Triste affaire : un journaliste interdit d’antenne sur le service public pour délit d’opinion. Les pharisiens condamnent en refusant d’écouter, déplore l’écrivain Xavier Patier.
Autant l’avouer tout de suite : je ne savais pas qui était Charles Sapin avant que l’affaire de son éviction de France Inter n’en fasse un symbole. J’avais survolé il y a quelques années son livre Les Moissons de la colère, aux éditions du Cerf, sans retenir le nom de l’auteur (je cite l’éditeur, parce que désormais nous ne sommes plus jugés sur ce que nous écrivons, mais sur l’endroit où nous le publions. Le Cerf a été créée par des dominicains pour lutter contre l’emprise de l’extrême-droite au temps de l’Action française ; la maison est aujourd’hui pilotée par un intellectuel libre et orthodoxe). Bref, Les Moissons de la colère décrivaient les mouvements populistes en Europe avec minutie et empathie. Minutie et empathie sont les qualités indispensables à tout travail d’historien sérieux. Les procureurs ne font jamais de bons historiens.
Peur de tout
Charles Sapin a été invité, il y a peu, à tenir une chronique sur France Inter. En l’invitant, la radio publique montrait son indépendance d’esprit. Elle montrait qu’elle n’avait peur de rien. Mais les journalistes de France Inter ne l’ont pas supporté. Ils ont peur de tout. Impossible de donner la parole à Charles Sapin, ont-ils affirmé, car cet homme collabore à un journal d’extrême-droite : il est directeur adjoint de Valeurs actuelles. Après une courageuse mais brève résistance, la direction de France Inter a finalement capitulé : elle vient de supprimer la chronique de Charles Sapin. Les syndicats de journalistes triomphent : "Nous sommes pour le pluralisme et le débat, mais…"
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Mais quoi ? Valeurs actuelles est-il un hebdomadaire d’extrême-droite ? Et quand il le serait, faut-il condamner un de ses journalistes avant de l’avoir entendu ? Oui et oui, répond la bonne conscience des journalistes de la Maison de la Radio. Triste comportement, de la part de ceux qui font profession de nous aider à réfléchir au monde qui nous entoure. "Taisez-vous !" est le dernier slogan à la mode. En temps de débat électoral, c’est embêtant.
À la table des publicains
Gardons-nous, tant que nous vivons, de juger les gens sur la mine. Gardons-nous de juger un journaliste sur son titre ou sa réputation. Faisons-nous plutôt une opinion sur ce qu’il nous dit. Il m’est arrivé (rarement) de publier un article dans Valeurs actuelles. Aux amis qui n’ont pas manqué de m’en faire reproche, j’ai demandé de s’intéresser au contenu plutôt qu’au contenant. Ce péché de s’asseoir à la table (de rédaction) des publicains et des pécheurs, les pharisiens ne cessent de nous en accuser pour s’épargner la peine d’argumenter.
Dans cette triste affaire, le service public lance une friandise inespérée à ses détracteurs. Il donne raison à ceux qui l’accusent de sectarisme. France Inter est une radio d’opinion comme les autres, à ceci près qu’elle est financée par nos impôts. Son dogmatisme la fragilise. Nous savons désormais qui commande ici : ce n’est pas la direction. La Maison de la Radio est un bateau ivre dévalant un torrent qui ne coule assurément pas vers la droite ou le centre. À la veille d’échéances nationales déterminantes, il faut d’urgence cesser les injures et accepter de s’écouter. Le repli sur soi est un aveu de faiblesse dans un monde qui ne pardonne pas la faiblesse.












