À la Grotte de Massabielle, Léon XIV a vécu ce samedi 26 septembre un moment empreint de simplicité et de recueillement. Le geste du rocher, le geste de l’eau, le geste de la lumière… Trois gestes simples qui ont fait de lui, le temps d’une soirée, un pèlerin parmi les pèlerins de la cité mariale.
Cela faisait dix-huit ans qu’un pape ne s’était pas rendu à Lourdes. Après deux journées chargées à Paris, Léon XIV a atterri ce samedi soir dans la cité mariale, où une toute autre atmosphère l’attendait. À peine arrivé à Lourdes, Léon XIV a découvert une ville massée derrière les barrières, venue attendre son passage parfois depuis plusieurs heures. Pour Jean-Pierre, 65 ans, et Sylvie, 59 ans, cette venue du Pape à Lourdes avait une teinte particulière. C’est ici qu’ils avaient accueilli le pape Benoît XVI en 2008 et deux ans après, leur fils voyait le jour. "Nous l’avons appelé en l’honneur de Benoît XVI", confie le couple. Aujourd’hui, le jeune est venu accompagner ses parents pour la visite de Léon XIV à Lourdes, pour vivre à son tour une visite historique. Peu après 19h40, le cortège est apparu au bout du pont qui enjambe le Gave de Pau. "Il arrive !", s’est exclamé le jeune homme, encore très touché. C’est précisément sur ce pont, devenu pour l’occasion le point de rendez-vous entre le Pape et les Lourdais, que Léon XIV était attendu.

Le Pape a alors été accueilli par le maire de Lourdes, Thierry Lavit, pour une première étape hautement symbolique : ce pont porte désormais officiellement le nom de pont Léon XIV. Reconstruit après les importantes crues de 2012 et 2013, il constitue l’un des principaux accès à la zone du sanctuaire. La séquence s’est poursuivie avec le dévoilement de l’œuvre "La Fraternité entre les peuples", réalisée par le sculpteur Jean-Jacques Abdallah. Un symbole particulièrement mis en avant par la Ville pour cette visite placée sous le signe de la rencontre et de la fraternité.
Après ces quelques instants d’accueil, le Pape a pris place dans sa papamobile pour rejoindre le sanctuaire. Le véhicule a remonté les abords de l’avenue Peyramale, puis de la rue Bernadette-Soubirous pour rejoindre le sanctuaire par la porte Saint-Joseph. Sous des acclamations de joie, il a traversé les allées du domaine, saluant les pèlerins venus le saluer. Pour beaucoup, l’attente de plusieurs heures s’est alors achevée en quelques secondes d’un passage furtif. Mais pour ceux qui étaient là, l’instant restera longtemps gravé. "On a attendu quatre heures au bord de la route", racontent Apolline et Romain, venus de Bordeaux avec leur fils Joseph, 5 ans. Malgré un passage rapide, et même si Léon XIV n’a pas béni leur enfant, l’émotion reste intacte. "C’était extra, rapide, mais très beau." Même émotion chez les hospitaliers venus avec les personnes qu’ils accompagnent. Venue de Castellón, en Espagne, Noela Nicolau a été particulièrement émue. "Je suis présidente de l’Hospitalité Segorbe-Castellón, et je suis venue ici pour prier pour toutes les personnes malades que j’accompagne." C’était la première fois qu’elle voyait Léon XIV. "C’était très émouvant", confie-t-elle.
Puis, en quelques instants, l’ambiance a changé. Après la clameur de la foule et les applaudissements, Léon XIV a gagné la Grotte de Massabielle. Là, loin du protocole et des acclamations, Léon XIV allait vivre les gestes de tous les pèlerins de Lourdes, car le Pape n’est pas venu à Lourdes seulement comme chef de l’Église catholique, mais avant tout comme pèlerin parmi les pèlerins.
Le rocher, l’eau et la lumière : les trois gestes du pèlerin
À son arrivée dans la Grotte, où la Vierge Marie est apparue à Bernadette Soubirous à dix-huit reprises en 1858, le Pape s’est d’abord recueilli en silence en s’agenouillant devant Notre-Dame de Lourdes et a prié plusieurs minutes. Un temps de prière simple, silencieux, chargé d’émotion.
Le père Michel Daubanes, recteur du sanctuaire, lui a ensuite présenté un verre d’eau de la source. Une eau qui occupe une place centrale dans l’histoire de Lourdes depuis que, lors de la neuvième apparition, la Vierge a demandé à Bernadette : "Allez boire à la fontaine et vous y laver." Accomplissant ainsi l’un des gestes les plus familiers du pèlerin de Lourdes, le Pape a bu quelques gorgées avant de parcourir la Grotte et de toucher le rocher de Massabielle. Sa main s’est posée sur cette pierre devenue, depuis les apparitions de 1858, l’un des lieux les plus emblématiques du sanctuaire. Un geste simple, presque silencieux, mais que reproduisent chaque jour les pèlerins venus se recueillir devant la Vierge.
Puis est venu le troisième geste : celui de la lumière. Un cierge a été remis à Léon XIV, qu’il a déposé sur le grand chandelier installé devant la Grotte. Une petite flamme parmi toutes les autres, faisant écho à celle que Bernadette portait déjà lors des apparitions de Notre-Dame de Lourdes. Depuis, les cierges accompagnent les pas des pèlerins venus à Lourdes confier à la Vierge une prière, un proche, une souffrance ou une espérance. Celui de Léon XIV s’est mêlé à tous les autres, dans cette lumière qui ne distingue ni les puissants ni les anonymes.
Après ces trois gestes, le Pape s’est adressé en français à la Vierge Marie dans une magnifique prière. Il a ainsi confié la France, son peuple et ses dirigeants, les familles, l’Église et les jeunes, mais aussi les malades, les personnes souffrantes et tous ceux qui les accompagnent. Au terme de cette prière, Léon XIV a accompli un geste plus rare : il a déposé une rose d’or auprès de la statue de Notre-Dame de Lourdes. Depuis des siècles, cette rose constitue un présent pontifical, notamment offert à des sanctuaires, des églises ou des villes en signe de dévotion et de reconnaissance.
Pour conclure ce temps de prière, Léon XIV a récité avec l’assemblée le Notre Père en latin, qu’il a introduit en français : "On est dans le même esprit, on peut dire dans la même confiance la prière que nous avons reçue du Seigneur." Dans la Grotte, les voix se sont élevées ensemble dans tout le sanctuaire.
Et pendant quelques instants, il n’y avait plus de distance entre le Pape et les pèlerins. Il y avait simplement un homme venu prier parmi ceux qui, depuis près de deux siècles, viennent à Lourdes déposer leurs peines, leurs espérances et leurs prières devant la Vierge. Le contraste sera saisissant le dimanche matin car Léon XIV retrouvera pleinement son rôle de chef de l’Église catholique en célébrant une messe sur la prairie du sanctuaire devant plus de 150.000 fidèles.
















