bas ?" Nous échangeons quelques minutes sur les apparitions, sur Marie, Bernadette, les malades. Il semble découvrir un monde. Et puis nous reprenons le cours de nos vies. Qu’il est beau, ce jeune, dans l’innocente ignorance de ce que peut être l’Église dont il s’approche pour essayer d’y rencontrer Celui sur lequel il sait si peu mais qui pourtant l’attire vraiment. Qu’il est beau dans la spontanéité de sa joie de vivre ces journées qu’il ne verra que de loin mais pour lesquelles il avoue sans fard son intérêt.
Nul ne sait ce qu’il adviendra des temps à venir pour nos nations et leurs peuples. Mais tant que l’Esprit pourra susciter dans les cœurs cette curiosité franche et généreuse, l’Espérance demeure tel un feu qui réchauffe et ouvre le chemin à un à-venir dont nous aurions bien tort d’avoir peur.












