Onze ans après son dernier film, le réalisateur Elie Chouraqui plonge les spectateurs dans la Seconde Guerre Mondiale pour raconter l’histoire de son grand-père, héros de l’évacuation des collections du Musée du Louvre. Un long-métrage en salles le 9 septembre porteur d’un sujet passionnant mais souffrant de plusieurs écueils
Mai 1940. L’armée allemande approche dangereusement de Paris. Le directeur des Musées Nationaux organise l’évacuation des collections dont il a la charge. Babi Maklouf Benhamou, algérien de confession juive et gardien de nuit du Musée du Louvre, se voit confier la mission de transporter une partie de ces œuvres d’art hors de Paris, jusqu’en zone libre. Refusant de partir sans les siens, il transformera ce voyage en épopée familiale.
L’art comme lumière
Elie Chouraqui raconte ici un récit qui lui tient particulièrement à cœur, une histoire familiale qu’il porte en lui. En effet, son grand-père protègera au péril de sa vie et de celle de sa famille les œuvres d’art qui lui ont été confiées. Cette histoire méconnue est la force de ce long-métrage. Nous sortons de la séance animés par l’envie que davantage de personnes puissent se voir raconter ce parcours invraisemblable. Le personnage de Babi (interprété par Kad Merad) décrit les œuvres du Louvre comme ce que le génie humain a créé de plus beau. Mettre en danger son existence pour ces collections semble fou, presque insensé. Mais lorsque La Joconde glisse d’un camion, son visage resplendit au milieu des épreuves et semble soudainement justifier cette quête. La beauté de l’art intervient comme un remède lorsqu’au milieu d’un deuil, notre héros admire un autre tableau de Léonard de Vinci, en l'occurrence Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau. Décrivant Jésus comme l’agneau qui accepte le sacrifice, il le présente à sa femme et à ses enfants comme symbole d’espérance.
Une famille au coeur de l’Histoire
Les Héros du Louvre témoigne du désir d’un cinéaste : inscrire l’intime dans la grande Histoire, et ce, notamment au travers de l’utilisation de nombreuses images d’archives. Tantôt reproduites, tantôt montrées dans leur glaçante réalité, elles ancrent le récit dans une vérité oppressante et tragique. Chaque sirène d’alerte fige le monde, chaque passage d’un convoi de soldats allemands désoriente. Tout cela, Elie Chouraqui l’exprime avec sa caméra, de manière plus ou moins réussie selon les séquences. L’emploi de la caméra portée pour augmenter l’immersion dans la diégèse semble à plusieurs reprises assez hasardeux et peine à poser le récit. Tandis que les premières scènes nous enchantent (la poésie qui se dégage de la visite nocturne du Louvre, le jeu de superposition des temporalités du récit), la suite s’enlise quelque peu dans son montage et parfois pèche par le jeu de ses comédiens. Cependant, certaines séquences nous emportent et parviennent à toucher parfaitement juste. Nous pensons tout particulièrement, sans trop en dévoiler, à celle d’une danse silencieuse pleine de grâce, sur fond de débauche et de terreur.
Avant de concrétiser son projet de long-métrage, Elie Chouraqui s’est décidé à publier cette histoire en bande dessinée. Il s’agit d’une série de trois tomes parus entre 2023 et 2024 sous le nom "Le Héros du Louvre". L’emploi du pluriel pour le passage au grand écran appuie cette dimension familiale que le film porte. Cette famille qu’on ne peut laisser derrière soi et à qui l’on transmet tout ce que l’on est et tout ce qui nous anime.
Les Héros du Louvre est donc un long-métrage qui désire faire jaillir la lumière au milieu des épreuves au travers d’une histoire célébrant le beau et la force du lien familial, mais tristement desservi par certains de ses choix de réalisation.
Pratique













