Nous sommes le 4 octobre 1986. À Lyon, capitale des Gaules, c’est l’effervescence. Moment historique : le pape Jean Paul II, qui vient d’être accueilli par le Président de la République François Mitterand à Lyon-Satolas (l’actuel aéroport de Lyon-Saint-Exupéry), entame un périple de quatre jours à travers Rhône, Saône-et-Loire et Haute-Savoie. "Cela a véritablement été un événement pour le Lyonnais de l’époque", souffle auprès d’Aleteia Jeanne Orlé, responsable du centre de documentation et d’archives des OPM France (Œuvres Pontificales Missionnaires), qui évoque un "événement multiforme". Au programme de cette visite inédite du pontife polonais, une cérémonie œcuménique dans l'amphithéâtre des Trois Gaules, une messe à Eurexpo devant 350.000 fidèles, un grand rassemblement de prière avec les jeunes au stade de Gerland, un passage auprès des étudiants de la faculté catholique de Lyon, un échange avec la communauté juive, des haltes dans des lieux spirituels emblématiques tels que Ars, Taizé ou Paray-le-Monial, l’Eucharistie célébrée au bord du lac d’Annecy… et au milieu de tout cela, un concert géant de Jean-Michel Jarre, le chantre de la musique électro, contribuant ainsi à faire de cette visite exceptionnelle du pape venu de l’Est un événement aussi spirituel que populaire.

Pourquoi une tournée papale cette année-là ? Car 1986 est l’année du bicentenaire de la naissance de saint Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars, figure chère à Jean Paul II. Le successeur de Pierre a donc reçu une invitation à cette occasion et Monseigneur Albert Decourtray, archevêque de Lyon, semble avoir joué un rôle d’intermédiaire crucial et favorisé cette visite lyonnaise exceptionnelle. Ce n’est pas la première visite d’un pape à Lyon puisqu’avant le pape slave, une douzaine de pontifes avaient tissé des liens plus ou moins étroits avec la ville riche en personnalités marquantes. Sainte Blandine, saint Pothin, saint Irénée, Pauline Jaricot : tous ces martyrs et figures inspirantes dont les noms sont associés à l’histoire de la cité des Gaules ont contribué au cours des siècles à en faire un haut lieu du christianisme.
Un concert pour tous
Revenons à l’automne 1986. Première étape de la visite papale : une rencontre œcuménique dans l'amphithéâtre des trois Gaules, situé sur les pentes de la Croix-Rousse. Là même où Blandine a été livrée aux taureaux par les Romains. Les différentes églises chrétiennes de Lyon sont représentées : l'Église arménienne, l'Église orthodoxe grecque, l'Église réformée de France… Puis retour à l’hélicoptère, direction cette fois-ci le parc des expositions Eurexpo. Là-bas, 350.000 personnes assistent à la cérémonie de béatification du père Antoine Chevrier, connu comme "le saint de la Guillotière", prêtre Lyonnais fondateur du mouvement du Prado qui venait en aide aux plus pauvres. Autre moment fort de la visite papale : la rencontre avec plus de 50.000 jeunes au stade de Gerland, lieu de résidence de l’Olympique Lyonnais. "Aujourd’hui à Lyon, le successeur de Pierre vous dit lui aussi : lève-toi et marche !", lance à cette occasion le Saint-Père aux milliers de jeunes qui l’acclament.

Enfin, clou de ces heures lyonnaises en présence du pontife polonais : une visite à la basilique de Fourvière suivie d’un concert animé par Jean-Michel Jarre. "À cet événement spirituel et religieux d’envergure s’est greffé quelque chose de beaucoup plus festif", observe Jeanne Orlé. Ils sont plus de 800.000 à se presser depuis les balcons, les quais et les rues environnantes qui se retrouvent rapidement saturés de monde. À l’origine de ce concert urbain en plein air, la rencontre entre le compositeur et Mgr Decourtray. Ce soir-là, le musicien originaire de Lyon a choisi de s’installer quai Saint-Vincent, face au palais de justice de Lyon, là où il jouait petit garçon. Trente ans plus tard, faisant mémoire de sa rencontre avec Karol Wojtyla avec lequel il s’est entretenu avant le concert, il soulignera la personnalité “extraordinaire” du pape polonais. Le 5 octobre 1986, donc, nous sommes à Fourvière.
Depuis la loggia de la basilique, l’homme en blanc s’adresse à la foule massée sur en bord de Saône : "D’ici, j’aperçois vos clochers et j'adresse mes vœux particuliers aux chrétiens de toute l’agglomération lyonnaise", lance-t-il aux centaines de milliers de personnes qui écoutent sa voix résonner dans les haut-parleurs. Il donne sa bénédiction en latin et lance un retentissant "bonne nuit" en français aux badauds agglutinés sur les quais et les toits de la ville. Les cloches sonnent joyeusement. Et le spectacle peut commencer : au pape de l’Église catholique succède le pape de l’électro. Les premiers “boum boum” résonnent. L’homme à la harpe laser entre en scène et ses images emblématiques défilent sur les quais de Saône, projetées sur les monuments qui les bordent. Pour Jeanne Orlé, ce concert de musique cent pour cent laïque a quelque chose de révolutionnaire pour l’époque et "démontre l’ouverture du pape Jean Paul II". Évangile et musique électronique semblent faire bon ménage. Et maintenant, que nous réserve Léon XIV ?
En partenariat avec les Œuvres Pontificales Missionnaires - OPM France
Pratique
- Journées Européennes du Patrimoine : à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2026, venez admirer à la Maison de Lorette une sélection de photos inédites de la venue de Jean Paul II à Lyon en 1986. Les visiteurs pourront découvrur 20 tirages de photographies inédites dans la maison de Pauline Jaricot













