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Après le désastre du rapport PISA, et si on essayait les parents ?

6 min de lecture
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Crédit : Aleteia

Le niveau des élèves français à l’écrit, en mathématiques et en sciences n’a jamais été aussi bas, révèle le rapport PISA 2025. Face à ce désastre, la philosophe Marianne Durano, mère de famille et enseignante, plaide pour des politiques publiques qui permettent aux parents de s’impliquer davantage dans l’éducation de leurs enfants.

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Deux ans. C’est le niveau scolaire perdu en dix ans par les élèves français d’après le dernier rapport PISA, publié mardi 8 septembre. Un élève de seconde en 2026 a donc le niveau d’un élève de quatrième en 2016. 2016, c’était hier. C’est l’année où j’ai commencé à enseigner. La chute est vertigineuse et rejoint le sentiment d’un nombre croissant de professeurs. Quelles sont les causes avancées à ce désastre ? Le rapport pointe un manque d’investissement des familles : seules 34% des familles demande régulièrement à leur enfant s’il a eu des problèmes à l’école, tandis que 60% l’interroge sur la journée au moins une fois par semaine. Cela implique que 40% de parents ne s’intéresse presque jamais au vécu de leur enfant, tandis que 66% des parents ne s’inquiète jamais de ses potentielles difficultés scolaires.

Trop de temps perdu

Des chiffres ahurissants, mais néanmoins cohérents avec toutes les enquêtes réalisées sur le sujet. Selon la Drees (Direction de la recherche, des études, des évaluations et des statistiques), les parents d’enfants de moins de 6 ans consacrent en moyenne une à deux heures par jour aux soins et aux activités impliquant directement ces derniers. En vingt ans, le temps passé par les jeunes enfants avec leurs parents a baissé d’environ cinq heures. Cinq heures de temps perdu sur vingt ans, c’est plus qu’il n’en faut pour prendre le temps d’écouter son enfant raconter sa journée ! Ce n’est rien, cependant, comparé au temps perdu devant les écrans : environ une heure trente par jour pour les moins de 6 ans, plus de quatre heures pour les 6-17 ans, six à huit heures pour les plus de 17 ans. Les adultes, eux, consacrent en moyenne cinq heures par jour aux écrans, hors cadre professionnel. Non seulement le nombre d’heures passées avec ses enfants a chuté en vingt temps, mais la qualité de ces heures a également dégringolé, chacun se retranchant derrière son écran.

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Un statut du parent au foyer ?

Face à ce désastre, on pourrait espérer des politiques publiques qui permettent aux parents de s’impliquer davantage dans l’éducation de leurs enfants. On pourrait imaginer, pourquoi pas, de consacrer un droit à la flexibilité horaire pour les parents de jeunes enfants, qui normaliserait la présence des parents à la sortie de l’école. Dans les pays scandinaves, par exemple, la plupart des parents vont chercher leurs enfants entre 15 h et 15 h 30, leur productivité étant mesurée aux résultats et non au nombre d’heures de présence au bureau. 

On pourrait même rêver, soyons fous, que les mères soient encouragées à rester plusieurs mois avec leur bébé, plutôt que de déléguer leur éducation à des professionnels à deux mois et demi de vie. Au Danemark, par exemple, les crèches n’acceptent pas les enfants avant l’âge de 10 mois. On pourrait même, dans un accès d’espoir délirant, fantasmer un statut du parent au foyer protégeant et valorisant les parents qui choisissent de privilégier l’éducation de leurs enfants, et reconnaissant publiquement l’œuvre réalisée dans l’ombre par tant de parents (des mères, pour la plupart) qui se dévouent à la formation de futurs citoyens français.

Au moment où la déferlante de l’IA menace nos intelligences et nos emplois, il est urgent de lutter contre l’abrutissement de notre jeunesse en luttant contre l’emprise des écrans et le désinvestissement des parents.

Mais non. À la place de ça, nous avons tous entendu Bruno Le Maire proposer d’avancer l’entrée en maternelle de 3 ans à 1 an. Non seulement Bruno Le Maire n’a pas dû beaucoup s’occuper de ses enfants en bas âge pour avancer une telle absurdité, mais il ne tire manifestement pas les bonnes leçons du rapport PISA. Les parents ne s’occupent pas assez de leurs enfants ? Eh bien séparons-les encore plus tôt. L’école s’avère incapable de compenser les lacunes dues au manque d’implication des parents ? Eh bien chargeons-la en plus d’apprendre à parler et à marcher à des bambins encore dans les langes. Les professeurs se plaignent de la détérioration de leurs conditions de travail, du manque d’autonomie des élèves, et du mépris qui entache leur travail ? Eh bien promouvons-les auxiliaires de puériculture !

Cesser de consommer les professeurs

Jean-Jacques Rousseau, qui s’y connaissait en matière d’abandon, alerte ainsi dans Émile les parents qui délèguent à des tiers l’éducation de leurs enfants : "Que fait cet homme riche, ce père de famille si affairé et forcé, selon lui, de laisser ses enfants à l’abandon ? Il paye un autre homme pour remplir des soins qui lui sont à charge. Âme vénale ! crois-tu donner à ton fils un autre père avec de l’argent ? Ne t’y trompe point ; ce n’est pas même un maître que tu lui donnes, c’est un valet, il en formera bientôt un second." Les professeurs ne sont pas des valets, sommés de pallier toutes les défaillances d’une culture qui abrutit et isole les enfants dès le plus âge. On ne peut demander aux professeurs de compenser l’absence des parents en apprenant aux enfants à parler, à se tenir, en soignant leurs cerveaux abîmés par trop d’écrans, leurs corps et leurs intelligences dégradés par une vie confinée. 

Considérer les professeurs comme des valets, comme le dit Rousseau, c’est adopter envers l’école une attitude consumériste, les parents consommant de l’éducation et exigeant des résultats là où eux-mêmes ont échoué. Un tel état d’esprit, alerte le philosophe, transforme également les enfants en valets, prêts à feinter pour obtenir de bonnes notes, alors même qu’ils sont de moins en moins capables de comprendre le sens des exercices proposés. Au moment où la déferlante de l’IA menace nos intelligences et nos emplois, il est urgent de lutter contre l’abrutissement de notre jeunesse en luttant contre l’emprise des écrans et le désinvestissement des parents.