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Après un été calamiteux, les Français devant la gravité de la crise agricole

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JEAN-ETIENNE-RIME-TRIBUNE-ALETEIA.

Crédit : Aleteia

Après un été calamiteux, les paysans doivent mener de nombreuses batailles pour inverser la tendance de fond qui lamine le monde agricole. Demain, nous pourrions avoir faim, avertit notre chroniqueur Jean-Étienne Rime, mais tous les Français peuvent jouer un rôle dans cette crise pour rendre à la France sa souveraineté alimentaire.

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"La France a faim." Cette phrase lapidaire n’est pas le début d’un livre d’anticipation, elle est peut-être la conséquence de ce que vit l’agriculture d’aujourd’hui. Entre les effets du réchauffement climatique, les hausses des tarifs douaniers, la concurrence des marchés étrangers et le manque de connaissance et de discernement des consommateurs, l’agriculture va droit vers des dépôts de bilan financiers et pire, humains, tant le moral des paysans est bas, très bas.

Un été calamiteux

La France rurale vient de vivre un été calamiteux, les récoltes sont faibles et parfois inexistantes, faute d’eau. Cette bataille de l’eau est la toute première à lancer et vite. Sans irrigation, les cultures sont condamnées, mais sous les coups conjugués des politiques déterminées dans les campagnes et suivistes à Paris, d’une haute administration hors-sol et d’écologistes militants aveugles, les Français ne comprennent pas : ils ont peur de manquer d’eau. Cette eau, elle existe et elle a été captée depuis des siècles. Prenons l’exemple de cette commune du Maine-et-Loire où il y avait 150 fermes, et qui n’en comprend plus maintenant que trois ; il y avait autant de mares que de fermes, voire plus et donc autant de retenues d’eau qui ont disparu ou ne sont plus utilisées à des fins de culture. 

«Hier exportatrice, la France est importatrice de biens alimentaires alors que nous avons les terres généreuses qui ont toujours nourri les populations. »

Cette eau, elle existe : on a tous appris à l’école le cycle bleu de l’eau, de la source à l’océan en parcourant rus, rivières et fleuves. On oublie le cycle vert, l’évapotranspiration qui recycle l’eau sur un territoire. Créer des réservoirs qui ne seront pas nécessairement des mégabassines, planter et organiser les espaces cultivés avec des haies et des bosquets, et les cultures redeviendront productives. Encore faut-il que les autorisations soient données, là où d’autres pays comme l’Espagne ont compris les nécessités de maîtriser le cycle de l’eau. Encore faut-il que l’on ne rêve pas de la ferme idéale d’antan dans laquelle aucun urbain ne tiendrait pas plus d’une semaine, mais que l’on comprenne les exigences d’une agriculture moderne, tenant compte de la vie des hommes et des femmes qui y travaillent.

Aider les agriculteurs

La bataille de l’eau est la première à lancer. La situation de beaucoup d’exploitations est aujourd’hui tragique. Pas de rentrées, pas de trésorerie pour acheter les semences pour les semis qui sont déjà bien lancés avec les colzas et vont continuer avec les céréales. Ce n’est pas la seule bataille à mener pour inverser les tendances. Hier exportatrice, la France est importatrice de biens alimentaires alors que nous avons les terres généreuses qui ont toujours nourri les populations. D’autres combats sont à mener : la suradministration et les normes pesantes, le revenu des agriculteurs et leur formation, la promotion des métiers ruraux, les barrières douanières et les taxes en tous genres… Les chantiers sont nombreux et surtout urgents. Nous pourrions avoir faim et déjà l’on annonce des augmentations des prix pour le pain, les pâtes et autres produits céréaliers en sachant bien que cela va avoir des incidences sur tous les produits alimentaires.

«Le deuxième rôle des consommateurs consiste à préférer le local. Tant pis si nous n’avons pas de tomates en hiver mais les savoir venir du Maroc ou du sud de l’Espagne au prix d’un désastre économique et écologique devrait faire réfléchir.»

La majeure partie des Français qui vivent dans les villes ou les bourgs ont un rôle à jouer dans cette crise agricole. Le premier consiste à écouter et épauler les agriculteurs plutôt que les insulter quand ils utilisent une rampe de traitement, les mépriser parce qu’ils n’ont pas un élevage comme ceux des dessins animés et des fermes pédagogiques "idéales", les critiquer quand ils arrosent. Avant de juger, il faut connaître et comprendre et ce ne sont pas les réseaux sociaux qui donneront l’analyse la plus fine sur les réalités agricoles : il faut mettre des bottes !

Préférer le local

Le deuxième rôle des consommateurs consiste à préférer le local. Tant pis si nous n’avons pas de tomates en hiver mais les savoir venir du Maroc ou du sud de l’Espagne au prix d’un désastre économique et écologique devrait faire réfléchir. Nous sommes les premiers consommateurs de whisky par habitant, quand le cognac se désespère. Cet exemple parmi tant n’est pas une incitation à boire de l’alcool mais à faire des choix de consommation et de goût !

Enfin, invitons l’individu-consommateur à abandonner un instant ses écrans de bureau et d’appartement, les trottoirs gris des villes aux odeurs minérales et incertaines pour prendre le temps de goûter la campagne des sentiers et layons, sentir les parfums d’humus, écouter le silence rompu par les oiseaux ou un tracteur au travail. Il se souviendra peut-être d’une histoire de famille un peu fanée dans laquelle un ancêtre cultivait cette belle terre nourricière. Il vivra aussi un vrai bonheur, celui des choses vraies. La nature ne ment pas.