Le 25 septembre, Léon XIV se rendra au siège de l'Unesco pour y prononcer un discours attendu sur la culture contemporaine. Il sera le deuxième pape à s’exprimer place de Fontenoy, après Jean-Paul II, en 1980. Entre ces deux visites, note le géopolitologue Jean-Baptiste Noé, à plus de quarante ans d’intervalle, c’est le même souci de l’homme et de son développement.
L'événement est quelque peu occulté par les préparatifs de la place de la Concorde et du Stade de France. Pourtant, lors de sa venue à Paris, Léon XIV se rendra aussi à l’Unesco. Si le site est bien situé à Paris, ce n’est pas une visite "en France" puisque l’Unesco, branche de l’ONU pour la culture et l’éducation, est une arène diplomatique à portée universelle. Il y aura donc, lors de cette visite parisienne, une parenthèse internationale, avec le discours très attendu de l’Unesco. Visite d’autant plus remarquable que ce sera la première visite d'un pape place de Fontenoy depuis plus de quatre décennies. La précédente remonte à Jean Paul II, le 2 juin 1980. Quand Benoît XVI, en visite à Paris, avait parlé au monde de la culture, il l’avait fait depuis l’Institut de France, dont il était membre, et le collège des Bernardins, qu’il avait inauguré. La visite de Léon XIV dans cette enceinte est d’autant plus remarquable que ce voyage à Paris semble reprendre le programme de Jean Paul II. Comme lui, une visite à l’Unesco et à l’Institut catholique de Paris, comme lui, une veillée de prière dans un stade (le Parc des Princes en 1980, le Stade de France aujourd'hui) et, comme Jean Paul II, une visite en bas des Champs-Élysées mais, cette fois-ci, et la différence est notable, pour la célébration de la messe.
Le dialogue des cultures
Pour l’Unesco, il n’y aura eu que deux visites de papes seulement en quatre-vingts ans d'existence. Cette rareté invite à relire la seconde visite à la lumière de la première, car les deux hommes viennent y défendre une conviction commune, à des époques que pourtant tout sépare.
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Il s’agira pour Léon XIV, comme pour Jean Paul II avant lui, de parler de la personne humaine...
L'Organisation des Nations-unies pour l'éducation, la science et la culture naît en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de ce que Jean-Paul II a appelé un "désir spontané de paix, d'union et de réconciliation". Elle a notamment contribué à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Son objet touche à ce qui fait proprement l'humanité : éduquer, transmettre les savoirs, protéger les patrimoines, faire dialoguer les cultures. Si l’institution a aujourd'hui un peu perdu de l’aura qui était la sienne dans les années 1970, il demeure cette liste du patrimoine mondial, qu’elle continue d’étoffer avec la volonté de préserver les trésors du passé. Que son siège soit à Paris, ville d’art et d’histoire, n’est nullement anodin.
Le danger matérialiste
Compte tenu du rôle de cette institution, la visite d’un pape y est donc tout à fait appropriée. Il s’agira pour Léon XIV, comme pour Jean Paul II avant lui, de parler de la personne humaine, de ce qui la constitue et ce qui l’élève. Mais si la nature de la personne humaine est inchangée, le contexte politique, lui, est profondément différent. Du totalitarisme communiste de 1980 aux dérives potentielles de la technologie aujourd'hui, les menaces demeurent, les espérances aussi. Le discours de 1980 est resté célèbre. Jean-Paul II, venu d'un pays sous domination soviétique, y livre un témoignage personnel sur ce que la culture a représenté pour la survie de la nation polonaise : privée d'État, démembrée, la Pologne s'était maintenue par sa langue, sa foi et sa mémoire. De cette expérience, il tirait une thèse universelle : "L'homme vit d'une vie vraiment humaine grâce à la culture", affirmait-t-il. Elle est "ce par quoi l'homme, en tant qu'homme, devient davantage homme, accède davantage à l'être", avec une formule forte : "La nation existe par la culture et pour la culture, et elle est donc la grande éducatrice des hommes pour qu’ils puissent "être davantage" dans la communauté."

Ce lien entre la culture et la nation fut l’un des axes du pontificat de Jean-Paul II, jusque dans ses derniers écrits. Mais son discours ne visait pas que le communisme totalitaire. Il mettait en garde contre tous les matérialismes : le matérialisme athée des marxistes et le matérialisme pratique de ceux qui pensent que la vie matérielle est la seule finalité de l’existence humaine. Les temps ont changé, mais pas le danger du matérialisme, c'est-à-dire la réduction de l’homme à sa vie terrestre en oubliant, voire en effaçant, sa vie spirituelle. Et ce sera là le fil rouge entre les deux discours, à plus de quarante ans d’intervalle.
Les défis technologiques
Là où Jean Paul II faisait face aux idéologies matérialistes, nées de la politique et de la philosophie marxiste, Léon XIV affronte un matérialisme d'un autre type, issu cette fois de la technique. Le front s'est déplacé de l'idéologie vers la technologie, mais l'enjeu reste le même : sauver le primat de la personne humaine et de sa vie spirituelle. La visite de Léon XIV ne sera pas une commémoration. Si le pape américain a choisi l'Unesco, c'est pour porter sur l'intelligence artificielle le regard de la foi, dans le prolongement direct de sa première encyclique, consacrée à ces mutations. À l'occasion de cette visite, le Saint-Siège et l'Unesco doivent signer un accord-cadre sur l'éthique de l'intelligence artificielle, autour de quelques principes : la dignité de la personne, le contrôle humain des machines, la protection des plus vulnérables. Le pape et l’Unesco se retrouvent sur une même inquiétude, celle d'un humanisme à préserver face aux mauvais usages possibles de la technologie.
1980-2026 : les deux discours vont se répondre. Jean Paul II et Léon XIV ne viennent pas du même univers historique, mental et culturel ; ils n’ont pas connu les mêmes épreuves ni les mêmes tourments. Mais ils ont pu tous les deux, à Cracovie comme à Chicago, expérimenter les ravages causés par l’absence de Dieu. Et donc, de la nécessité de la culture pour être un chemin qui conduit les âmes inquiètent et assoiffées vers des sphères plus hautes.












