Après quatre heures de débats chargés d’émotion, les députés britanniques ont rejeté le 11 septembre le projet de loi visant à légaliser l’aide à mourir. Par 286 voix contre 270, le texte est définitivement abandonné. L’archevêque John Sherrington a salué une décision qui, selon lui, permet de mieux protéger les personnes vulnérables.
Les députés britanniques font front. Après un revers au printemps, une proposition de loi visant à légaliser l'aide à mourir en Angleterre et au Pays de Galles a été rejetée le 11 septembre par les députés britanniques, à l'issue de quatre heures de débats chargés d'émotion. Le vote s'annonçait serré. Finalement, 286 députés ont voté contre le texte et 270 pour.
Le projet, désormais enterré, prévoyait de rendre accessible l'aide à mourir à certains malades ayant une espérance de vie inférieure à six mois. La demande d'un patient aurait dû être validée par deux médecins et un collège d'experts, et la personne concernée aurait dû être en mesure de s'administrer elle-même la substance létale. Avec ce rejet, le Royaume-Uni se distingue de plusieurs autres pays, dont la Belgique, le Canada, la Suisse et l'Uruguay, ayant adopté le droit à l'aide à mourir. En France, le Parlement a approuvé en juillet, après des années de débats, cette réforme sociétale majeure de la présidence d'Emmanuel Macron.
Le Premier ministre britannique Andy Burnham, arrivé à Downing Street en juillet, avait indiqué qu'il ne prendrait pas part au vote afin de ne pas "influencer le débat". Le gouvernement travailliste a adopté une position neutre sur ce projet de loi et les députés ont été invités à voter selon leur conscience.
"Grave menace pour les personnes vulnérables"
La proposition, qui avait suscité d'intenses débats dans le pays et au Parlement, avait été approuvée par les députés lors d'un vote serré en juin 2025. Mais elle avait dû être abandonnée en avril, après un long blocage à la chambre des Lords, la chambre haute du Parlement, non élue. Une députée travailliste avait remis le texte, dans une version quasi-identique, sur la table mi-juin. Pour ses partisans, la légalisation de l'aide à mourir permet aux adultes en phase terminale de mettre fin à leurs jours dans la dignité, tandis que ses détracteurs estiment qu'elle risque d'exercer une pression sur les personnes handicapées et les personnes âgées.
Lors du débat du 11 septembre, une députée travailliste, Janet Daby, a expliqué avoir changé d'avis après les précédents votes, racontant avoir fait "des cauchemars sur la mort et le fait de mourir" après avoir voté en faveur du projet de loi. Plus tôt cet été, l'archevêque John Sherrington de Liverpool, évêque référent pour les questions de vie à la Conférence des évêques d'Angleterre et du Pays de Galles, avait tiré la sonnette d'alarme, arguant que le projet de loi représentait une "grave menace pour les personnes vulnérables" et qu'il pourrait conduire des victimes de violences conjugales à se suicider. Dans une déclaration, l’archevêque a salué l’engagement de toutes les personnes ayant contribué à ce résultat, notamment celui de simples citoyens qui ont écrit à leurs députés afin de s’opposer au projet de loi :
Je tiens à exprimer ma gratitude aux députés qui ont voté contre le projet de loi et aux nombreuses personnes de tous les horizons qui ont fait entendre leur voix – médecins, professionnels du droit, associations de personnes handicapées, autres communautés religieuses et personnes sans confession – qui se sont levées pour défendre la dignité et le caractère sacré de chaque vie…
Tout au long de ce débat, nous avons soutenu que notre réponse aux personnes confrontées à une maladie grave, à un handicap ou aux difficultés liées au grand âge doit reposer sur la solidarité, la bienveillance et le respect. La véritable mesure d'une société compatissante réside dans sa volonté d'accompagner les personnes dans les moments difficiles plutôt que de les inciter au suicide.
Nous restons convaincus que le moyen le plus efficace de soulager la souffrance en fin de vie est d'améliorer l'accès à d'excellents soins palliatifs et de fin de vie… Nous continuerons à promouvoir ces soins comme des priorités et à soutenir ceux qui se consacrent aux soins des mourants dans les hospices, les hôpitaux, les maisons de retraite et les communautés.
Que tous les malades et les personnes fragiles trouvent du réconfort dans le soutien de leurs proches et dans l'amour de Dieu, qui transcende toute souffrance. Je demande à la communauté catholique de continuer à prier pour nos législateurs, afin qu'ils veillent à ce que nos lois respectent toujours la dignité de la vie humaine.
Deux Britanniques sur trois favorables à la légalisation de l'aide à mourir
Lauren Edwards, députée travailliste à l'origine du texte de loi, a quant à elle reproché au Parlement d'avoir "laissé passer sa chance", estimant que la législation actuelle, qui criminalise l'aide à mourir d'une peine maximale de 14 ans de prison, était "tout simplement trop cruelle et trop injuste pour être maintenue en l'état". Pour l'association "Dignity in Dying", qui milite pour l'adoption d'une loi autorisant l'aide à mourir, le rejet du texte est "un revers dévastateur pour les personnes en fin de vie". "Cette question ne disparaîtra pas pour autant. La modification de la législation sur l'aide à mourir reste une question de 'quand', et non de 'si'", assure-t-elle. Au contraire, le collectif "Assist Us To Live", un groupe de personnes handicapées et atteintes de maladies en phase terminale, a estimé que le vote constituait une "victoire" pour "tous ceux que ce projet de loi aurait mis en danger".
Selon un sondage Ipsos du 7 septembre, deux Britanniques sur trois sont favorables en principe à une légalisation de l'aide médicale à mourir. À ce jour, seules les îles de Jersey et de Man, dépendances de la Couronne britannique ayant leur propre gouvernement, ont approuvé des textes similaires, qui attendent encore le sceau royal pour pouvoir entrer en vigueur. Le Parlement écossais a lui rejeté mi-mars, à 69 voix contre 57, un projet visant à légaliser l'aide à mourir.









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