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À Metz, un trésor de huit siècles dévoilé pour la venue du Pape

6 min de lecture
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Crédit : Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP

Avant la venue du Pape, la chape de Charlemagne a été installée dans la crypte de la cathédrale de Metz.

À l’occasion de la venue du pape Léon XIV à Metz, le 28 septembre 2026, la cathédrale Saint-Étienne dévoile l’un de ses trésors les plus précieux : la célèbre "chape de Charlemagne". Présentée dans la crypte sud, nouvellement aménagée, cette étoffe de soie et d’or, vieille de plus de huit siècles, raconte une histoire qui mène de la Sicile médiévale à la cour impériale de Frédéric II.

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Lorsque le pape Léon XIV entrera dans la cathédrale Saint-Étienne de Metz le 28 septembre prochain, il ne sera pas seulement au cœur de l’un des plus grands édifices gothiques de France. Sous ses pas, dans la crypte de la cathédrale, un trésor vieux de plus de huit siècles aura retrouvé la lumière. La chape de Charlemagne, exceptionnellement sortie de son écrin, est désormais présentée dans la crypte sud, récemment réaménagée.

Habituellement conservée à l’abri de la lumière en raison de l’extrême fragilité de ses fibres, elle peut désormais être découverte par le public dans des conditions de conservation adaptées. Le moment est particulièrement symbolique. La venue de Léon XIV à Metz s’inscrit autour de thèmes de la paix, de l’unité et de la réconciliation entre les peuples. Or la chape elle-même porte les traces d’une histoire profondément européenne, faite de circulations entre la Sicile, Rome, le monde germanique et Metz.

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Une chape qui n’a pourtant jamais appartenu à Charlemagne

Si son nom est prestigieux, il n’en est pas moins trompeur. L’histoire de cette étoffe n’aurait en effet aucun lien direct avec Charlemagne. Mort en 814, l’empereur carolingien a disparu près de quatre siècles avant la confection de la chape. Les recherches historiques et stylistiques situent aujourd’hui sa fabrication au premier quart du XIIIe siècle, en Italie du Sud.

Pourquoi l’appeler alors "chape de Charlemagne" ? La réponse tient probablement à la mémoire carolingienne profondément ancrée à Metz. La ville entretient depuis des siècles des liens étroits avec l’histoire de la dynastie. Saint Arnould, évêque de Metz au VIIe siècle, est considéré comme l’un des ancêtres des Carolingiens et la cathédrale conserve encore aujourd’hui son célèbre anneau.

Charlemagne lui-même fit de l’abbaye Saint-Arnould une nécropole familiale. Plusieurs membres de sa famille y furent inhumés, parmi lesquels son épouse Hildegarde, ses sœurs, ainsi que ses fils Louis le Pieux - futur empereur - et Drogon, évêque de Metz. L’abbaye devint ainsi, au Moyen Âge, un important lieu de mémoire carolingienne. Une fête solennelle en l’honneur de saint Arnould y était notamment célébrée, chaque 16 août, à l’occasion d’une procession reliant la cathédrale à l’abbaye. Au fil des siècles, cette mémoire carolingienne, profondément liée à la ville et à ses monuments, a peut-être contribué à associer la chape de Metz à la figure de Charlemagne.

Un manteau né dans la Sicile des empereurs

Pour retracer l’origine de la chape, il faut se tourner vers l’Italie du Sud. Les recherches historiques et stylistiques situent sa fabrication au premier quart du XIIIe siècle et l’apparentent plus précisément aux ateliers de Palerme, alors au cœur du royaume de Sicile.

Le manteau en soie rouge, d’une hauteur de 1,44 mètre pour 3,07 mètres de largeur, est richement orné de fils d’or et de soie qui dessinent des aigles et des griffons. C’est ce contexte qui a conduit plusieurs spécialistes à rapprocher la chape de Frédéric II de Hohenstaufen, petit-fils de Frédéric Barberousse, devenu roi de Sicile puis empereur du Saint-Empire. Selon l’hypothèse la plus souvent avancée, il aurait pu la porter lors de son couronnement impérial à Rome, en 1220, par le pape Honorius III. Reste qu’aucun document ne permet aujourd’hui de l’affirmer avec certitude.

Pour comprendre comment un tel vêtement a pu parvenir jusqu’à Metz, un personnage joue un rôle central : Conrad de Scharfenberg. Évêque de Metz depuis 1212 et chancelier du Saint-Empire, il est proche de Frédéric II et participe à son couronnement à Rome. À Metz, il entreprend par ailleurs la reconstruction de la cathédrale au début du XIIIe siècle. Selon la tradition historique, Conrad aurait fait déposer dans le trésor de la cathédrale le manteau de Frédéric II après son couronnement. L’étoffe impériale aurait ainsi rejoint Metz au XIIIe siècle où son destin allait progressivement changer. 

Car le manteau n’est pas resté un insigne de pouvoir. Adapté à son nouvel usage, il est transformé en chape liturgique et porté lors des célébrations religieuses. Un chaperon représentant la Crucifixion est notamment ajouté, ainsi que des ornements évoquant les instruments de la Passion.

Un trésor longtemps invisible

Extrêmement fragile, l’étoffe n’avait, jusqu’à aujourd’hui, jamais pu être exposée durablement. Sa conservation impose en effet des conditions très strictes, notamment une protection contre la lumière et les variations de température et d’humidité. Conservée dans le trésor de la cathédrale, elle n’était présentée au public qu’à de rares occasions.

Rien ne laisse supposer, dans le programme du pape à Metz, que Léon XIV prendra le temps de découvrir ce trésor qui l’attendra dans la crypte.

Désormais, la chape bénéficie d’un nouvel écrin. Le 3 septembre 2026, elle a officiellement quitté son ancien lieu de conservation pour rejoindre la crypte sud, entièrement réaménagée. Elle y est désormais présentée dans une vitrine spécialement conçue pour préserver le textile. Le nouvel espace ouvrira au public lors des Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre 2026, quelques jours avant la venue du pape Léon XIV à Metz, le 28 septembre.

Rien ne laisse supposer, dans le programme du pape à Metz, que Léon XIV prendra le temps de découvrir ce trésor qui l’attendra dans la crypte. On ne peut que souhaiter que ses pas le conduisent jusqu’à elle et que la chape de Charlemagne, après avoir traversé huit siècles d’histoire européenne, puisse rencontrer une nouvelle fois le regard d’un pape.