"Accompagner les moments forts de la venue de Léon XIV à Lourdes est un cadeau magnifique, encore difficilement réalisable, en même temps qu'une grande responsabilité", confie à Aleteia Lucie Girand, 44 ans. À ses côtés, sa sœur Agathe Girard-Vitani, est tout aussi enthousiaste. "C'est un rêve qui se réalise. C'est une grande fierté que de jouer devant notre Pape augustinien", explique la jeune femme de 35 ans , rappelant que saint Augustin a écrit un traité sur la musique. C’est accompagnées de leurs frères, Grégoire et Hugues, qu’elles s’apprêtent à vivre cette aventure, au sein du Quatuor Girard, qu’ils forment tous les quatre depuis 2021.
Pour ces quatre frères et sœurs, habitués aux plus grandes scènes françaises et internationales, l’événement est exceptionnel. Mais il résonne aussi avec une histoire familiale commencée bien loin de Lourdes, à Avignon, terre natale de leur illustre grand-oncle, l’académicien René Girard.
Une fratrie qui joue à l’unisson
Car avant d’être un quatuor, les Girard sont une famille. Une grande famille même : neuf enfants, élevés dans une maison où la musique occupait une place centrale. "Chez nous, chaque enfant, passé quatre ans, se mettait à l'instrument. Nos parents, tous deux grands mélomanes, ont fait le choix de l’instruction en famille. Un choix qui nous a laissé le temps de travailler nos instruments, de fréquenter les conservatoires et de faire de la musique une part essentielle de notre quotidien", se souvient Grégoire, 29 ans. Pour les Girard, il était donc complètement naturel, voire évident, de faire de la musique en famille. Le frère entend la sœur progresser, la sœur écoute le frère travailler, chacun avance grâce aux autres. Une mécanique vertueuse qui finira par conduire plusieurs d'entre eux au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Formés par le Quatuor Ysaÿe au Conservatoire à rayonnement régional de Paris , ils ont été repérés par Miguel da Silva, professeur d’alto à Genève. C’est sous son inspiration qu’ils décident de former leur quatuor en 2010.
Et lorsqu’on demande à Grégoire ce que signifie travailler entre frères et sœurs, il balaie l’idée d’une recette particulière : "Ce n’est ni plus facile, ni plus difficile. Je dirais donc que c'est juste très beau." Même leurs instruments semblent participer à cette histoire commune : les quatre ont été réalisés par le même luthier. Des instruments, eux aussi, comme une fratrie, différents dans leur voix mais nés d’une même main.
Quand la musique relie au Ciel
C’est à Lourdes que cette aventure familiale prendra une nouvelle dimension les 26 et 27 septembre. "Nous avons joué à Lourdes l’an dernier, à l’occasion du pèlerinage national du 15 août. Nous y avons notamment interprété Les Sept Paroles de la Vierge, un programme qui nous tenait particulièrement à cœur", se souvient Grégoire. À cette occasion, les quatre musiciens avaient rencontré les équipes du sanctuaire, et notamment Isaia Ravelli, maître de chapelle de Lourdes. "Le courant est très bien passé et il nous a invités à jouer à nouveau, cette fois, devant le Pape", se souvient Grégoire. Une invitation qu’ils vivent comme une véritable consécration. "Nous serons auprès du Pape, au cœur de notre mission qui est d’annoncer la vérité à travers la beauté artistique. Loin du bruit du monde qui est rarement propice au recueillement, c’est certainement une occasion de faire connaître au plus grand nombre un accès à la transcendance que nous défendons infatigablement", confie Hugues, 38 ans.
Pendant deux jours, leur musique se glissera dans plusieurs des grands moments du voyage pontifical : les gestes du pèlerin à la Grotte le samedi 26 septembre, l'arrivée du Pape à l'hémicycle Sainte-Bernadette pour rencontrer les évêques de la Conférence épiscopale de France, la messe sur la prairie du Sanctuaire, accompagnée par le Chœur national Pueri Cantores et l'ensemble de cuivres de l'Académie Sainte-Cécile de Rome, mais aussi la procession aux flambeaux.
"Nous allons vivre un moment historique ou la musique prendra tout son sens : un moyen à la fois de communion spirituelle au sein de la foule immense de fidèles et aussi un accès absolument personnel de chacun à la présence du Christ et de Marie, dont Léon XIV est le premier intercesseur dans ce monde", se réjouit Hugues. "L'identité et la particularité du Quatuor à cordes, ainsi que la beauté du répertoire qui lui est dédié depuis plusieurs siècles, peuvent être une image parlante de ce moment de communion historique entre le pape et des milliers de fidèles où chacun laisse ses prérogatives humaines et sociales pour boire à la même source spirituelle", renchérit Lucie.
Des paroles qui rejoignent celles du Pape prononcées le 6 décembre 2025, à la salle Paul VI au Vatican, à l’issue de la sixième édition du Concert avec les pauvres : "La musique [...] est capable de transmettre des sentiments, des émotions, même les mouvements les plus profonds de l'âme, de les élever, de les transformer en un escalier idéal reliant la terre au ciel." Et c’est dans ces moments d’immense ferveur, comme celui qu’ils vivront à Lourdes, que le Quatuor Girard espère être de petites mains, pour aider tous ceux qui seront présents à emprunter cet escalier qui relie la Terre au Ciel.












