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Le paradoxe de Jonas

6 min de lecture
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Crédit : Fred de Noyelle / Godong

Le livre de Jonas dans la Bible raconte l’histoire d’un prophète tellement habité par la violence et la jalousie, qu’il désire l’échec de sa mission de miséricorde. Mais le pardon de Dieu se montra le plus fort.

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Généralement, tous les hommes désirent réussir quand ils entreprennent un projet. L’échec vient parfois sanctionner l’entreprise. Tel est le cours normal des affaires humaines. On ne rencontre jamais une personne qui désire échouer, se donne les moyens pour saboter son entreprise et qui, finalement, réussit ! Cette démarche est tellement absurde qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de l’imaginer pour soi ou pour quelqu’un d’autre. Réussir quand on veut échouer : même le plus retors des romans policiers aurait toutes les peines du monde à exploiter un tel scénario…  

Ninive se convertit au grand déplaisir du prophète

Pourtant, telle est l’aventure qui est arrivée à l’un des plus grands prophètes de la Bible : Jonas ! Celui-ci reçoit de Dieu la mission d’aller prévenir la grande ville de Ninive qu’elle se convertisse afin d’éviter la destruction. Et Jonas ne trouve rien de mieux à faire que de fuir et de désobéir ! Après moult péripéties, il finit par remplir à contrecœur sa mission. Le résultat ne se fait pas attendre : la ville pécheresse se détourne de ses actes mauvais et évite le châtiment ! Réussite complète sur toute la ligne !

On est loin ici des prophètes qui ont prêché dans le désert et dont les avertissements n’ont été suivis d’aucuns effets. Que l’on pense à Jérémie et même à Jésus : leurs prédications se sont heurtées à l’incrédulité, voire à l’hostilité de leurs contemporains. La plupart des prophètes ont échoué en étant persécutés. Or, le plus récalcitrant de tous, le plus désobéissant, Jonas, est celui dont la mission est couronnée par le plus éclatant des succès jamais relatés dans la Bible ! Comment expliquer ce paradoxe incroyable ?

La miséricorde divine est au-delà des cœurs humains

Réussir quand on veut échouer : comment est-ce possible ? En fait, pour tenter de résoudre quelque peu cette énigme, regardons les forces en présence dans l’histoire de Jonas. Il y a la force qui veut réussir, celle qui veut échouer et il y a… Jonas. Qui veut réussir ? Dieu. Qui veut échouer ? Le péché, la violence jalouse. Et entre les deux, Jonas doit choisir. Même si le prophète n’habite pas, dans sa vérité intérieure, la parole qu’il proclame (il observe de loin si le malheur ne viendra pas frapper Ninive), cette parole de miséricorde se révèle assez puissante pour passer outre la mauvaise volonté de celui qui la porte.

«Dieu ne laisse jamais totalement sa miséricorde entre les mains des hommes. Car Il nous connaît trop bien : nous sommes jaloux les uns des autres plus souvent qu’à notre tour et la miséricorde est rarement le premier mouvement de nos cœurs. »

On peut en conclure que Dieu ne laisse jamais totalement sa miséricorde entre les mains des hommes. Car Il nous connaît trop bien : nous sommes jaloux les uns des autres plus souvent qu’à notre tour et la miséricorde est rarement le premier mouvement de nos cœurs. Les rancœurs sont vivaces et tenaces en nous. Pardonner nous coûte. Contre ce mauvais mouvement, le savoir est la plupart du temps impuissant. Nous savons que le pardon nous donnerait la paix mais les penchants contraires de la jalousie et de la rancune sont plus puissants. L’exemple de Jonas est l’illustration de cette vérité ; il sait parfaitement que Dieu est miséricordieux et c’est la raison pour laquelle il refuse d’obéir à l’ordre de Dieu car cela aboutirait au pardon de Ninive ! Jonas refuse sa mission en toute connaissance de cause. Contre sa violence intérieure, sa connaissance de la miséricorde divine a été impuissante à le convertir. 

Un appel implicite à la venue de l’Esprit saint

Ainsi, Jonas est celui des prophètes qui a le mieux réussi sa mission alors qu’il désirait son échec. Et si ce paradoxe voulait nous dire que la miséricorde du Seigneur est première, plus forte que nos refus et notre violence ? Jonas, malgré la connaissance qu’il en a ("Je savais bien que tu es un Dieu bienveillant et miséricordieux, lent à la colère et plein de fidélité", dit-il au Seigneur en Jon 4,2), n’a pas été capable d’intégrer cette miséricorde dans son cœur parce que le péché était  plus fort que lui, comme il avait été plus fort que Caïn au jardin d’Eden tandis qu’il était tenté de haïr son frère Abel (Gn 4, 7). Ce paradoxe de Jonas signifie donc que la première personne à convertir dans une mission, c’est le missionnaire lui-même ! Jonas n’a pas réussi sa propre conversion : la violence a continué à l’habiter, même après le retournement salutaire des habitants de Ninive. Existe-t-il un remède à cette mauvaise volonté ? 

Oui, et il s’appelle l’Esprit saint. En effet, le livre de Jonas est un appel implicite à la venue de l’Esprit qui, seul, sera capable d’évangéliser nos profondeurs marquées du sceau du péché. Voilà pourquoi l’histoire du prophète est une bonne nouvelle : Dieu ne laissera pas sa miséricorde entre les mains de nos mauvaises volontés.  Mais encore faut-il que nous finissions enfin par acquiescer au pardon divin car Dieu ne peut pardonner continuellement contre notre mauvais gré. Nous sommes libres et responsables. À ce titre, nous avons à faire nôtre la miséricorde divine. C’est ici que l’action de l’Esprit saint en nos cœurs est nécessaire afin qu’il les convertisse à la douceur, à la tendresse de Dieu et au pardon de Jésus sur la Croix. Ainsi sera conjurée en nous la mauvaise volonté de Jonas !