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L’appel des papes au magistère des personnes handicapées

5 min de lecture
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Crédit : Aleteia

Les derniers papes ont beaucoup parlé des personnes handicapées, jusqu’à Léon XIV qui voit dans la fragilité un pont entre ceux qui aident et ceux qui sont aidés. Plus encore, relève l’essayiste Charlotte de Vilmorin, elle-même handicapée, les papes voient dans la fragilité un magistère qui doit trouver sa place dans la société et dans l’Église.

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Qu'ont dit les papes du handicap ? La venue de Léon XIV à Lourdes ce samedi 26 au soir, est une bonne occasion de faire le point, et de se demander quel regard l'Église porte aujourd'hui sur les personnes handicapées. Commençons avec François, parce que c'est probablement lui qui a donné à ce sujet une place qu'aucun de ses prédécesseurs ne lui avait accordée. Sa formule la plus féconde est pourtant née ailleurs que dans le champ du handicap. 

Le magistère de la fragilité

Le 1er juin 2022, lors d'une catéchèse consacrée à la vieillesse, le pape jésuite invite à ne pas cacher les faiblesses du grand âge : "C'est une leçon pour nous tous. Il existe donc un “magistère de la fragilité”." Six mois plus tard, dans son message pour la Journée internationale des personnes handicapées, il reprend l'expression à notre sujet : "Il s'agit d'un véritable magistère de la fragilité qui, s'il était écouté, rendrait nos sociétés plus humaines et fraternelles." L'idée est plus audacieuse qu'elle n'en a l'air, car elle renverse l'ordre habituel de l'autorité : ceux que l'on a coutume d'aider deviennent ceux dont on apprend.

Ce magistère n'a ensuite cessé de s'élargir. En avril 2024, devant l'Académie pontificale des sciences sociales, François précise que "la vulnérabilité et la fragilité font partie de la condition humaine et ne sont pas propres uniquement aux personnes handicapées".

Un pont vers le ciel

Léon XIV semble avoir repris cette ligne dès les premiers mois de son pontificat. Le 3 septembre 2025, lors d'une audience générale consacrée au cri du Christ en croix, "J'ai soif", il en tire une leçon qui s'adresse à chacun : "Nous vivons à une époque qui récompense l'autosuffisance, l'efficacité, la performance. Pourtant, l'Évangile nous montre que la mesure de notre humanité n'est pas donnée par ce que nous pouvons conquérir, mais par notre capacité à nous laisser aimer et, quand cela est nécessaire, aussi aider." Puis vient cette phrase : "Si nous avons le courage de la reconnaître, nous pouvons découvrir que notre fragilité est aussi un pont vers le ciel." C'est peut-être l'apport le plus précieux de ces dernières années : la fragilité cesse d'être une frontière entre ceux qu'on aide et ceux qui aident !

La discrimination fondée sur l'efficacité

En 2004, dans un message sur la dignité des personnes atteintes d'un handicap mental, Jean-Paul II écrivait déjà : "La discrimination fondée sur l'efficacité n'est pas moins condamnable que celle fondée sur la race, le sexe ou la religion." Le mot capacitisme n'était pas encore arrivé jusqu'à nous, mais l’idée était en germe, et condamnée avec une netteté qu'on aimerait entendre plus souvent. Vingt ans après, ces phrases résonnent plus fort encore à notre époque qui promet d'augmenter les corps et juge volontiers une existence à ce qu'elle rapporte. Face à elle, l'affirmation obstinée de l'égale dignité de chacun est, pour la cause des personnes handicapées, une alliée dont la valeur dépasse de loin le cercle des croyants…

Des voix qui annoncent

Il serait pourtant peut-être temps, quand l'Église parle des personnes handicapées, de changer légèrement de refrain. Le texte qui vient spontanément à l'esprit reste presque systématiquement Matthieu 25 : "Chaque fois que vous avez fait cela à l'un de ces plus petits de mes frères et sœurs, c'est à moi que vous l'avez fait." C'est un texte magnifique, qui a porté des siècles de dévouement. Mais la personne handicapée y demeure, comme assignée, celle à qui l'on fait quelque chose, le visage du Christ que l'on sert, mais bien plus rarement la voix qui annonce.

Or l'Église a déjà écrit elle-même ce qui manque. En 2020, François constatait que les personnes handicapées "demandent également à devenir des sujets actifs de la pastorale, et non seulement des bénéficiaires". Dans le même message, il souhaitait qu'elles "puissent devenir catéchistes, afin de transmettre la foi efficacement, à travers leur propre témoignage". Deux ans plus tard, il voyait dans le synode "une occasion propice pour entendre enfin aussi votre voix". Ce "enfin" en dit long.

Quelque chose à enseigner

Malheureusement, encore aujourd’hui, entre ces textes et la vie de nos paroisses, l'écart reste souvent considérable. Qui est habitué à entendre une personne en fauteuil lire la première lecture, quand l'ambon trône en haut de ses marches ? Combien de catéchistes sourds ou malvoyants compte-t-on dans nos diocèses ? Personne ne semble le savoir, et c'est déjà un indice terrible.

Il ne s'agit pas de renoncer à la charité, qui a porté et porte toujours tant de vies, mais de la dépasser. Le magistère de la fragilité nous a appris que celles et ceux que l'on aide ont quelque chose à enseigner. Léon XIV a repris le fil tendu par François, et l'on a hâte de voir jusqu'où il le déroulera. J’espère jusqu’au jour où ceux à qui la parole de l'Église s'adresse depuis si longtemps, pourront, à leur tour, la porter.