Achever le voyage apostolique en terre de France en passant par la Lorraine n’est pas anodin, explique le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille. "Ville-cicatrice", Metz sera l’aboutissement spirituel et politique de la visite de Léon XIV en France.
En ce lundi 11 septembre, le tribunal administratif a rejeté le recours de deux associations anticléricales qui s’élevaient contre la subvention de 250.000€ accordée par la ville de Metz, désireuse d’installer des écrans géants pour la venue de Léon XIV le 28 septembre prochain. On sourira en se souvenant de la confidence du cardinal Danneels, alors archevêque de Malines-Bruxelles, lors de la venue de Jean-Paul II en 1995 à Belgique. À des journalistes qui l’interrogeaient sur la facture des frais de sécurité imputables aux autorités belges pour protéger le souverain pontife, il répondait : "Cela coûtera aussi cher que pour une visite du président des États-Unis, et je pense que mes concitoyens seront plus nombreux à se réjouir de voir le Pape que l’hôte de la Maison Blanche."
Vivre un temps de joie
Comme le disait il y a peu le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France : "Nous ne savons pas ce que le Pape va nous dire, mais nous pouvons déjà nous préparer à écouter ce qu’il nous dira." La multiplicité des commentaires et des prévisions concernant ce voyage en dit long sur l’attente. Ou plutôt, les attentes : certains y espèrent une reconnaissance d’un combat, d’autres un encouragement à mener telle ou telle action, mais le plus grand nombre — pour ne pas dire l’immense majorité — se prépare à vivre un temps de joie.
L’important n’est pas tant de se montrer que de se rassembler, d’applaudir que de goûter. Les jeunes, les exclus, les fidèles, les malades : tous seront rencontrés et, finalement, emmenés spirituellement vers ce qui sera l’aboutissement de ce voyage, la ville de Metz. Tant pis pour les râleurs qui s’étonnent déjà des zigzags de l’avion de Paris à Lourdes, de Lourdes à la Lorraine et puis retour à Rome : le bilan carbone ne sera pas optimal mais le jeu en vaut la chandelle.
La "lanterne du Bon Dieu"
Metz est une "ville cicatrice" : annexée deux fois, déchirée par trois guerres en moins d’un siècle, elle est le théâtre de l’affrontement et de la rivalité des Français et des Allemands. Robert Schuman, dont le procès de béatification est en cours et qui contribua à porter le projet européen sur les fonts baptismaux par la mise en commun de la production de l’acier et du charbon par les six premiers pays signataires ; la cathédrale de Metz surnommée grâce à ses immenses verrières la "lanterne du Bon Dieu" et qui, tel un phare, rappelle la lumière de la paix et du pardon au cœur des ténèbres de la guerre et de la haine : autant de raisons de venir jusque-là.
Mais comme le souligne aussi Arnaud Alibert (La Croix du 11 septembre 2026), Léon XIV n’est pas le premier pape à s’y rendre : Jean-Paul II avait déjà eu l’occasion d’y rappeler la longue tradition d’accueil des Lorrains en évoquant les émigrés. Bien avant encore, un autre Léon, neuvième du nom, y œuvra notamment à la restauration des mœurs du clergé. Léon IX, dont le pontificat s’acheva quelques mois seulement avant le grand schisme de 1054 entre Occident et Orient. Peut-être l’occasion pour son lointain successeur, depuis l’Est de la France, de lancer un appel à son frère patriarche de Moscou afin qu’il se fasse enfin avec lui artisan de paix ?
En passant par la Lorraine
Achever le voyage apostolique en terre de France en passant par la Lorraine n’est certainement pas anodin. Ce sera certainement l’étape la plus politique du séjour. Les puissants ne s’y trompent pas, le chef de l’État français a confirmé sa présence. Puissent, comme l’évoque l’archevêque de Marseille, les oreilles et les cœurs se préparer à entendre ce qu’ils vont entendre, et les yeux à percevoir d’où jaillit la lumière qui baigne les vitraux de Saint-Étienne de Metz !












