Face à une personne impolie, le réflexe est souvent de répondre sur le même ton, de remettre l’autre à sa place ou de ruminer l’affront. Pourtant, l’attitude d’autrui ne devrait pas dicter la nôtre. Comment rester libre face à l’impolitesse, poser ses limites sans agressivité et choisir la bonne attitude, à la lumière de l’Évangile ?
À moins de vivre en ermite, il est difficile d’échapper à l’impolitesse. Au cours d’une même journée, entre le conducteur qui refuse de céder le passage, le piéton qui traverse la piste cyclable sans voir qu’un cycliste est dessus, le collègue qui coupe systématiquement la parole, l’ami qui rabaisse, le serveur désagréable ou encore la personne qui parle de façon sèche ou méprisante, les situations sont innombrables.
Cependant, une première prise de conscience s’impose : si la plupart du temps, vous vous montrez poli, il peut aussi vous arriver d’être impoli. Combien de fois arrive-t-il de regretter son comportement désagréable envers son conjoint ou ses enfants ou son manque de considération pour les préoccupations des autres ? De plus, il est difficile de ne pas constater que sa propre impolitesse crée parfois les conditions qui poussent les autres à l’être à leur tour.
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Les déclencheurs
L’impolitesse peut souvent être liée à un manque de confiance en soi. Lorsqu’on doute de sa valeur ou de ses compétences, on peut chercher à le dissimuler en adoptant une attitude agressive. Il arrive aussi que l’on reporte sa frustration sur ceux qui ne le méritent pas. Une erreur commise au travail peut, par exemple, provoquer du stress que l’on ramène à la maison et qui se transforme en manque de patience envers son enfant. Dans d’autres cas, l’impolitesse traduit simplement un besoin de contrôle ou de domination : rabaisser l’autre permet alors de se sentir supérieur.
C’est aussi pour cela qu’on a tendance à réagir si fortement au manque de respect. En effet, on pressent que la personne qui offense se sent supérieure à celle qui est est offensée. C'est celui qui a le plus de pouvoir dans la relation qui peut se permettre d’être impoli. Il n’y a rien de plus frustrant que d’être ignoré avec autant de désinvolture. Il n’est donc pas surprenant que l’on s’attarde sur ces interactions négatives, même si elles ne représentent qu’une petite partie de la journée. Les personnes impolies réveillent en chacun un besoin fondamental : celui d’être respecté et traité équitablement. Dès lors, quelle est la meilleure manière de réagir face à l'impolitesse ?
Comment répondre
Tout d’abord, l’impolitesse de l’autre n’est pas toujours personnelle. Une personne peut être distraite, anxieuse, préoccupée ou simplement traverser une mauvaise journée. Elle peut aussi projeter sur les autres des émotions qu’elle ne parvient pas à maîtriser. Son comportement parle alors davantage de ce qu’elle vit que de la personne à laquelle elle s’adresse. Face à quelqu’un d’impoli, il peut donc être utile de se demander ce qui se cache derrière son attitude plutôt que de le prendre immédiatement pour soi.
Deuxièmement, on peut répondre à l’impolitesse par la douceur. Il est vrai qu’il n’est jamais agréable de se retrouver face à quelqu’un d’impoli. Le premier réflexe est de se défendre, de répondre du tac au tac, de riposter afin de remettre la personne impolie à sa place.
Retenue et humilité
Mais les rapports de force sont plus complexes qu’il n’y paraît. Les personnes sûres d'elles n'ont pas besoin d'être impolies. Bien au contraire. Elles se comportent avec douceur, considération et tact. Elles ne cherchent pas à humilier autrui ni à le dominer. Elles sont bienveillantes et peu enclines à la dispute. Elles font preuve de retenue et d'humilité. Voilà la véritable force. Pourquoi ne pas suivre le principe exposé par John Henry Newman dans son ouvrage L’idée d’université ? Il s'agit du principe de ne jamais faire souffrir, écrit-il, et d'éviter d'humilier autrui. Il faut au contraire mettre tout le monde à l'aise, même les personnes impolies. C'est ainsi que l'on répond à l'impolitesse par la gentillesse.
Enfin, chacun est maître de ses réactions. Il est courant de vouloir « rendre la pareille » : répondre à la gentillesse par la gentillesse et à l’impolitesse par l’impolitesse. Mais pourquoi laisser le comportement d’une autre personne décider du sien ? Ai-je vraiment envie que mes sentiments et mes réactions soient dictés par autrui ? Et le Seigneur n’exhorte-t-il pas à aimer même ses ennemis ?
Acteurs, pas réacteurs
Face à l’impolitesse, on ne peut pas se contenter de réagir impulsivement. En tant qu’acteur de ses réactions, on peut choisir sa réponse, décider son attitude et ses paroles. C’est là que réside le véritable pouvoir. Cela commence par de petits pas : laisser passer les incidents mineurs, prendre un instant avant de répondre, maîtriser ses émotions, pratiquer la patience, choisir d’être toujours aimable et poli. Lorsqu’une personne s’est déjà montrée impolie par le passé, il peut même être utile de se préparer à l’avance et de se rappeler l’attitude que l’on souhaite adopter.
Newman propose une prière à ce sujet qui peut être particulièrement inspirante. On y lit notamment : "J’ai ma mission. Je suis un maillon d’une chaîne, un lien entre les personnes. Il ne m’a pas créé en vain. Je ferai le bien ; j’accomplirai son œuvre." Cette prière peut rappeler que chacun est appelé à contribuer au bien autour de lui. Chaque rencontre devient alors une occasion de ne pas répondre à la grossièreté par la grossièreté, mais de choisir la grâce, le pardon et une bienveillance inébranlable.












