Comme Jean Paul II en 1988, Léon XIV se rend à Metz lors de son voyage en France. La ville de la Moselle aura ainsi reçu deux fois un pape, ce qui est peu commun pour une cité qui n’est ni une capitale ni un sanctuaire marial, observe le géopolitologue Jean-Baptiste Noé. Mais le choix de cette ville est à la fois historique et géographique.
Le 28 septembre prochain, Léon XIV se rendra à Metz pour une journée chargée : rencontre interreligieuse, rencontre sur l’Europe et messe pour la paix célébrée dans la cathédrale. Un choix qui a pu surprendre tant il est exceptionnel qu’une ville qui n’est ni une capitale ni un sanctuaire marial international reçoive deux fois le pape : Jean-Paul II en 1988 et Léon XIV en 2026. Mais entre ces deux visites, un même fil rouge : celui de l’espérance de la paix.
L’unité, malgré le Mur
En 1988, Jean Paul II effectue un voyage de plusieurs jours en Alsace et en Moselle (8-11 octobre). Un voyage placé sous le signe de la paix et de l’espérance de l’unité de l’Europe. Il se rend à Strasbourg, siège des organisations de l’Union européenne et à Metz, pour une région frontière, qui fut la colonne vertébrale de l’Europe carolingienne, puis de la Lotharingie, avant de connaître trois guerres successives contre la Prusse et l’Allemagne avec les affres des destructions et de l’occupation.
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Jean Paul II y prononce un discours d’espérance et de paix, à contretemps de la pensée commune. En octobre 1988, personne ne pense que le mur de Berlin serait abattu un an plus tard ni que l’URSS disparaîtrait trois ans après. Méfions-nous des illusions rétrospectives et des lectures téléologiques de l’histoire : quand Jean Paul II se rend à Metz pour parler de la paix et de l’unité de l’Europe, il agit comme un prophète : aucun observateur et analyste sérieux ne peut envisager la fin du bloc communiste, la dissolution de l’URSS et le retour de l’unité de l’Europe. Et surtout pas dans un avenir aussi proche. C’est pourtant ce qui finit par advenir, en grande partie grâce à l’action de Jean Paul II. Preuve que l’histoire n’est jamais écrite d’avance ni ne peut être prévue.
La paix, malgré la guerre
La visite de Léon XIV s’inscrit dans un tout autre monde, mais le choix des lieux est en soi un discours politique. En 1988, Jean Paul II visite Strasbourg et Metz (ainsi que Nancy et Mulhouse). Il se rend dans la capitale politique, celle des institutions de l’UE, et dans une capitale historique et spirituelle. D’un côté le Parlement, et de l’autre la cathédrale. Benoît XVI ne s’est pas rendu à Strasbourg. Quand il va dans l’Europe rhénane, c’est Cologne qui est visitée, mais pour un voyage qu’il n’a pas choisi de prime abord, puisque le lieu des JMJ fut adopté avant son élection. En 2014, François se rend lui aussi rendu à Strasbourg, mais pour visiter uniquement les institutions européennes. Aucune visite à la cathédrale n’est organisée, ni rencontre avec les Alsaciens.

Le choix de Léon XIV est donc particulièrement signifiant : pour parler de l’Europe, de son unité et de la paix du continent, il ne choisit pas la ville politique, ni les institutions, mais une ville spirituelle et historique. Et il choisit Metz pour la multiplicité de ses symboles : ville d’Empire, ville de Lotharingie et ville de frontières. Mais aussi cité de Robert Schuman, qui est enterré non loin de la cité mosellane et dont le procès de béatification est en cours.
Le choix du retour au rêve fondateur
En 2014, François ne s’adresse qu’aux institutions, sans entrer dans la cathédrale ni rencontrer les fidèles. En 2026, Léon XIV fait de la cathédrale le cœur de sa visite : une déambulation est prévue dans les rues de Metz, puis une messe pour la paix dans l’édifice religieux. C’est bien l’histoire qui est convoquée, ainsi que le peuple de Dieu. D’autant que la visite à Metz va s’accompagner d’une rencontre interreligieuse, ce qui sera particulièrement marquant dans une région sous juridiction du Concordat. Puis, une rencontre "Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité" est prévue. Ce sera un discours politique, au centre Robert-Schuman, et non pas au Parlement européen. Léon XIV a choisi le dernier jour de son voyage pour parler politique et plus explicitement d’Europe et de paix.
Léon XIV fait le choix du retour au rêve et à l’espérance.
Or si la situation de 2016 n’a rien à voir avec celle de 1988, la guerre en Europe est cette fois-ci chaude et non pas froide. Parler de paix et d’espérance relève, encore une fois, de la prophétie. Nul ne peut prévoir quand ni comment finira la guerre en Ukraine ni comment le continent européen parviendra à restaurer une unité brisée. L’union des pays d’Europe, qui fut une grande promesse dans les années 1950, portée notamment par Pie XII, a dérivé dans une bureaucratie qui ne fait guère rêver. En parlant à Metz et non pas à Strasbourg, Léon XIV fait le choix du retour au rêve et à l’espérance. Il ne va pas s’adresser à des institutions, mais à une histoire, des hommes et à une promesse. Cette partie du voyage "en France" sera en réalité axée "en Europe". Preuve que la maîtrise de la géographie est aussi une façon d’écrire l’histoire.












