Cinquante ans après la "loi Veil", la France enregistre en 2025 un nouveau record d'avortements : 259.400 IVG, soit une hausse de près de 3% en un an. Un quart d'entre elles sont désormais pratiquées en ville par des sages-femmes, dans un pays dont la législation n'a cessé de s'assouplir depuis dix ans.
259.400 interruptions volontaires de grossesse ont été réalisées en France en 2025. Cela représente une hausse de près de 3% par rapport à 2024, où 252.197 avortements avaient été enregistrés. Ces données ont été révélées ce mercredi 23 septembre par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), qui note que le recours à l'IVG poursuit ainsi une hausse continue depuis 2018, hors baisse liée au Covid.
Ces IVG sont à plus de 80% médicamenteuses et plus de la moitié d'entre elles sont réalisées hors établissements de santé. Le taux de recours atteint désormais 17,8 IVG pour 1.000 femmes de 15 à 49 ans, contre 17,3 l'année précédente. L'indice conjoncturel d'avortement — qui mesure le nombre théorique moyen d'IVG qu'aurait une femme au cours de sa vie si elle connaissait, à chaque âge, les taux observés en 2025 — s'établit à 0,63, contre 0,55 seulement en 2018. Concrètement, cela signifie qu'une femme connaîtrait, en moyenne, 0,63 IVG entre 15 et 49 ans si les tendances actuelles se maintenaient tout au long de sa vie. Un chiffre vertigineux, qui traduit une intégration croissante de l'avortement dans le parcours de vie ordinaire des Françaises, loin de l'image d'un "dernier recours" qu'avait défendue Simone Veil en 1975.
Cette hausse touche toutes les tranches d'âge depuis 2022, y compris les mineures, dont le taux — 5,8 pour 1.000 — remonte légèrement après des années de baisse. Le pic reste enregistré chez les 20-29 ans, avec près de 30 IVG pour 1.000 femmes.
Un accès sans cesse élargi par la loi
Cette dynamique n'est pas le fruit du hasard : elle accompagne un assouplissement continu et méthodique du cadre légal engagé depuis dix ans. En 2016, trois mesures avaient déjà marqué un tournant : la prise en charge de l'IVG à 100 % par la Sécurité sociale, la suppression du délai de réflexion obligatoire de sept jours pour les femmes majeures, et l'autorisation pour les sages-femmes libérales de pratiquer des IVG médicamenteuses en cabinet.
En 2022, la loi du 2 mars "visant à renforcer le droit à l'avortement" a repoussé de deux semaines le délai de recours en établissement, désormais possible jusqu'à la fin de la 16e semaine d'aménorrhée. Le même texte supprime le délai de réflexion pour les mineures. Enfin, le 8 mars 2024, la France inscrit dans sa Constitution la liberté des femmes de recourir à l'IVG — une première mondiale, érigeant ce qui était une dépénalisation en 1975 en un principe constitutionnel quasi intouchable.
L'étude de la Drees relève notamment une autre évolution frappante : un quart des IVG sont désormais pratiquées en ville par des sages-femmes, qui réalisent 54% des IVG en dehors des hôpitaux. La diversification des professionnels habilités ainsi que la généralisation des téléconsultations ont fortement encouragé et contribué à la "dé-médicalisation" de l'acte abortif. Celui-ci peut aujourd'hui être réalisé à domicile sur prescription.
Jusqu'à 14 semaines
En France, les délais d'IVG varient selon le lieu de prise en charge. En cabinet libéral ou en centre de santé, l'IVG médicamenteuse — seule méthode possible hors établissement — est autorisée jusqu'à la 7ᵉ semaine de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée (SA). À 9 SA, l'embryon mesure environ 22 mm et pèse environ 2,5 g. Son cœur, désormais à quatre cavités, bat entre 160 et 180 battements par minute. Le visage est formé, les membres se distinguent avec coudes et genoux visibles, l'appareil digestif est en place, et les ébauches des organes génitaux apparaissent (sans que le sexe soit identifiable).
Au-delà de ce délai, la femme doit se rendre en établissement de santé, où elle peut recourir, jusqu'à la 14ᵉ semaine de grossesse (16 semaines d'aménorrhée) — délai fixé par la loi du 2 mars 2022 —, aussi bien à la méthode médicamenteuse qu'à la méthode instrumentale qui consiste à évacuer le fœtus par aspiration et/ou curetage, cette limite s'appliquant aux deux techniques sans distinction. À 16 SA, le fœtus mesure environ 13 cm et pèse 110 à 135 g. Son cerveau possède déjà ses principales structures, l'architecture de son visage est achevée, ses muscles des bras et des jambes se renforcent lui permettant de tenir la tête droite et de coordonner ses mouvements, et ses oreilles remontent vers leur position définitive — il commence à percevoir les sons.









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