Parti discrètement en salles, le premier volet de "La Bataille de Gaulle", sorti le 3 juin dernier, semblait promis à une carrière sans éclat. Quinze jours plus tard, le bouche-à-oreille change la donne. Porté par le succès du second opus et un été exceptionnel pour le cinéma, le diptyque dépasse aujourd'hui les 5,6 millions de spectateurs. Une remontée aussi spectaculaire qu’inattendue. Décryptage.
C’est l’histoire d’un rebond inespéré. D’un récit de résistance et de persévérance dans le combat. Tout commence le 3 juin 2026. La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer du réalisateur Antonin Baudry, sort en salles. Premier opus d’un diptyque consacré à ce général alors inconnu qui n’accepte pas l’armistice de juin 1940, le film le suit depuis Londres, là où il tente de convaincre le monde que la bataille de France n’est pas terminée. Une œuvre de 2h40 aux allures de "thriller" historique qui donne à voir les prémices d’une résistance de l’ombre, en Angleterre, en France et en Afrique. Pourtant, c’est la douche froide : à peine 383.000 entrées en première semaine. Quinze jours de creux où le film ne semble pas trouver son public. Mais la bataille n’est pas terminée. Par un effet de bouche à oreille inattendu, les entrées progressent dès la deuxième semaine. Pathé décide alors d’avancer la suite. Le second volet, La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom, sort le 26 juin, en pleine Fête du cinéma. Dès lors, rien ne les arrête. Les deux films se maintiennent au box-office tout l’été pour atteindre 5,6 millions de spectateurs cumulés la semaine du 2 septembre. Décryptage d'un triomphe qui fait date.
L'art du bouche-à-oreille
Les choses avaient pourtant mal commencé. "Le premier volet est sorti alors que le marché était faible", explique à Aleteia Eric Marti, directeur général de Comscore France, entreprise spécialisée dans la mesure de la fréquentation des cinémas. Le film doit aussi faire face à des concurrents de taille : Toy Story 5 et Backrooms, tous deux sortis le 17 juin. Au départ, la communication autour du premier volet ne séduit pas les spectateurs. "Les affiches ne m’ont pas particulièrement attirée. J’avais même reçu des critiques négatives au sujet de certains acteurs, je n’étais pas emballée…", confie Anne-Gaëlle, 24 ans. Mais la première vague de canicule du 18 juin joue en faveur du cinéma. "On a vu une dynamique se créer dès la deuxième et la troisième semaine. Elle était meilleure que pour les autres films. Et quand le marché s’est redressé, fin juin, le film est parti", poursuit Eric Marti. Alors que le 26 juin sort le second volet, la machine est lancée.
«Les gens se disent : on a aimé le premier, on va aller voir le deuxième. Conséquence : semaine après semaine les deux films se suivent au box-office. Ils ne sont jamais loin l’un de l’autre.»
Peut-être le succès des deux films est-il l’une des meilleures illustrations de la force du bouche-à-oreille. Un phénomène qu’Anne-Gaëlle décrit bien : "Ma colocataire est rentrée après l’avoir vu dès sa première semaine de sortie et m’a dit : "C’est un film dont on ressort avec l’envie d’aller au front et de se battre pour la France." Elle qui attend pourtant énormément du cinéma en est revenue complètement passionnée. Forcément, ça m’a donné envie de le voir à mon tour… et j’ai adoré !" Une dynamique qui coïncide avec un marché global favorable. "On a eu un été exceptionnel avec notamment 20 millions d’entrées cumulées en août pour l’ensemble du box-office. C’est un record", souligne Eric Marti. Et de compléter : "Combiné au bouche-à-oreille très positif pour les deux volets, ça a créé un effet d’entraînement qui a fonctionné."

Une telle remontée est-elle exceptionnelle ? "Oui", répond sans hésiter Eric Marti. "Mais elle n’est pas unique", complète le spécialiste. "On voit régulièrement des films qui démarrent moyennement et qui s’imposent dans la durée. Le Comte de Monte-Cristo, sorti le 28 juin 2024, avait commencé correctement mais sans plus, et était arrivé numéro un du box-office en septième semaine." Ce qui tient de la nouveauté pour le directeur général de Comscore France c’est que ce succès est partagé par les deux volets du diptyque. "Les gens se disent : on a aimé le premier, on va aller voir le deuxième. Conséquence : semaine après semaine les deux films se suivent au box-office. Ils ne sont jamais loin l’un de l’autre. Ça c’est inédit." Chose d’autant plus rare : les spectateurs reviennent voir le film plusieurs fois. "Je suis d’abord allée voir le second volet avec des amis, puis j’y suis retournée avec mon fiancé tant j’avais aimé le film", s’enthousiasme Anne-Gaëlle.
«Ça m'a tellement replongé dans cette époque que je me suis rendu au Musée de l’Ordre de la Libération où l’on retrouve les mêmes personnages que dans le film et le récit de l’action des résistants.»
Un film intergénérationnel
Les raisons de ce succès tiennent à plusieurs choses. D’abord, le film est très bien réalisé. Les images sont impressionnantes, les acteurs incarnent des personnages captivants, du maréchal Koenig dans le premier volet au général Leclerc dans le second, et les moments de grâce sont nombreux. La scène de la libération de Paris, dans le second opus, illustre cette faculté du réalisateur à transmettre une ferveur qui dépasse les siècles. "Tous les publics ont réagi. On a envie de se lever", résume Eric Marti. Au-delà de l’émotion ressentie sur l’instant, le film est un appel à redécouvrir cette période de l’Histoire : "Ça m'a tellement replongé dans cette époque que je me suis rendu au Musée de l’Ordre de la Libération où l’on retrouve les mêmes personnages que dans le film et le récit de l’action des résistants", confie Guilhem, 24 ans.

Mais la clé du succès des deux films réside sûrement dans le fait qu'ils parviennent à réunir toutes les générations. Les plus âgés y retrouvent un récit maintes fois adapté au cinéma par les Américains, mais peu par les Français. "C’est important de raconter cette période de l’Histoire de France. Évidemment, on aurait encore pu narrer beaucoup d’événements et le parcours d’autres personnages, mais le récit est contraint par la durée du film", commente Jean-Adrien, 87 ans. Quant aux plus jeunes, il est intéressant de voir qu’ils ressortent des salles galvanisées par le patriotisme qui émane du diptyque. "Ces films donnent envie de servir son pays, de se bouger pour la France", lance Élisabeth, 32 ans. "On peut y retrouver ses propres combats."
"Quand un film a ce type de carrière, dans la durée, c’est qu’il ne se contente pas de toucher les assidus qui vont beaucoup au cinéma."
Bientôt 6 millions de spectateurs ?
Autre raison qui explique enfin ce succès dans le temps : les deux opus connaissent une fréquentation forte chez les spectateurs occasionnels, ceux qui ne se rendent au cinéma qu’une à deux fois par an. "Quand un film a ce type de carrière, dans la durée, c’est qu’il ne se contente pas de toucher les assidus qui vont beaucoup au cinéma. La présentation de La Bataille de Gaulle ne s’est pas limitée aux grandes villes et aux centres-villes", conclut Eric Marti.

Une couverture large donc, qui touche tous les publics et toutes les générations… et qui n’est pas près de s’arrêter. Selon le directeur général de Comscore France, les deux films devraient tranquillement voguer vers les 6 millions de spectateurs cumulés. Un succès que personne n’avait prédit et qui résonne aujourd’hui curieusement avec l’histoire du long-métrage. Comme le général de Gaulle au cœur de la nuit londonienne, il fallait espérer que le film décolle. Et Casimir, 20 ans, de résumer : "L’espérance, encore et toujours. Parce que c’est peut-être cela, au fond, que ces films ont compris de De Gaulle : parfois, il faut croire avant même d’avoir la moindre raison de croire."
Pratique :
Antonin Baudry, La Bataille de Gaulle : J'écris ton nom, 2h40











