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Bon voyage, Monsieur Rappeneau

4 min de lecture
Rappeneau

Crédit : Pablo Tupin-Noriega, CC BY-SA 4.0

Avec la mort de Jean-Paul Rappeneau le 1er septembre, c’est une certaine France qui s’en va. Cinéaste de la province, le réalisateur savait conjuguer finesse et culture populaire.

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Jean-Paul Rappeneau est mort le 1er septembre dernier à Paris à l'âge de 94 ans. Peu connu des jeunes générations puisque son dernier film remonte à 2015, le cinéaste a enchanté les plus anciens par des œuvres vives, pétillantes et spirituelles. Il était né à Auxerre en 1932 et a sorti son premier long métrage en 1966. En cinquante ans de carrière, il n'aura réalisé que huit films tant il accordait du temps à les peaufiner pour en faire de véritables petits bijoux cinématographiques.

Le goût des films d’époque

Son goût des épopées comme des histoires plus intimes lui a valu une production très variée avec une préférence marquée pour les films d'époque qui totalisent la majorité de ses œuvres couvrant un vaste spectre historique : le XVIIe siècle pour Cyrano de Bergerac (1990) d'après la pièce d'Edmond Rostand, la Révolution française pour Les Mariés de l'An II (1971), le XIXe siècle avec Le Hussard sur le toit (1995) d'après le livre de Jean Giono et la Seconde Guerre mondiale avec La Vie de château (1966) et Bon voyage (2003). Trois films se déroulent à l'époque contemporaine : Le Sauvage (1975), Tout feu, tout flamme (1982) et le dernier, Belles familles (2015).

Jean-Paul Rappeneau savait s'entourer des meilleurs comédiens dont ceux qu'il appréciait plus particulièrement ont joué dans deux de ses films : Catherine Deneuve dans La Vie de château et Le Sauvage, Isabelle Adjani dans Tout feu, tout flamme et Bon voyage, Yves Montand dans Le Sauvage et Tout feu, tout flamme sans oublier Gérard Depardieu dans Cyrano de Bergerac et Bon voyage, sans doute les deux plus connus. C'est d'ailleurs pour Cyrano que son auteur a reçu, en 1991, le César du meilleur film et celui du meilleur réalisateur, de même que le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.

Un cinéaste de la province

Jean-Paul Rappeneau n'a pas non plus hésité à confier des rôles titres a de jeunes débutants qui n'en ont pas toujours obtenu d'aussi bons dans la suite de leur carrière : Anne Brochet dans Cyrano, Oliver Martinez dans Le Hussard ou Grégori Dérangère dans Bon voyage. Comme en témoigne le titre de son premier court métrage professionnel sorti en 1958, Chronique provinciale, Jean-Paul Rappeneau était, un peu à la manière d'Éric Rohmer, un cinéaste de la province pour lequel le paysage, non seulement servait de cadre, mais jouait un véritable rôle dans le déroulement de l'action. Sept de ses huit films se passent dans l'Hexagone de telle sorte qu'ils offrent au spectateur un véritable tour de France : la Normandie pour La Vie de château, la Provence pour Le Hussard sur le toit, l'Aquitaine pour Bon voyage et la Touraine pour Belles familles pour ne citer que ces films.

À côté de sa carrière de réalisateur, Jean-Paul Rappeneau a aussi été un scénariste inspiré. Si dans les films virevoltants de Philippe de Broca, on croit y retrouver son style, comme L'Homme de Rio (1964) et Le Magnifique (1973), interprété par Jean-Paul Belmondo, tout comme Les Mariés de l'An II où celui-ci tenait aussi le rôle principal au côté de Marlène Jobert, c'est que le réalisateur de cette dernière pellicule était aussi le scénariste des deux premières.

Finesse et culture populaire

Ce qui restera de Jean-Paul Rappeneau et qui appartient à une époque qui semble aujourd'hui révolue, c'est qu'il savait conjuguer finesse et culture populaire, avec une intelligence qui ne se confondait pas avec l'intellectualisme et un humour qui ne connaissait pas la vulgarité.

Merci Monsieur Rappeneau de nous avoir montré de belles familles, heureuses comme les mariés de l'An II, de nous avoir rappelé que le sauvage peut mener la vie de château, de nous avoir permis, tout feu tout flamme, de nous prendre pour un hussard sur le toit ou bien encore pour Cyrano de Bergerac. Pour votre dernier travelling vers les paysages éternels, nous vous souhaitons un bon voyage.