Les résultats de Pisa, étude qui évalue des élèves du monde entier en mathématiques, compréhension de l’écrit et sciences, ont été publiés ce 8 septembre et confirment la baisse généralisée du niveau scolaire des Français. Joachim Le Floch-Imad, enseignant et essayiste, décrypte pour Aleteia les causes de l’effondrement "protéiforme" de l'école et fournit des pistes pour enrayer la crise.
Très attendue, la publication du classement Pisa, ce mardi 8 septembre, ne fait que confirmer la baisse généralisée du niveau scolaire des Français. Réalisée tous les trois ans par l’OCDE, l'étude mesure le niveau de 760.000 élèves de 15 ans issus de 91 pays du monde entier en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences. Le constat est sans appel : les performances moyennes des pays de l’OCDE atteignent leur plus bas niveau jamais enregistré. Une dégradation qui ne concerne d’ailleurs pas seulement la France : partout dans le monde, les élèves rencontrent davantage de difficultés à lire, comprendre et raisonner.
La France n’échappe pas à cette tendance. Elle se classe 34e en mathématiques et 28e en compréhension de l’écrit, avec des résultats en recul de 16 points en mathématiques et de 18 points en lecture par rapport à 2022. Si elle reste dans la moyenne des pays de l’OCDE, ses scores n’en demeurent pas moins les plus faibles enregistrés depuis la création de Pisa en 2000. De quoi interroger le système éducatif français et sa capacité à transmettre les savoirs fondamentaux. Joachim Le Floch-Imad livre une analyse lucide.
Bienvenue sur le nouveau site d'Aleteia !
Nous sommes heureux de vous accueillir sur un site entièrement repensé, réalisé grâce au soutien de nos généreux donateurs.
Si vous appréciez cette nouvelle expérience de lecture, vous pouvez, vous aussi, nous aider à faire vivre Aleteia.
Aleteia : Êtes-vous surpris par le classement PISA publié ce matin ?
Joachim Le Floch-Imad : Absolument pas. Depuis plusieurs décennies, notre école subit un effondrement protéiforme qu'on s'est refusé à voir, et que confirment les données alarmantes publiées par PISA ce matin. Effondrement du niveau : les évaluations pratiquées au cours du collège montrent qu'un collégien sur deux rencontre des difficultés en français et en mathématiques, comme en témoignent les résultats inquiétants des études TIMSS et PIRLS. Une récente note de la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) révèle que le niveau en sciences n’a pas cessé de baisser ces dix dernières années, en particulier celui des meilleurs élèves. Effondrement de l'autorité aussi, la France enregistre le troisième climat scolaire le plus dégradé de l'OCDE. Un cinquième du temps de cours est dilapidé pour des raisons disciplinaires, 100.000 professeurs sont menacés ou agressés chaque année, 1.000 armes blanches étaient en circulation dans nos établissements l'an dernier. Il y a enfin un effondrement de l'Éducation nationale en tant qu'institution : l’Éducation nationale ne donne plus aux professeurs les moyens intellectuels, matériels et moraux de leur mission, d’où la crise des vocations et l'explosion de démissions (+679 % en 15 ans). La faiblesse de la formation initiale et continue du corps enseignant accélère la baisse du niveau des élèves. Le mal qui ronge notre école est extrêmement profond. Les Français doivent ouvrir les yeux sur le fait que la crise que connaît notre système éducatif est plus qu’une crise parmi d’autres et que le point de non-retour est proche.
L’étude PISA montre que les résultats chutent partout dans le monde, pas uniquement en France, notamment en lecture et compréhension de l’écrit. Comment analysez-vous cette baisse généralisée ?
Je crois qu'il y a plusieurs types de causes. Civilisationnelles, d’abord. Le passage de la graphosphère à la vidéosphère, comme l’évoque Régis Debray, les ravages de la surexposition aux écrans, mais aussi la montée des communautarismes et de la violence dans le pays. Notre société s'est retournée contre l'écrit, contre la lecture et contre les valeurs de la transmission. Ensuite il y a des causes idéologiques sur la lecture. Je pense aux conséquences de tous les discours égalitaristes tenus par l'Éducation nationale depuis plusieurs décennies, qui soutiennent l’idée, au fondement du collège unique, qu’il faudrait aligner les exigences sur ce que peuvent apprendre les plus faibles. Je pense aussi à toutes les pédagogies anti-transmissives qui partent du principe que les élèves doivent co-construire leur savoir. On refuse les pédagogies explicites, celles dont les sciences cognitives nous apprennent qu'elles sont les plus efficaces pour transmettre les connaissances et qui sont, pourtant, reléguées au second plan derrière les pédagogies de la découverte.
L'apprentissage de la lecture par la méthode mixte est la plus inefficace de toutes mais est encore de mise dans la quasi-totalité des établissements.
Enfin il y a des causes structurelles : les ministres qui défilent, à un rythme effréné, sont pour l'essentiel sans courage, sans expertise, sans sens du temps long, sans vision pour l'école. Ils laissent celle-ci naviguer à vue au gré de débats toujours plus périphériques comme l'éducation à la sexualité, l'e-sport à l'école, l'éducation à l'alimentation, l'éducation financière, l'âge minimal pour passer le bac, l'organisation des épreuves en période de forte chaleur, etc. Cette démission du politique ouvre la voie à la confiscation de l'école par un État profond qui n'en fait qu'à sa guise, qui réduit le ministre à un rôle de contre-pouvoir et qui perpétue des méthodes dont nous savons pourtant qu’elles ne marchent pas. Je pense en lecture à l'apprentissage par la méthode mixte qui est la plus inefficace de toutes et qui est encore de mise dans la quasi-totalité des établissements, quand bien même les ministres, depuis Jean-Michel Blanquer en particulier, promeuvent le retour à la méthode syllabique. Le Haut-commissariat au plan nous l'apprend cette semaine : la méthode syllabique, la méthode la plus optimale pour apprendre la lecture, est utilisée à peu près par 5% des enseignants en CP. Ce recours à des mauvaises méthodes, que l’absence de labellisation des manuels et le manque de formation ne font qu’aggraver, précipite l’effondrement de la lecture. Et cet effondrement de la lecture résulte dans un effondrement de la maîtrise de la langue et donc de la capacité à être autonome dans son jugement et de la pensée. Aucune discipline, des mathématiques aux sciences en passant par l’histoire-géographie, n’est préservée des conséquences de cette dynamique. La maîtrise de la langue, j’insiste, est au fondement de tout.
Quels remèdes préconisez-vous pour redresser le niveau ?
L'Éducation nationale a d'abord besoin de retrouver le sens de la raison et du temps long, ainsi qu’un cap éducatif fait de politiques de rupture. La priorité, c'est de remettre l'accent, non pas sur la transmission des compétences, des savoir-être et des savoir-faire, mais des savoirs tout courts, et de renouer avec l'idée de la culture encyclopédique : plus on apprend, mieux on apprend. Il faut par ailleurs réhabiliter l'exigence intellectuelle et la culture générale dès le primaire. Ensuite, il y a la nécessité d'avoir des manuels dignes de ce nom, de les labelliser, de mieux former les professeurs, de les revaloriser, de remettre de la sélection à tous les échelons du système éducatif, puisque l'une des principales causes de la baisse du niveau, c'est l'hétérogénéité croissante des classes. Je serais partisan d'une sélection à l'université, d’un rétablissement de la valeur certificative des examens, à commencer par le baccalauréat et le brevet des collèges qui devrait être obligatoire pour passer au lycée. Ensuite, il faut rétablir l'autorité, parce qu'il n'y a pas de transmission des savoirs possibles quand le climat scolaire et disciplinaire est à ce point dégradé, tout en mettant en œuvre une réforme de l’éducation prioritaire et une revalorisation de la voie technique afin d’y flécher davantage d’étudiants qui n’ont pas leur place à l’université. Ces quelques politiques publiques, bien sûr non exhaustives, ne seront néanmoins pas possibles si le politique, en accord avec le verdict des urnes, ne se donne pas les moyens de reprendre la main sur un État dans l’État plus autonome et plus puissant que jamais, d’où le plan de gouvernement que j’ai construit et proposé dans l’ouvrage Main basse sur l’Éducation nationale, qui passe, notamment, par la mise en œuvre d’un spoils system à la française et un dégraissage du Mammouth jamais entrepris depuis cinquante ans.
Pratique












