Le missel des célébrations auxquelles participera le pape Léon XIV lors de sa visite en France a été dévoilé le 21 septembre par le Saint-Siège. À sa lecture, un choix liturgique s’impose immédiatement : Marie y tient une place centrale. Si les lieux visités par le Saint-Père justifient en partie ces choix, il est aussi possible d’y voir une intention théologique marquée.
Si la liturgie est largement normée, elle laisse également parfois place au choix. Or, les choix manifestent bien souvent une intention. Ainsi, derrière les choix liturgiques – formulaires de messe, messes votives, textes – que révèle le missel des célébrations du voyage apostolique du Pape en France dévoilé le 21 septembre, il est possible de lire, entre les lignes, une théologie qui en dit plus long qu’un simple programme. Le missel de la messe que le pape Léon XIV présidera à Paris le samedi 26 septembre en offre un bel exemple.
Le formulaire choisi est celui de la messe votive de la Bienheureuse Vierge Marie, "fontaine du salut". Le titre lui-même mérite que l’on s’y arrête. Alors que le Pape commencera son voyage parisien par les vêpres à Notre-Dame de Paris et qu’il se rendra ensuite à Lourdes, la Vierge Marie semble accompagner son pèlerinage en France comme un fil discret et pourtant bien visible. Et voici que, pour la grande célébration du samedi, l’Église choisit de regarder Marie.
Marie, "fontaine du salut"
S’il est d’usage, dans la tradition de l’Église, de consacrer le samedi à la Vierge Marie, la mise à l’honneur de Notre-Dame n’est pas obligatoire : elle relève d’un choix.
Déjà, à Marseille, en septembre 2023, le pape François avait placé sa grande messe au Vélodrome sous le regard de Notre-Dame de la Garde. Trois ans plus tard, Léon XIV reprend, à sa manière, ce langage marial en choisissant à Paris la Vierge Marie comme "fontaine du salut".
S’inscrivant dans la continuité de François, Léon XIV réaffirme ainsi la place de Marie dans l’œuvre du salut. À Marseille, Marie était invoquée sous un vocable profondément enraciné dans la ville et dans son histoire. À Paris, elle sera contemplée dans une perspective plus vaste : elle est celle par qui vient le salut, celle qui donne au monde le Sauveur.
La collecte de la messe demande à Dieu la grâce de produire en abondance les fruits de l'Esprit saint, "par l’intercession de la Vierge Marie, par qui [a été ouverte] la source du salut, le Christ Jésus". Marie est honorée, vénérée, mais le regard ne s’arrête pas à elle. La source du salut, c’est le Christ Jésus, et Marie est celle par qui cette source nous est donnée.
La première lecture, tirée du livre d’Ézéchiel, fait jaillir l’eau du Temple. Cette eau devient un torrent, puis un fleuve qui porte la vie partout où il passe. Là où l’eau arrive, la vie renaît. Le psaume poursuit la même image : "Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut." Et l’Évangile conduit finalement à Celui vers qui tout converge. Jésus se lève et proclame : "Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi !" La source, le fleuve, l’eau vive : toute la liturgie conduit au Christ. Marie est donc honorée précisément parce qu’elle est celle qui donne le Christ au monde.
De Notre-Dame à Jésus
La préface de la messe le dira avec une grande beauté : Marie, "alors que l'Esprit Saint la couvrait de son ombre", a donné au monde la Parole incarnée, Jésus Christ, "la source d’eau vive" où tous les hommes peuvent puiser pour assouvir leur soif de Dieu.
La liturgie de Léon XIV vient rappeler ce qui est au cœur de la foi chrétienne : Marie n’est pas d’abord une idée, une image ou un emblème national. Elle est la mère de Jésus. Elle porte en elle l’Enfant de la Promesse. Elle accueille celui qui vient sauver le monde. Elle devient ainsi, pour reprendre le langage du missel, celle par qui nous est ouverte la source du salut.
Le choix du Pape est donc profondément marial, mais il est en même temps profondément christologique. Et c’est peut-être précisément ce dont la France a besoin : non pas simplement retrouver Notre-Dame, mais retrouver, avec elle, Celui qu’elle nous donne.
Une source pour un pays qui a soif
L’image de la source est peut-être l’une des plus belles clés pour comprendre ce choix liturgique. Il y a quelque chose de profondément actuel dans cette eau qui jaillit du Temple et qui rend la vie partout où elle passe.
Notre société connaît bien des formes de soif : soif de sens, soif de vérité, soif de fraternité, soif d’espérance. Les catéchumènes qui se présentent chaque année plus nombreux au baptême sont, à leur manière, un signe saisissant : au cœur même d’un paysage que l’on pourrait croire desséché, quelque chose recommence à jaillir. Encore faut-il savoir où chercher. L’Évangile de la messe donne la réponse : "Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi."
La mission chrétienne ne consiste pas à fabriquer artificiellement de l’eau ni à inventer une source nouvelle. Elle consiste à conduire les hommes et les femmes vers le Christ et à leur faire découvrir la source qui est déjà là.
Marie, un chemin pour l’Église de France
Le choix de la Vierge Marie par le pape Léon XIV devient peut-être plus qu’un choix liturgique. Il peut être reçu comme une invitation pastorale. Regarder Marie pour apprendre à accueillir le Christ. Accueillir le Christ pour pouvoir le donner. Le donner pour que le monde ait la vie. Or c’est précisément la devise du voyage apostolique de Léon XIV : "Pour que le monde ait la vie".
De Paris à Lourdes, le Pape sera ainsi conduit à travers deux des lieux les plus profondément marqués par la présence de Notre-Dame en France : Notre-Dame de Paris, puis le sanctuaire où la Vierge s’est présentée à Bernadette comme l’Immaculée Conception. Mais entre les deux, à Paris, l’Église célébrera Marie sous un nom qui empêche précisément de s’arrêter à elle : Marie, fontaine du salut.
Notre-Dame nous ouvre le chemin. Elle nous apprend à recevoir. Elle nous apprend à croire. Elle nous apprend à nous mettre en route. Et surtout, elle nous apprend à donner Jésus. Le programme du voyage du Pape et certains choix liturgiques sont d’ores et déjà porteurs d’un message d’encouragement : il n’est pas trop tard pour revenir à la source. Il n’est pas trop tard pour que le désert refleurisse. Il n’est pas trop tard pour que les fontaines recommencent à couler. L’espérance est immense. La source est là. Et Notre-Dame nous montre le chemin.












