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À la surface des profondeurs, la vanité des sondages

4 min de lecture
"À la croisée du langage militant et des formules de la communication culturelle, les présentations des spectacles peinent à donner envie de s’unir au public visé", dénonce Henri Quantin.

Crédit : Aleteia

"À la croisée du langage militant et des formules de la communication culturelle, les présentations des spectacles peinent à donner envie de s’unir au public visé", dénonce Henri Quantin.

Comme toutes les idoles auxquelles on confie sa vie, les sondages prescrivent autant qu’ils prédisent, constate l’écrivain Henri Quantin. Et s’ils font l’opinion, ils se trompent régulièrement : ce sont les sondeurs qui vous le disent.

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Un par semaine, deux par semaine, trois par semaine ? Désormais presque aussi quotidiens que le nombre de victimes du coronavirus il n’y a pas si longtemps, les sondages sur la présidentielle tentent jour après jour de replonger la population entière dans les cours d’arithmétique du primaire : Le Pen "+1", Mélenchon "-2", Glucksmann "+0,5"… On croirait lire les cours d’une bourse dont chacun serait actionnaire fébrile. Tomberons-nous une fois de plus dans le piège de l’addiction à feu la Sofres (devenue Kantar TNS, paraît-il) ? Une dose régulière d’IFOP est-elle indispensable à notre santé ? Peut-on vivre sans Ipsos ?

Les sondages pour le premier tour

Autant dénoncés que consultés, les sondages sont moins différents que l’on croit des horoscopes : comme toutes les idoles auxquelles on confie sa vie, ils prescrivent autant qu’ils prédisent. Toujours dénoncés, mais toujours consultés, ils créent l’opinion en prétendant la sonder. À ce jeu, le principal but d’un candidat à l’élection présidentielle est que les sondages lui donnent une chance d’être au second tour face à Marine Le Pen. Les supposées intentions de vote valent adoubement politique et peuvent même remplacer un programme. Quelle que soit la hauteur de vue ou la justesse des propositions des autres prétendants, ils sont sommés de laisser la place aux têtes de liste des sondages, sous peine d’être accusés de faire le jeu de leurs adversaires. On ne manquera pas d’évoquer Christiane Taubira empêchant Lionel Jospin d’affronter Jacques Chirac au second tour, comme si le principal responsable d’un score n’était pas le candidat lui-même.

Les sondages font l’opinion, mais ils se trompent régulièrement.

Les sondages pour le premier tour, les urnes pour le second ? On n’en est pas très loin, quand on voit à quel point il suffit de quelques intentions de vote en plus ou en moins pour transformer un troisième couteau en outsider crédible ou, au contraire, pour pousser vers la sortie une personnalité politique de premier plan.

La fabrique de l’opinion

L’amusant de l’affaire est que les articles qui rappellent le peu de fiabilité des sondages précoces cohabitent avec les analyses détaillées des dernières courbes publiées. Le Figaro propose ainsi une brève étude qui compare, depuis 1980, les sondages du mois de septembre aux résultats de l’élection présidentielle sept mois plus tard. Trois critères sont retenus : les candidats testés sont-ils les bons ? Les sondages donnent-ils les "bons finalistes" (ceux qui seront au second tour) ? L’ordre des candidats aux plus hautes intentions de vote dans les sondages de septembre est-il le même que dans les résultats du premier tour ? Bilan : entre 1981 et 2022, si les cinq candidats en tête en septembre ont été les bons dans six élections sur huit, les sondages n’ont donné les bons finalistes que quatre fois sur huit et ils n’ont jamais classé les cinq premiers dans l’ordre qui a finalement été celui du premier tour. Étonnante dualité, pourtant désormais connue de presque tous : les sondages font l’opinion, mais ils se trompent régulièrement.

La surface des profondeurs

L’étymologie de sondage comporte quelques incertitudes, mais il est certain que le mot tire ses origines du vocabulaire marin. Ce que l’on sonde, au départ, ce sont avant tout les profondeurs de la mer. On en vient alors à se demander si "sondage d’opinion" ne tient pas de l’oxymore, tant les deux mots apparaissent contradictoires. Car l’opinion, cet autre nom du "on" majoritaire et anonyme, cherche rarement au-delà de la surface des choses et de l’écume des événements. Y a-t-il un sens à sonder la surface ? Mieux vaut peut-être sonder les sondages eux-mêmes. Il se peut toutefois que le résultat ne soit guère nouveau et rappelle avant tout l’Ecclésiaste : vanité des vanités de suivre sans cesse le flux et le reflux des opinions mouvantes, tout en s’imaginant que cela peut révéler les secrets des abysses.