Aller au contenu principal

Fabrice Amedeo : “La vraie force est dans l’abandon”

5 min de lecture
fabrice-amadeo-skipper-vendee-globe

Crédit : Fabrice Amadéo

Fabrice Amadéo.

Dans son nouveau livre "La Mer de Dieu" qui sort ce 24 septembre, le skipper Fabrice Amedeo convie le lecteur à bord de son voilier pour un voyage intérieur. Le navigateur signe là un témoignage édifiant, empreint d’humilité et de transcendance. Au rythme des flots, des pannes techniques et des "sentiments océaniques", ce qu’il appelle "ces moments rares et fulgurants où l’on ne se perçoit plus comme une entité séparée, mais telle une vague parmi les vagues", Fabrice Amedeo fait vivre son "ascenseur émotionnel" et livre ici le récit bouleversant de sa conversion en priant la Mère de Dieu.

Partager sur :

"Comme étymologiquement Amedeo est celui qui est aimé de Dieu, j’étais prédestiné à cette rencontre n’est-ce pas ?". Tout dans ces lignes porte à le croire, tant les épisodes de sa vie qui précèdent cette fameuse "épiphanie" en  mer  semblent l’y avoir préparé. Du naufrage éprouvant de son premier voilier au deuil de sa maman, les épreuves personnelles qu’il traverse montrent combien la Providence avait cultivé en lui cette "interrogation métaphysique", qui agitait ses jours comme ses nuits, et le suivait autour du monde. 

À la différence d’autres skippers du Vendée Globe, que le navigateur décrit, non sans humour, comme ces "ingénieurs casqués" qui ne partagent "aucun autre récit que celui de leurs réglages de voiles et les fichiers météo des écrans d’ordinateur", lui s’est donné pour mission de naviguer aussi pour "dire et transmettre". Pari réussi pour cet aventurier qui nous emmène au large, sur son vieux bateau, sur un radeau ou un géant cargo. À ses côtés, le lecteur partage ses forces et ses failles. "L’expérience singulière d’un individu vaudrait-elle d’être racontée ?" s’interroge-t-il, avant de souligner "une tentative de dire ce qui arrive quand les protections ordinaires tombent, quand l’existence est exposée, mise en danger, réduite à l’essentiel." Et c’est bien cet essentiel qui rend son récit si authentique et si bouleversant.

Tempêtes destructrices

En novembre 2022, Fabrice Amedeo s’élance sur la Route du Rhum, sauf que tout ne se passe pas comme prévu : explosion à bord et feu sur son bateau. Qu’à cela ne tienne, « la mer n’enseigne pas le courage, elle contraint à le rencontrer ». Pour autant, l’épisode vire au naufrage. Impressionnant (et parfois drôle dans sa description, il faut l’avouer), il marque un véritable tournant dans la vie du skipper. Celui qui a frôlé la mort voit dans son sauvetage « l’occasion unique de devenir un nouvel homme, un nouveau mari, un nouveau père, un nouveau marin ». Las, dire au revoir en mer à son bateau qui coule sous ses yeux allait, avec le recul, lui paraître « presque un détail de sa vie », lui qui s’apprêtait à vivre une tempête bien plus destructrice avec la perte de sa maman. A cette époque, Fabrice Amedeo ne ménage pas les cathos. Tout en enviant « ceux qui voient la mort de leurs proches comme une ascension vers la lumière et l’amour du Christ », il décrit cette « douce illusion » dont ils se bercent. Sa mère « avait rejoint le néant de la mort et le vide de l’éternité ».

C’est donc un marin doublement éprouvé, qui ne ressent plus le plaisir de naviguer, qui entame en 2024 son troisième Vendée Globe. Son embarcation est vieille, peu fiabilisée. Le skipper se fait la promesse que ce sera son dernier tour du monde en mer et en solitaire, tant la lassitude morale et mentale s’installe. Malgré les beaux couchers de soleil, les instants suspendus, « la magie du large ne jouait plus ». Notre vieux loup de mer sait pertinemment ce qui l’attend et que « sans un souffle de vent, le cauchemar peut durer des heures ». 

Épiphanie en mer

Pour autant, il ne voyage pas si seul. Une statuette de la Vierge noire de Rocamadour fixée dans son bateau veille sur lui. Non pas que Fabrice Amedeo navigue la foi chevillée au corps, mais simplement parce qu’il a tenté le pari de Pascal. Lorsque l’occasion s’est présentée sur les pontons de recevoir une bénédiction du père Florent Millet, recteur du sanctuaire lotois, notre marin pense qu’au pire, "ça ne peut pas faire de mal". Sa spiritualité, témoigne-t-il, relève "de la foi sans église, sans dogme ni prière". La suite, on la connaît, elle est merveilleusement décrite dans le chapitre consacré à son épiphanie en mer, Fabrice Amadeo nous l’avait racontée lors d’un entretien. Il est parti en agnostique convaincu et depuis son retour, il prie. "Mon univers était sans transcendance, le voilà maintenant habité par Dieu". 

Malgré les embûches, et il y en a eu, il n’a depuis, plus jamais eu peur. Confiant et en écho affectueux à celle qui l’a couvert d’un manteau d’amour en la solennité de Marie, Mère de Dieu, il conclut qu’ "habiter la mer de Dieu, c’est apprendre à recevoir et à découvrir que la vraie force est dans l’abandon consenti." Un fiat à l’image du oui de Marie. Un témoignage édifiant à méditer à tout âge.

La Mer de Dieu. Sur le Vendée Globe, traverser les ténèbres pour trouver la lumière, Fabrice Amedeo, Paris, Robert Laffont, septembre 2026, 20,90 euros.