C’est une certitude : le candidat le plus certainement élu ne sera pas élu, rappelle l’écrivain Xavier Patier. Ce qui importe aujourd’hui, c’est de découvrir les projets et les hommes, et le souffle porté par une grande idée.
Comme toujours à six ou huit mois d’une élection nationale, les sondages passionnent la presse et les électeurs. Pourtant nous savons d’expérience que si les favoris des sondages six ou dix mois avant les élections présidentielles faisaient les élus, nous aurions été gouvernés par des présidents appelés Raymond Barre, Jacques Delors, Édouard Balladur, Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn ou François Fillon. Tous ceux-là étaient favoris, parfois avec une avance écrasante : aucun n’est allé au bout. À l’automne 1994, les intentions de vote en faveur de Jacques Chirac ne dépassaient guère celles en faveur de Bruno Retailleau aujourd’hui. La suite n’était écrite nulle part. L’exemple n’est pas unique : le même scénario s’est reproduit en 2002, 2007, 2012 et 2017.
Trois types d’événements improbables
Il n’y a pas de raison de croire que les choses en iront autrement pour les élections de 2027. Presque toujours, trois types d’événement "imprévisibles" s’invitent dans la campagne et bouleversent la donne au moment où on ne l’attend pas. Le premier type d’événement est la situation internationale. Qu’elle se tende, qu’elle provoque une crise aiguë et la donne change : les Français hésitent toujours à changer de cheval au milieu du gué. Le deuxième type d’événement est la crise sociale. Les conditions objectives d’un événement de genre Gilets jaunes sont aujourd’hui réunies. Si un tel mouvement émerge dans les prochains mois, le paysage politique changera : chez les électeurs, le réflexe ordre public l’emportera sur le désir de renverser la table. De même, une tragédie ponctuelle, comme le fut par exemple, la mort de Malik Oussekine en décembre 1986, pourra susciter une émotion qui bouleversa le scrutin ultérieur.
Le troisième événement à prendre en compte, le plus imprévisible mais pas le plus rare, est l’intervention des juges. Cette surprise est presque inévitable. Au cours des dernières échéances, des affaires pénales se sont invitées dans la campagne présidentielle au moment où nul ne l’attendait. Les juges ne sont pas capables de faire gagner un candidat, mais ils peuvent en discréditer un autre, ou même l’empêcher. Les soutiens de François Fillon n’avaient rien vu venir. Ceux de Dominique Strauss-Kahn non plus.
Un souffle et une grande idée
L’exercice consistant à scruter les sondages et à spéculer sur des tendances est donc assez vain. Ce qui importe, et que les temps qui viennent nous offrent, c’est l’occasion de découvrir des projets et des hommes. En ce domaine, le jeu est très ouvert. Nous attendons un projet pour la France porté par un homme ou une femme capable de l’incarner. Un projet présidentiel n’est pas une liste de course : il est un souffle porté par une grande idée. Les propos sur la dette ou la crise climatique ne sont pas dans le sujet.
Il n’y a plus d’électorat catholique. C’est le moment pour les catholiques de s’intéresser aux projets. Pour l’heure, nous attendons le mot, la formule qui ne touchera pas seulement nos intelligences mais aussi nos cœurs, et nous espérons apprendre à découvrir le candidat qui nous donnera envie de donner le meilleur de nous-mêmes pour nos enfants. La médiocrité de la classe politicienne n’est pas une fatalité.












