"Qu’est-ce qui fait que j’arrive à être motivé et assidu dans la pratique sportive, mais pas forcément dans ma vie spirituelle ?" La question peut sembler surprenante. Elle est pourtant au cœur du parcours de Paul de Calonne. À 26 ans, ce Parisien a déjà multiplié les défis : records du monde, Ironman, ultra-trails, participation à Ninja Warrior… Avant de se demander comment mettre cette même discipline au service de sa foi.
Aîné d’une famille de quatre enfants, Paul a suivi un parcours scolaire exigeant : après le lycée, il rejoint l’université Paris Dauphine, puis CentraleSupélec à Lille, une école d’ingénieurs. Une vie étudiante intense, mais qui lui offre aussi beaucoup d’occasions de pratiquer le sport en compétition. À 21 ans, il participe à son premier Ironman à Majorque, en Espagne. Quelques années plus tard, il renouvelle l’expérience à Porto Rico. Il participe également à un UTMB World Series en Angleterre, une course qui relie Londres à Brighton, sur la côte sud du pays.
Ses exploits sont tels que son nom se retrouve même inscrit au Guinness World Records. "À l’école, nous devions réaliser un projet autour d’un défi personnel. Certains choisissaient d’écrire un livre, d’autres de passer un diplôme de cuisine… Moi, j’ai voulu faire quelque chose de plus marquant", se souvient le jeune homme. Et le défi est de taille : tenir 30 minutes en gainage avec 20 kg sur le dos. Il n’a alors que 21 ans et le relève haut la main. Si ce record a depuis été battu, il est parvenu à faire inscrire à nouveau son nom dans le Guinness World Records quelques années plus tard. "J’ai refait l’expérience, mais cette fois les bras tendus", explique-t-il.
Une performance qui l’amène même sur les plateaux de télévision. "En 2022, après mes records du monde, j’ai été contacté pour participer à Ninja Warrior. Ce n’était pas vraiment quelque chose que je recherchais, mais un de mes petits frères adorait cette émission. Je l’ai donc fait pour lui", raconte encore le jeune homme.
Le retour à la foi
Mais, parallèlement à sa vie professionnelle et sportive, quelque chose évolue dans sa vie personnelle. "Comme beaucoup de jeunes adultes, j’ai ressenti le besoin de revenir à mes valeurs et de renouer avec une pratique plus régulière de ma foi", précise-t-il. Il recommence à aller à la messe chaque semaine, participe à des groupes de prière… Néanmoins, une difficulté apparaît rapidement : le manque d’assiduité. "J’ai fait le constat que j’arrivais à être très discipliné dans le sport, mais moins dans ma vie spirituelle." Pour Paul, le paradoxe est d’autant plus frappant qu’il estime avoir reçu une éducation davantage spirituelle que sportive. Il cherche alors ce qui fait la force de sa pratique sportive. "Je pense que dans le sport, il y a une dimension communautaire. Sur Strava, nous sommes tous connectés les uns avec les autres, on s’encourage, on mesure sa progression", explique le jeune homme. C’est ainsi qu’une idée germe dans son esprit : pourquoi ne pas créer quelque chose de similaire pour la foi ?
Avec son ami d'enfance, Maximilien, il se lance dans cette aventure avec pour ambition d’aider les jeunes à prier plus régulièrement, à aller davantage à la messe et à se sentir plus profondément reliés les uns aux autres. C’est ainsi qu’est née ORA Community. Lancée gratuitement sur l’App Store et Google Play le 1er septembre, l’application compte déjà entre 600 et 700 membres. Son principe repose sur plusieurs fonctionnalités destinées à encourager la régularité et la vie communautaire.
On est souvent plus forts lorsque l’on avance ensemble.
En se connectant à ORA, les utilisateurs découvrent d’abord une page d’accueil qui ressemble à un fil d’actualité. On y voit ses proches, où et quand ils sont allés à la messe ou ont pris un temps de prière. "On peut réagir à leurs publications avec un “amen”, l’équivalent du “like” sur les réseaux sociaux", précise Paul. Pour celles et ceux qui cherchent une messe près de chez eux, une carte interactive permet de repérer les célébrations à proximité. Quant à l’onglet "Publier", il offre la possibilité créer ses propres publications et de partager ses temps de prière. L’onglet "Communauté", lui, permet de retrouver les différents événements en cours et les groupes de prière. Comme sur Strava, le profil suit son propre cheminement, avec une courbe qui montre, sur les trois derniers mois, le nombre de messes, chapelets, adorations ou encore lectures effectués chaque semaine. "On peut même s’y fixer des objectifs", note Paul, qui s’est donné celui, ambitieux, d’aller à la messe tous les jours. Enfin, chacun dispose d’un fil personnel pour retrouver ses activités et ses publications, ainsi que son nombre d’abonnés et sa photo.
Pour Paul, ORA Community ressemble à "un monastère géant". "Dans un monastère, si les moines arrivent à être aussi assidus à la prière et aussi réguliers dans leur prière, c’est parce qu’ils le font ensemble. Je vise la même chose avec mon application", explique-t-il.
Faire durer l’élan
Autre ambition de l’application : faire durer l’élan spirituel, surtout après de grands événements comme un pèlerinage ou un festival. "Souvent, l’enthousiasme est au rendez-vous. On repart avec l’envie de prier davantage, de parler de sa foi et de changer ses habitudes. On se dit : “Allez, maintenant, je vais vraiment être missionnaire, je vais porter ma foi, je vais en parler aux autres, je vais être super actif dans ma prière.” Puis vient le retour au quotidien et cet élan s’essouffle aussi vite qu’il est arrivé", regrette Paul.
Un constat qui prend une résonance particulière à l’approche de la venue de Léon XIV en France. Si tout le monde se réjouit de la venue du pontife, Paul s’interroge : que restera-t-il de cet élan quelques semaines plus tard ? Comment faire pour qu’il s’inscrive dans la durée ? La réponse se trouve peut-être dans cette volonté de se serrer les coudes, de s’encourager et d’aider les autres à faire en sorte que la petite étincelle d’enthousiasme ne s’éteigne pas. Et le jeune homme de conclure : "On est souvent plus forts lorsque l’on avance ensemble.".
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