En visitant ce samedi matin l’Institut catholique de Paris (ICP) pour sa rencontre avec les délégués de l’assemblée ecclésiale dédiée à l’accompagnement des catéchumènes franciliens, le pape Léon XIV a découvert un lieu où se croisent depuis des siècles la foi, la transmission et la recherche. Pour sa courte visite à Paris, le pontife a choisi de faire halte dans cette institution placée sous l’autorité du Saint-Siège, qui accueille chaque année près de 11.000 étudiants.
Malgré une météo moins ensoleillée que prévue, l’atmosphère était joyeuse et fébrile dans les couloirs de la « Catho », connaissant une animation inhabituelle pour un samedi matin. « C’est un moment solennel, exceptionnel », confie Léa, employée de l’Institut. « C’est exceptionnel que, sur sa courte visite à Paris, le pape ait trouvé le temps de venir nous voir ici », se réjouit-elle. La venue de Léon XIV est d’autant plus marquante qu’il s’agit du premier pape à se rendre à l’Institut depuis Jean-Paul II, il y a 46 ans. Avant de rejoindre l’assemblée ecclésiale réunie dans l’amphithéâtre, le pape s’est rendu dans l’église Saint-Joseph-des-Carmes. Le lieu lui est particulièrement cher : c’est ici que venait prier le frère Laurent de la Résurrection, religieux carme du XVIIe siècle dont la spiritualité de la présence de Dieu a profondément marqué son parcours de foi.
Le pape a reçu des religieux carmes la première édition, publiée à la fin du XVIIe siècle, de La Pratique de la présence de Dieu, son ouvrage le plus connu. Devant lui, les religieux de cet ordre contemplatif ont évoqué la « fécondité spirituelle » de ce frère discret, longtemps relativement peu connu en France mais dont les écrits connaissent un regain d’intérêt grâce à ce pape venu des États-Unis, ou ce religieux français est souvent lu, y compris dans le milieu protestant. Une belle manière, pour Léon XIV, de retrouver une figure spirituelle qui lui est chère au cœur même du lieu où elle a vécu.
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Après avoir récité le Notre Père en français avec la communauté éducative, le pape a rejoint la cour de l’Institut puis le grand amphithéâtre, où l’attendaient les participants de l’Assemblée ecclésiale provinciale d’Île-de-France. Celle-ci s’est penchée sur l’accueil des catéchumènes et des néophytes et aux nouvelles perspectives qu’ils ouvrent pour la vie des diocèses.
La mémoire des martyrs
Mais l’histoire du lieu était également très présente. Dans le jardin de l’Institut, Léon XIV s’est arrêté devant la stèle portant l’inscription Hic ceciderunt, « Ici, ils périrent », qui rappelle les 191 victimes des violences révolutionnaires tombées sur ce site à la fin du XVIIIe siècle. Le recteur lui a également montré la croix installée en 1926, au moment de leur béatification, il y a tout juste cent ans.
Dans son discours d’accueil, Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris et à ce titre chancelier de l’ICP, a rappelé les différentes strates de cette histoire complexe. Le site fut d’abord celui du couvent des Carmes, avant de devenir, au XIXe siècle, un lieu de renaissance de l’enseignement religieux. En 1845, l’ordre dominicain y fonda notamment une école de théologie où enseigna le bienheureux Frédéric Ozanam, qui y est également enterré. Trente ans plus tard naissait l’Institut catholique de Paris. L’archevêque a aussi rappelé que le bienheureux Christian de Chergé, moine de Tibhirine, y avait fait ses études.
« L’Institut Catholique de Paris nous accueille aujourd’hui, une institution située au carrefour de la science et de la foi qui, depuis des siècles, contribue à former les esprits et les cœurs au service de l’Évangile », a souligné Léon XIV dans son discours. Pour Boris Lesueur, maître de conférences en histoire moderne à l’ICP, cette visite constitue « une reconnaissance du travail universitaire qui est fait et de tout le caractère historique de ces lieux ». L’Institut s’inscrit dans la longue tradition de l’enseignement théologique parisien et a notamment accompagné, après la Révolution, la renaissance de structures d’enseignement catholique. Il a aussi participé à l’élaboration du catholicisme social au XIXe siècle et accueille aujourd’hui encore des travaux de recherche de haut niveau, notamment dans le domaine des études bibliques. L’historien évoque notamment un ambitieux travail d’analyse des manuscrits de la Mer morte, en confiant que l’étude de ce patrimoine intellectuel et spirituel se vit ici dans une atmosphère « extrêmement paisible. »
La joie des étudiants
Dans les rangs des étudiants, la visite du pape a suscité beaucoup d’enthousiasme. « C’était magique, très impressionnant de le voir de près. Ça lance notre année de façon spectaculaire », raconte Louise, étudiante en droit. Leily, en master d’éducation, évoque elle aussi « une vraie chance ».
Parmi les étudiants venus apercevoir le pape figurait également Narges, de confession musulmane. « C’est un personnage important, on ne le voit pas tous les jours », explique-t-elle. En ayant suivi le premier jour de la visite du pape vendredi, elle dit avoir apprécié les paroles du pape sur l’importance de respecter la religion de chacun. « Je sens que c’est une bonne personne, qui est du côté du juste », explique cette jeune femme, disant quelque chose de la vocation de l’Institut catholique dans une France marquée par la diversité religieuse : un lieu où se rencontrent des étudiants aux parcours et aux convictions variés, dans un climat de dialogue et de respect.
En venant à la « Catho », Léon XIV n’a donc pas seulement visité une université. Il a traversé un lieu où l’histoire de l’Église de France demeure inscrite dans les pierres et dans les visages : ceux des martyrs, des religieux, des saints, des chercheurs et des générations d’étudiants. Une histoire que le pape a rencontrée avec une figure qui lui est particulièrement chère, le frère Laurent de la Résurrection, dont la spiritualité invite à chercher Dieu jusque dans les gestes les plus ordinaires de la vie.













