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Ces “petites mains” qui s’activent pour la venue du Pape

9 min de lecture
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Crédit : Jean-Christophe Chartre / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Soeur Martha et des bénévoles confectionnent les vêtements liturgiques que le Pape portera à Lourdes.

Religieuses, artisans, scouts, bénévoles… Depuis cet été, des milliers de "petites mains" s’activent aux quatre coins de la France pour préparer la venue du Pape à Paris, Lourdes et Metz.

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"Travail millimétré". "Délais courts". "Grand honneur". C’est un peu le leitmotiv de toutes les petites mains qui ont été sollicitées pour accueillir le Pape et qui s’activent dans l’ombre depuis des semaines. Ils sont artisans, religieux, apprentis ou bénévoles et mettent leur savoir-faire au service de l’Église. Du linge liturgique au mobilier, en passant par la sécurité, le chant et la décoration florale, tour d’horizon de ceux qui œuvrent en coulisses.

Des doigts de fée pour le linge liturgique

Aux Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire) et à Lourdes, les machines à coudre n’ont pas chômé cet été. Les vêtements liturgiques que portera le Pape à Paris et à Lourdes ont pris forme entre les mains expertes d’Antoine et Éliane Chevillard, dirigeants de la maison Chéret, et de sœur Martha, responsable de l’ouvroir liturgique du sanctuaire de Lourdes. Les Chevillard ont été chargés de réaliser les vêtements liturgiques du Pape ainsi que ceux de deux évêques et quatre diacres qui l’entoureront lors de la messe Place de la Concorde. En deux mois, ils ont fourni sept chasubles et sept étoles, et la mitre que Léon XIV arborera le jour de la cérémonie.

Au même moment, dans la cité mariale, sœur Martha, religieuse mexicaine de la congrégation des Filles de la Très Sainte Vierge Immaculée, s’émerveillait d’avoir été choisie pour confectionner la chasuble et la mitre du Pape pour la messe au sanctuaire, ainsi que les nappes d’autel. "Quand j'ai reçu la nouvelle, je suis restée choquée, mais mon cœur a commencé à se remplir d'une très grande joie", confie sœur Martha dans une vidéo diffusée par le sanctuaire.

À l’autre bout de la France, d’autres religieuses, les Clarisses du monastère de Troyes, ont elles aussi été chargées de confectionner des nappes, celles qui orneront l’autel lors des vêpres à Notre-Dame et de la grande messe place de la Concorde. "Les dimensions des nappes étaient hors-norme : 5 x 1,50 m pour l’autel de la Concorde", explique à Aleteia Ghislaine Angot, bénévole de l’association, chargée de définir la commande. Pour ces sœurs contemplatives, cela a été une grande joie. "Cela nous permet d’être proches avec vous pour la venue du Saint-Père", confie sœur Marie-Raphaëlle.

Mais le linge liturgique n’est pas l’apanage des religieuses. Dans la Loire, c’est tout un territoire, le Roannais, qui s’est mobilisé afin de confectionner, repasser, emballer et livrer 5.000 étoles liturgiques qui seront portées par les prêtres et les diacres lors des messes à Paris, Lourdes et Metz. Le coût de l'opération est pris en charge par les entreprises, mais aussi par des bénévoles qui donnent de leur temps, à l’instar de la petite centaine de paroissiennes qui ont repassé les étoles cet été.

De jeunes ébénistes pour le mobilier

Pour la venue du Pape, le bois est roi, comme en atteste le mobilier conçu pour l’occasion. En vue de la veillée au Stade de France, la fabrication de la cathèdre – fauteuil dans lequel siégera Léon XIV – a été confiée aux élèves en ébénisterie du lycée Saint Jean des Apprentis d’Auteuil à Sannois. Un projet hors du commun pour des jeunes de 16 à 20 ans, guidés par leur professeur, Mathieu Dafonseca. "J’ai répondu oui car c’est un beau projet", explique ce dernier. "Et qui correspond parfaitement aux compétences que les élèves doivent acquérir pendant leur formation. Au début, ils étaient inquiets en raison de l’échéance à court terme – un mois ! –, mais c’est un bon stress." Quant à la croix, haute de cinq mètres, qui trônera sur le podium, elle est le fruit du travail de SOS Calvaires, association spécialisée dans la restauration des calvaires ruraux. Aux manettes : Louis Joseph et Sacha, son apprenti — les mêmes artisans qui avaient travaillé sur la croix lors de la venue du Pape François en Corse. 

L’ébéniste Gabriel Hostachy, 39 ans, ébéniste à Paris, a quant à lui travaillé d’arrache-pied cet été pour livrer le reliquaire qui abritera la Sainte Tunique du Christ, présentée à la vénération des 80.000 jeunes réunis au Stade de France. "Comment réaliser quelque chose de beau dans un délai si court ?", s’interrogeait l’ébéniste. "Le Christ ayant lui-même travaillé le bois, il sera un juge sévère !", ironisait-il.

À Lourdes, ce sont les services techniques du sanctuaire, dont le travail reste souvent méconnu du grand public, qui se sont attelés à la fabrication puis à la suspension d’une immense croix de 200 kg et de six mètres de hauteur. Elle surplombera le podium de 600 m² installé pour la grande messe célébrée sur la prairie devant 150.000 fidèles.

Des bénévoles pour la sécurité

Outre les 15.000 forces de l’ordre déployées partout en France pour la venue du Pape, tout un réseau de bénévoles s’est mis en place pour accueillir, porter secours et accompagner les milliers de fidèles attendus à Paris, Lourdes et Metz. Le diocèse de Paris a cherché à mobiliser pas moins de 10.000 répartis sur différents pôles : accueil et orientation des pèlerins, logistique et intendance du matériel, service liturgique (chorale, sacristie, service de messe), premiers secours, accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, et langues.

Les différents mouvements de scoutisme sont mobilisés, en étant au service comme volontaires dans les trois villes visitées par le Pape. "C’est une occasion unique de débuter notre année scoute en accueillant les paroles du pape Léon XIV qui saura nous encourager sur le chemin de l’annonce du Christ à tous, afin que chacun puisse le rencontrer et choisir de le suivre, comme la pédagogie scoute le propose", témoigne le père Yves Genouville, conseiller religieux national des Guides et Scouts d’Europe. À Paris, dès le jeudi soir, plus de 700 Guides et Scouts d’Europe, aux côtés des autres mouvements scouts (Scouts et Guides de France et Scouts Unitaires de France), aideront à la mise en place de barrières, à l'accueil, la gestion des flux, la liturgie…

Des guides confectionnent une banderole pour la venue du Pape.

L’Ordre de Malte est également en première ligne avec près de 1.300 bénévoles réquisitionnés durant les quatre jours de présence de Léon XIV en France. "En tant qu’association catholique, il est important et tout naturel que l’Ordre de Malte France prenne une part active à cet événement historique", affirme Frédéric Félicien, responsable national du bénévolat de l’Ordre de Malte France.

Des choristes par milliers

La liturgie, particulièrement soignée, sera portée par des morceaux de musique sacrée eux aussi choisis avec attention. Là encore, les voix s’échauffent depuis des semaines, au rythme des répétitions. Pour la messe Place de la Concorde, l’enjeu, "ou plutôt le défi", précise le père Guillaume Normand, vice-recteur de Notre-Dame de Paris et responsable de la liturgie pontificale de la messe et des vêpres au journal du diocèse de Paris, "est d’assurer une animation liturgique à la hauteur de l’événement en un temps record de répétitions, tout en faisant chanter une immense assemblée".

Trois niveaux de chœur animeront la messe : un chœur pilote confié à la maîtrise de Sainte-Anne-d’Auray qui compte près d’une centaine de jeunes choristes, un chœur polyphonique de 150 personnes d’Île-de-France et un ensemble de plus de 1.000 choristes qui chantera à l’unisson provenant de chœurs diocésains de la France entière. Parmi ces derniers figurent onze choristes du chœur interdiocésain de Savoie, sous la direction de Calogero Messina. "C'est un vrai défi car avoir plus de 1.000 choristes est très bien, mais encore faut-il que ce soit harmonieux car nous ne sommes pas habitués à travailler ensemble", notait Calogero Messina.

«Si on peut contribuer à rendre ce moment encore plus beau par nos voix, c’est formidable.»

À la veillée au Stade de France, une chorale géante réunira 2.000 jeunes de la France entière, portée par l’association Ecclesia Cantic qui s’active depuis le mois de juin pour permettre aux voix des jeunes choristes de s’accorder. L’association prévoit une grande diversité de styles musicaux, allant de la louange la plus festive au chant grégorien, en passant par des morceaux polyphoniques. Flore, 22 ans, chef du Petit Chœur de Notre-Dame de Grâce de Passy dans le 16e arrondissement de Paris, y voit "une occasion unique de rassembler tous les choristes de France". "On va passer de notre petite chorale du dimanche à une partie d’un grand tout", se réjouit-elle. "Si on peut contribuer à rendre ce moment encore plus beau par nos voix, c’est formidable."

À Metz, la maîtrise de la cathédrale Saint-Étienne sera sur le devant de la scène tout au long de la journée le 28 septembre, dernier jour du voyage du Pape en France. Rencontre interreligieuse le matin, messe et déambulation l’après-midi… L’ensemble choral sera à la manœuvre pour un véritable marathon musical.

Enfin, les célébrations seront sublimées par de majestueux bouquets de fleurs. La décoration florale a été confiée à la fondation Apprentis d’Auteuil. Les élèves du lycée Nature et Services et du lycée Saint-Antoine s’apprêtent ainsi à faire resplendir l’autel Place de la Concorde.