Avant même le signe de croix, les vêpres commencent par un rituel, appelé le lucernaire, aussi étonnant que signifiant : au son d’un cantique, on allume les bougies de l’autel. Une façon de rappeler, au moment où le jour baisse, que le Christ est la lumière qui vainc les ténèbres. Le pape Léon XIV va y assister ce vendredi à Notre-Dame.
Pourquoi les cierges de l’autel ne sont-ils pas allumés ? Est-ce un oubli ? Alors que le Pape est là… La chose risque d’étonner ceux qui regarderont les vêpres à la télévision, vendredi soir à Notre-Dame de Paris, à l’occasion du voyage apostolique de Léon XIV en France. Le Saint-Père va effectivement rentrer dans la cathédrale, avancer jusqu’au chœur en procession et vêtu de magnifiques ornements puis s’incliner devant l’autel… dont les cierges seront éteints. Bien sûr, le sacristain de l’édifice n’aura pas commis une fâcheuse erreur, il aura permis de rappeler une antique tradition.
À l’heure vespérale, rien n’est plus naturel, dans un monde où n’existe pas l’électricité, d’allumer des lampes à huile ou des bougies pour pallier l’absence de lumière naturelle. Cet acte ordinaire a pourtant une portée symbolique que les religions n’ont pas manqué de mettre en avant, en particulier dans le judaïsme, aujourd’hui encore. Alors que les ténèbres commencent à recouvrir la terre, la lumière est le signe de la présence de Dieu, que l’on bénit pour ce don.
Le Christ est la vraie lumière
En Jésus, le symbole est accompli. Le Christ lui-même dit : "Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie." (Jn 8, 12) Et l’évangéliste Jean d’expliquer qu’"en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée" (Jn 1, 4-5). Par son incarnation et par sa résurrection, le Fils a supprimé la nuit, celle du péché, et donné à tous ceux qui se mettent sous l’éclat de sa clarté, par la foi, de voir et de vivre.
Dès lors, au début des vêpres, allumer solennellement les cierges de l’autel offre l’occasion de manifester que le jour qui baisse n’est que la promesse de celui qui se lèvera bientôt, au moment de chanter l’office des Laudes. Puisque la lampe se dit lucerna en latin, le rite a pris le nom de "lucernaire". La tradition byzantine, attestée dès les premiers siècles du christianisme, a été adoptée en certains lieux dans la liturgie latine, à Notre-Dame par exemple. Elle se retrouve partout lors de la Vigile de Pâques, qui commence par l’allumage du cierge pascal au feu béni. Avant les vêpres, cet allumage se fait au son d’un cantique, Joyeuse lumière, attesté au IIIème siècle.












