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“Sans eux, ça ne tourne pas”: le délicat recrutement des chefs et cheftaines

7 min de lecture
À chaque rentrée, il faut trouver les jeunes femmes et les jeunes hommes qui encadreront les 200.000 enfants et adolescents qui s’apprêtent à vivre l'aventure scoute.

Crédit : ©audedupuis I AGSE

À chaque rentrée, il faut trouver les jeunes femmes et les jeunes hommes qui encadreront les 200.000 enfants et adolescents qui s’apprêtent à vivre l'aventure scoute.

Ils sont indispensables au fonctionnement des groupes scouts mais pas toujours faciles à trouver. Alors que les mouvements accueillent toujours plus de jeunes, le recrutement des chefs et cheftaines constitue un enjeu majeur de chaque rentrée. Pour y répondre, Guides et Scouts d’Europe, Scouts Unitaires de France et Scouts et Guides de France s’adaptent chacun à leur manière.

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À chaque rentrée, c’est le défi. Il faut trouver les jeunes femmes et les jeunes hommes qui encadreront les 150.000 enfants et adolescents qui tous les ans s’apprêtent à vivre l'aventure scoute. Et la tâche n’est pas toujours aisée. Être chef ou cheftaine c’est en effet s’impliquer pour une année entière à servir auprès des louveteaux, louvettes, jeannettes, guides ou éclaireurs, mais aussi le temps d’une formation et d’un camp d’été. Face à cela, les mouvements scouts déploient leur énergie et s’essayent parfois à des solutions innovantes. 

Une campagne d’affichage inédite

C’est le cas des Guides et Scouts d’Europe qui ont lancé le 5 septembre dernier une campagne d’affichage publique inédite. À travers cinq visuels "décalés" affichés le temps d’une semaine sur une trentaine d'abribus de la ville de Versailles, l’association souhaite marquer le coup. Les messages publicitaires sont modernes et emploient un langage qui parle aux jeunes : "Ils aiment les reels ? Fais-leur aimer le réel", "Une IA n’a jamais gagné une course d’orientation" ou encore "Les flammes snap c’est bien, les feux de camp c’est mieux". Un désir assumé de vouloir directement toucher les 18-25 ans. "L’un des freins au développement du mouvement est le manque de chefs : un problème séculaire auquel pensaient déjà Baden Powell ou le père Sevin. Sans chefs ça ne tourne pas", confie Jean-Benoît Harel, responsable de la communication des Guides et Scouts d’Europe, à Aleteia. L’association recherche plus de 7.000 chefs et cheftaines chaque année dans toute la France pour encadrer 38.000 jeunes. Un chiffre qui a augmenté de 22% en dix ans : des effectifs croissants (2,5% en 2026) dont l’encadrement reste conditionné par l’implication de jeunes adultes. 

Les Guides et Scouts d’Europe ont lancé le 5 septembre 2026 une campagne d’affichage publique inédite.
Les Guides et Scouts d’Europe ont lancé le 5 septembre 2026 une campagne d’affichage publique inédite.

Pas de désengagement des chefs et cheftaines

Cette exigence inhérente au rôle de chef peut paraître grande dans un monde où les propositions de services sont diverses. La mission de chef ou de cheftaine suppose de s’investir pour plusieurs week-ends dans l’année, quinze jours l’été et un CEP (camps école préparatoires). Un engagement que Jean-Benoît Harel conçoit comme un investissement à long terme : "Le pari qu’on fait pour les jeunes c’est que cette période de leur existence leur sera utile toute leur vie. 98%* des chefs et cheftaines expriment à quel point ce service leur est utile pour leur vie professionnelle et spirituelle." Une campagne conçue comme un "test" qui amène le scoutisme là où on ne l’attend pas : dans l’espace public. "On voulait laisser la surprise aux Versaillais. L’idée est aussi de permettre aux chefs et aux cheftaines de se sentir fiers d’appartenir au mouvement." L’association poursuit d’ailleurs sa communication à travers la distribution d’affiches aux commissaires de district qui les diffusent dans les écoles, les universités et les aumôneries. 

"On ne constate pas de désengagement mais on doit aussi aller chercher ailleurs pour que de nouvelles unités puissent ouvrir."

Une publicité qui ne signifie pas pour autant un plus grand manque de chefs et cheftaines par rapport aux années précédentes. "On ne constate pas de désengagement mais on doit aussi aller chercher ailleurs pour que de nouvelles unités puissent ouvrir. Cet été, j’ai visité des camps où beaucoup de chefs encadraient des jeunes pour la première fois. Il y a aussi un grand désir de servir chez ceux qui n’ont pas été scouts avant", témoigne Jean-Benoît Harel. 

Scouts Unitaires de France : une communication locale

Un constat partagé par les Scouts Unitaires de France (SUF). "La plupart du temps, on finit par trouver des chefs et des cheftaines", explique la responsable communication des SUF à Aleteia. Le mouvement s’appuie uniquement sur une communication locale, intimement liée à la notion de subsidiarité. "Ce sont les chefs de groupe qui maîtrisent les recherches. Ils se démènent auprès de leurs réseaux locaux dans les écoles, les paroisses, via les anciens chefs et les parents." Une stratégie de communion qui ne se veut pas grandiloquente. "Pour l’instant, nous n’avons pas d’objectifs de publicité nationale. Si on communique, il faut aussi pouvoir être en mesure d’assurer les formations pour que perdure un scoutisme de qualité." Une manière de toujours vouloir assurer la transmission de "l’idéal scout" avec exigence. 

"Au-delà des méthodes traditionnelles de recrutement, comme les forums des associations, les liens avec les paroisses ou les universités, il nous semble que l’enjeu est plutôt aujourd’hui de repenser la manière dont nous allons chercher et mobiliser de nouveaux bénévoles."

Repenser les formes d’engagement

Du côté des Scouts et Guides de France (SGDF), le constat est plus nuancé. Si certains groupes rencontrent de véritables difficultés à recruter des chefs et cheftaines, l’association ne constate pas pour autant de désengagement massif des adultes. "Les chiffres de l’association montrent que les Scouts et Guides de France continuent d’accueillir beaucoup d’adultes", explique le mouvement à Aleteia. Mais les formes d’engagement évoluent : les jeunes adultes ne souhaitent plus nécessairement s’investir de la même manière ni selon les mêmes temporalités que leurs aînés. Un changement qui invite les groupes à revoir leur manière de recruter. "Au-delà des méthodes traditionnelles de recrutement, comme les forums des associations, les liens avec les paroisses ou les universités, il nous semble que l’enjeu est plutôt aujourd’hui de repenser la manière dont nous allons chercher et mobiliser de nouveaux bénévoles", poursuit l’association. L’objectif est notamment de parvenir à attirer des jeunes adultes qui recherchent parfois des engagements "courts et intenses", plutôt qu’un investissement régulier sur une longue période.

Cette réflexion doit aussi tenir compte des réalités locales. Les difficultés de recrutement ne se posent pas de la même manière dans les grandes villes et dans les territoires ruraux, où les ressources disponibles et les réseaux de jeunes adultes peuvent être plus limités. Pour les SGDF, sensibiliser à la possibilité d’accueillir des chefs et cheftaines "à tout âge" constitue ainsi une piste pour répondre aux besoins de certains groupes. Une approche qui rejoint finalement le constat des autres mouvements : si le manque de chefs demeure un frein à l’ouverture de nouvelles unités, il ne traduit pas nécessairement une disparition du désir de servir.

*Enquête faite en mai 2026 par MRCC auprès d’un échantillon de 776 chefs ou cheftaines