Quelque 5.000 personnes ont participé ce dimanche 6 septembre à la troisième édition du Paris Églises Tour, une course unique en son genre mêlant sport et foi. De bon matin, depuis le parvis de l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal, les participants ont parcouru dix kilomètres à travers la capitale, reliant dix églises jusqu’au Sacré-Cœur. Une course où l’essentiel ne se mesure pas seulement au chronomètre.
Il est à peine 8h00 et Paris s’éveille en ce dimanche 6 septembre. Mais sur le parvis de l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal, dans le XVIᵉ arrondissement, l’ambiance bat son plein. Des dizaines de coureurs arborant un dossard rose fuchsia s’échauffent avant la course, au son des chants de louange. Certains trottinent quelques mètres, d’autres étirent leurs jambes ou discutent en petits groupes. En cette matinée ensoleillée, les visages sont souriants, les conversations vont bon train. À quelques minutes du départ, l’impatience se lit déjà sur les visages des 5.000 participants de cette troisième édition du Paris Églises Tour, organisée par Holy Games, l’association de l’Église catholique qui développe le lien entre le sport et la foi.
La joie, la foi et l’espérance au coeur de la course
Dans cette foule, les profils se mêlent. Aliénor, 23 ans, court avec sa maman. Comme de nombreux participants, elle a découvert la course sur les réseaux sociaux. Pour la jeune femme, c'est une belle occasion de vivre sa foi différemment, mais aussi de partager un moment privilégié avec sa mère. Pour Anne, 44 ans, c’est aussi une aventure familiale qui se vit dans la joie. Aux côtés de son époux et de son beau-frère, elle participe à la course, sous le regard fier de ses trois enfants, âgés de 15, 10 et 7 ans. Pour elle, cette participation a presque des airs de clin d’œil de la Providence. "J’étais ravie de constater que le départ se fait dans notre paroisse, à Sainte-Jeanne-de-Chantal, et l’arrivée au Sacré-Cœur." Mais avant de s’élancer, la famille prend un temps de prière dans la chapelle Notre-Dame des sportifs. Pas question pour autant de courir après un chrono. "Il n’y a pas de pression. Les premiers sont les derniers et les derniers seront les premiers", sourit cette professeure des écoles. Le programme est déjà tout trouvé : franchir la ligne d’arrivée, assister à la messe, puis partager un pique-nique en famille. "Une journée placée sous le signe de la joie, de la foi et de l’espérance", se réjouit Anne.
À quelques mètres de la ligne de départ, Roseline, 22 ans, et Jordane, 21 ans, affichent un mélange d’excitation et d’appréhension. Tous deux viennent du diocèse de l’Essonne (91) et s’apprêtent à relever un défi inédit : leur toute première course sportive. Mais au-delà du simple fait de courir, les deux jeunes voient dans cet événement quelque chose de symbolique. "Je suis contente que cette course soit sous le signe de la foi, c’est très important pour moi", confie Roseline. Jordane, lui, cherchait surtout à vivre une expérience différente : "J’avais envie de faire quelque chose qui change des pèlerinages ou des concerts chrétiens."

Un peu plus loin, cinq amies se regroupent avant le départ. Elles se connaissent bien et, surtout, connaissent déjà le Paris Églises Tour. "C’est une belle course, on sent que nous sommes portées par notre foi", confie l’une d’elles. Pour ces trentenaires, c'est aussi un moyen très concret de porter ses intentions de prière. "On les éprouve physiquement. On sent qu’on porte autre chose que notre fatigue, notre difficulté", expliquent-elles.
Paris, église après église
Un dernier compte à rebours, quelques encouragements, et le peloton se met en mouvement. Les coureurs filent sous la bénédiction du père Nicolas Berthier, curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal, tandis que les familles et les groupes d’amis les encouragent. Derrière eux, Sainte-Jeanne-de-Chantal disparaît peu à peu. Le parcours s’annonce magnifique : Saint-François-de-Molitor, Notre-Dame-de-Grâce de Passy, Saint-Pierre de Chaillot, Saint-Philippe-du-Roule, Saint-Augustin ou encore Saint-Pierre de Montmartre jalonnent leur route…
Quelques kilomètres plus loin, l’ambiance a changé. Les groupes se sont étirés, les conversations se font plus rares et les foulées plus régulières. Pour Camille, 25 ans, policière et habituée des courses de trail en compétition, le parcours offre une expérience différente de ses épreuves habituelles. Venue presque par hasard, elle apprécie particulièrement les encouragements qui jalonnent le parcours. "Les pancartes avec les citations bibliques m’ont donné beaucoup de motivation", raconte-t-elle, retenant aussi "la joie de vivre des gens". Au cinquième kilomètre, une bénédiction attend les coureurs. "C’est le plus beau moment de la course", confie Vincent, 31, pour qui "toutes les initiatives sont bonnes à prendre pour évangéliser dans les espaces publics".
Parmi les coureurs, Isaure ne passe pas inaperçue. À 22 ans, elle s’était déjà fait remarquer quelques mois plus tôt au Marathon de Paris, qu’elle avait couru en 3h50, vêtue d’une robe de bal rouge et coiffée d’un diadème. Une tenue volontairement spectaculaire pour attirer les regards et sensibiliser aux soins palliatifs, une cause qu’elle défend notamment avec l’association Helebor. Cette fois, pas de robe de princesse, mais toujours une couronne et une écharpe. L’intention reste la même : profiter de la visibilité offerte par la course pour faire passer un message. Une façon, elle aussi, de transformer les kilomètres en moyen de porter une cause qui lui tient à cœur.
"Une sacrée arrivée !"
Encore quelques kilomètres… Johaquime, 53 ans, souffle aux côtés de son ami Fred, 49 ans. Mais cette course a une saveur particulière pour lui car c’est le jour de son anniversaire. Les deux amis s’encouragent avant la dernière partie du parcours, qui réserve son lot de difficultés : la montée vers Montmartre. Car si les dix kilomètres sont accessibles à tous, les derniers mètres ne sont pas les plus faciles. La pente se fait sentir dans les jambes. "C’est assez rude", confie Camille.

Si tous les participants gardent cette montée en souvenir, les sourires prennent largement le dessus sur la fatigue à l’arrivée. Axel, Alexandre et Félix, tous les trois de la paroisse Sainte-Cécile à Boulogne, savourent le paysage qui s’offre à eux. Habitués à courir ensemble tous les samedis, ils ont notamment participé au semi-marathon de Paris avec leur évêque, Mgr Matthieu Rougé. Aujourd’hui, ils apprécient surtout de pouvoir courir dans une ville rendue, le temps d’une matinée, à ceux qui la traversent. "Avoir Paris pour nous, c’était une chance !", s'exclame Alexandre. Et après dix kilomètres, leur constat est unanime, au pied du Sacré-Cœur de Montmartre : "C’est une sacrée arrivée !"
Au sommet, le parcours s’achève. Les derniers coureurs franchissent la ligne, accueillis par les applaudissements et les sourires de leurs proches. Louis-Marie, 36 ans, en est à sa troisième participation. Et chaque année, il est particulièrement fier de vivre cette course en famille. "Je cours les dix kilomètres tandis que mon épouse marche cinq kilomètres avec nos quatre enfants, âgés de 9, 6, 4 et 2 ans. La course s’est bien professionnalisée et les participants sont de plus en plus nombreux. C’est super !", se réjouit-il.
Les dossards roses se mêlent désormais sur le parvis du Sacré-Cœur. Après dix kilomètres de course, de prière et de rencontres, les participants prennent le temps de souffler. Mais la matinée, elle, n’est pas tout à fait terminée. Après l’effort, place à la messe : une dernière étape pour rendre grâce et prolonger ce moment vécu ensemble. Car, au-delà des kilomètres parcourus, chacun aura finalement porté quelque chose : une intention de prière, une cause, un défi personnel ou simplement la joie d’être là.













