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La première promotion du service militaire rend hommage à Henri Fertet

7 min de lecture
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Crédit : Mandel NGAN / AFP

Photo du résistant français Henri Fertet, âgé de 16 ans lors d'une cérémonie commémorant le 75e anniversaire du Débarquement, à Portsmouth, dans le sud de l'Angleterre, le 5 juin 2019.

La première promotion du Service national porte désormais le nom d’Henri Fertet, jeune résistant fusillé à 16 ans en 1943. Son parcours témoigne d’un courage, d’une foi et d’une espérance qui l’accompagnèrent jusqu’à ses derniers instants.

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"Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir." Il n'avait que 16 ans lorsqu'il a fait face au peloton d'exécution. Fusillé avec 15 autres camarades à la citadelle de Besançon, après 87 jours de détention et de torture, qui d'autre qu'Henri Fertet pourrait mieux incarner l'idéal de courage et de fierté qui doit être donné à la jeunesse de France ? C'est ce jeune résistant catholique qui a été choisi pour nommer la première promotion du service militaire national, a annoncé Emmanuel Macron le mardi 15 septembre depuis la base aérienne 115 d'Orange.

"Le choix qu’il fit, celui de servir la France et de défendre sa liberté, fait écho à votre engagement (…) Le choix de servir plutôt que subir", a ainsi déclaré le chef de l’Etat devant les nouveaux volontaires.

Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête (...) Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort ; j’ai la conscience tellement tranquille.

Né en 1926, ce jeune Franc-Comtois était fils d'instituteur et suivait lui-même sa scolarité à Besançon, au lycée Victor Hugo. Dès 1942, comme beaucoup d'autres jeunes de son âge, il s'engage dans la Résistance, rejoignant à l'été 1942 le groupe de Marcel Simon, secrétaire de la Jeunesse agricole chrétienne à Larnod. Il participe à plusieurs actions de lutte clandestine sous son matricule, Emile-702, notamment à l'attaque du poste de garde du Fort de Montfaucon le 16 avril 1943 pour s'emparer d'un dépôt d'explosifs qui entraîne la mort d'une sentinelle allemande. En 1943, il attaque le commissaire des douanes allemand sur la route de Besançon-Quingey, le blessant mortellement. Cette dernière action lui vaut d'être traqué, avec ses compagnons, par les autorités qui l'arrêtent quelques semaines plus tard, chez ses parents. Le jeune homme est jugé par le tribunal militaire de la Feldkommandantur 560 et est condamné à mort le 18 septembre 1943, avant d'être fusillé une semaine plus tard sur les hauteurs de Besançon. Il sera décoré à titre posthume de la Légion d'honneur ; de la Croix de guerre 1939-1945 ; de la Médaille de la Résistance française; et est fait Compagnon de la Libération, par décret du 7 juillet 1945.

Un condamné à mort de 16 ans ; Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.

Avant de mourir, Henri Fertet écrit une lettre à ses parents. Cette lettre d'adieu, véritable preuve d'amour filial, est aussi un profond témoignage de la foi et de l'espérance qui animaient le jeune homme. Plusieurs de ses effets sont conservés au musée de la Résistance de Besançon. Parmi eux, une statue de la Vierge qu’il avait confectionnée en détention en utilisant de la mie de pain.

Voici ci-dessous la lettre dans son intégralité :

“Chers Parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, ce que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd’hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J’espère qu’il ne faillira pas à cette mission sacrée.

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents et amis ; dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet ; dites un petit mot à chacun. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant, mes camarades de lycée. À ce propos, Hennemann me doit un paquet de cigarettes, Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez “Le Comte de Monte-Cristo” à Émourgeon, 3 chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.

Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête.

Que les Français soient heureux, voila l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de soucis. je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout, et je chanterai “Sambre et Meuse” parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’as apprise.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir.

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort ; j’ai la conscience tellement tranquille.

Papa, je t’en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au Ciel. Qu’est-ce que cent ans ?

Maman, rappelle-toi : “Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui, après leur mort, auront des successeurs.”

Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.

Mille baisers. Vive la France.

Un condamné à mort de 16 ans ; Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.

Expéditeur : Henri Fertet. Au Ciel, près de Dieu.”