Léon XIV s'est rendu ce 26 septembre à Saint-Joseph-des-Carmes, église de l’Institut catholique de Paris. Son recteur détaille les préparatifs de cette visite où le Pape a marché dans les pas des martyrs des Carmes et de frère Laurent de la Résurrection, dont les écrits ont nourri sa vie spirituelle.
C’est une étape plus discrète du voyage apostolique de Léon XIV en France. Dans la matinée du samedi 26 septembre, le Pape s'est rendu à l’Institut catholique de Paris (ICP) pour une rencontre avec l’assemblée ecclésiale provinciale, des catéchumènes et des néophytes. Dans le cadre de cette visite, il s'est recueilli également dans l’église Saint-Joseph-des-Carmes en présence d’une poignée d’invités dont l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, le père Emmanuel Petit, recteur de l’ICP, les recteurs des universités catholiques, quelques paroissiens et des frères carmes.
Situé entre les n°70 et 74 de la rue de Vaugirard, dans le 6ème arrondissement de la capitale, l’ancien couvent des Carmes a traversé plus de quatre siècles d’histoire. Fondé au XVIIe siècle pour accueillir les Carmes déchaux, avec l’appui de la régente Marie de Médicis, le couvent parisien voit la première pierre de son église posée en 1613, avant son achèvement sept ans plus tard. Sous la Révolution, le couvent est transformé en prison pour les prêtres ayant refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé qui prévoyait la réorganisation de l’Église de France sous l’autorité de l’État. Le 2 septembre 1792, environ 115 ecclésiastiques et un laïc y sont massacrés. Béatifiés le 17 octobre 1926 par le pape Pie XI, ils sont depuis connus comme les martyrs des Carmes. L’ancien couvent sera par la suite intégré à l’Institut catholique de Paris en 1875.
À la grande histoire s’ajoute un lien plus personnel entre Léon XIV et les Carmes. C’est dans ce couvent que vécut au XVIIe siècle frère Laurent de la Résurrection (1614-1691), frère laïc, tour à tour cuisinier et cordonnier, resté relativement méconnu en France. Sa spiritualité de la "présence de Dieu", invitation à demeurer uni à Dieu au cœur même des activités quotidiennes, a profondément marqué le souverain pontife. Les frères carmes présents dans l’église le 26 septembre ont d’ailleurs prévu de lui offrir la première édition des écrits de frère Laurent, parue en 1692. À la veille de la venue de Léon XIV, le père Yannick Soufflet, recteur de Saint-Joseph-des-Carmes nouvellement nommé, évoque pour Aleteia les préparatifs et la dimension spirituelle et historique de cette étape.
Aleteia : Comment préparez-vous l’accueil du pape Léon XIV qui viendra dans cette église moins dans un cadre officiel que pour un temps de recueillement personnel ?
Père Yannick Soufflet : C’est une joie et un honneur de pouvoir le recevoir ici. Nous découvrons en même temps tout ce qu’il faut préparer dans les moindres détails avec les équipes du Vatican, du diocèse et de la CEF. Cela va jusqu’à des choses très concrètes et matérielles, comme le ménage de l’église – auquel ont participé les étudiants -, les fleurs ou de petites réparations. Même si quelques centaines de personnes seront présentes, entre les invités dans l’église et les étudiants rassemblés dans la cour pour l’accueillir, il s’agira d’un temps de recueillement à une échelle bien plus réduite que la messe sur la place de la Concorde ou les étapes de Lourdes et de Metz.

Quel sera l’itinéraire du Pape dans l’ancien couvent des Carmes déchaux ?
Le Pape va d’abord se rendre dans l’église puis dans l’auditorium, où il rencontrera l’assemblée ecclésiale provinciale, les catéchumènes et les néophytes. Dans l’église, il ira se recueillir dans la chapelle Sainte-Anne, à droite du chœur, puis ressortira par la sacristie. Il passera ensuite par la porte du jardin, qui donne sur un petit perron appelé "l’escalier des Martyrs" et y observera un moment de recueillement. C’est à cet endroit que le massacre de 115 prêtres, évêques et un laïc, a eu lieu en 1792 après un simulacre de procès conduit dans la sacristie. Léon XIV reproduira ainsi exactement le parcours des martyrs avant leur exécution.
Pour le pape Léon XIV, qui a choisi son nom en référence à Léon XIII, père de la doctrine sociale moderne de l’Église, il me semble que les racines de cette tradition remontent jusque dans cette église.

Que signifie ce passage à Saint-Joseph-des-Carmes dans le programme très dense de la visite du Pape à Paris ?
Nous avons proposé à l’archevêque de Paris, Mgr Ulrich, d’inviter le Pape ici pour plusieurs raisons : parce que c’est un lieu d’enseignement universitaire au rayonnement important, parce que l’assemblée ecclésiale provinciale s’y réunit régulièrement et, d’un point de vue spirituel et plus personnel pour le Pape, parce que nous avons pensé à ce qu’il avait déclaré dans l’avion à son retour du Liban, en décembre dernier, au sujet de frère Laurent de la Résurrection (NDLR : Léon XIV avait cité "La pratique de la présence de Dieu", écrit par frère Laurent de la Résurrection, comme sa "spiritualité depuis des années") . J’ai moi-même découvert son existence à ce moment-là. C’est une découverte ou une redécouverte pour beaucoup de monde. Nous sommes heureux de l’accueillir pour lui montrer les lieux où le frère Laurent a vécu. J’ajouterais, parmi les figures importantes de ce lieu, le bienheureux Frédéric Ozanam, dont le tombeau se trouve dans la crypte de l’église. Il était professeur de lettres à la Sorbonne au XIXe siècle et l’une des sources de l’engagement social des chrétiens et de la doctrine sociale de l’Église à cette époque. Pour le pape Léon XIV, qui a choisi son nom en référence à Léon XIII, père de la doctrine sociale moderne de l’Église, il me semble que les racines de cette tradition remontent jusque dans cette église.

Pourquoi les écrits mystiques de frère Laurent de la Résurrection résonnent-ils particulièrement chez le pape Léon XIV ?
Je pense que c’est une figure qui peut tous nous aider spirituellement dans notre société contemporaine. Dans la préface de la nouvelle édition des écrits du frère Laurent, le Pape explique leur importance dans sa vie personnelle mais également pour les chrétiens d’aujourd’hui. Ce qui me frappe dans l’actualité de ce que le frère Laurent écrit, c’est cette union avec Dieu, cette prière au milieu des activités quotidiennes. Nous sommes tous pris dans une forme de suractivité et avons quelquefois du mal à trouver le temps de prier. Il y a bien sûr des moments où l’on s’arrête pour prendre vraiment un temps pour Dieu, et c’est important de le faire. Mais la prière ne doit pas être cloisonnée à certains moments de la journée. Frère Laurent de la Résurrection nous apprend justement à vivre avec Dieu au fil de nos activités. Les siennes, par exemple, étaient la cuisine et la cordonnerie. C’est quelque chose que nous pouvons tous appliquer.

Quelle portée symbolique donnez-vous au recueillement de Léon XIV dans un lieu associé à la mémoire douloureuse des martyrs du 2 septembre 1792 ?
Je ne sais pas si Léon XIV dira quelque chose sur les martyrs. C’est un sujet délicat car lié à la Révolution et qui peut facilement donner lieu à des instrumentalisations. Ce que nous enseignent ces martyrs, c’est qu’ils ont accepté de donner leur vie et choisi de rester fidèles à l’Église et au Pape. C’est cette fidélité jusqu’au bout, à l’image du Christ, qui peut nous parler aujourd’hui dans une société où tout change tout le temps, au gré de l’idée du moment ou de celui qui parle le plus fort. Les martyrs des Carmes nous montrent que la seule boussole est le Christ. Il y a aussi quelque chose d’assez touchant : on peut lire, dans les témoignages laissés par des rescapés du massacre, que certains ont eu peur ou ont essayé de s’échapper en escaladant les murs du jardin, ce qui est tout à fait humain. C’est au milieu de ces fragilités humaines que ces hommes ont donné leur vie. Nous célébrerons le centenaire de leur béatification au mois d’octobre.












