Aller au contenu principal

Ces prêtres étrangers en mission pastorale, comment les accueillons-nous ?

6 min de lecture
"Les jeunes, les exclus, les fidèles, les malades : tous seront rencontrés et, finalement, emmenés spirituellement vers ce qui sera l’aboutissement de ce voyage, la ville de Metz", commente le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille.

Crédit : Aleteia

Pour le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, les chrétiens de France ne sont pas nombreux mais en nombre suffisant pour porter le message de paix de l’Évangile.

Nos diocèses accueillent des prêtres étrangers en mission pastorale dans nos villes et nos campagnes. Le choc de leur arrivée en France est souvent brutal, remarque le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille. Que savons-nous de leur histoire ? Que peuvent-ils nous apporter ?

Partager sur :

En cette rentrée de l’année pastorale, de nombreuses paroisses accueillent sous leurs clochers des prêtres "venus d’ailleurs". L’expression de plus en plus en usage dans nos diocèses souligne bien les ravages de cette novlangue qui n’arrive plus à désigner de peur de discriminer. J’avoue quant à moi que s’il m’arrivait de partir exercer mon ministère dans un autre pays, je préfèrerais que l’on me dissocie de cet "ailleurs" qui m’assimile plus à un martien qu’à un humain ! N’est-il pas plus heureux de parler « d’étrangers » ? L’étranger n’est pas un qualificatif méprisant : il introduit une notion de surprise, de mystère, d’inconnu. Mais en quoi cela devrait-il être péjoratif ? C’est précisément parce qu’il porte en lui le mystère du mal connu ou de l’inconnu, que l’étranger est précieux. Les mages de la crèche, riches de cette étrangeté, comblent de cadeaux celui qui les reçoit.

Rien que des apôtres

Parmi ces prêtres, nombreux sont ceux qui viennent du continent africain. Il reste aussi, au passage et à ce sujet, une question sémantique qui dit à bas bruit ce que nos lèvres ne formulent plus. À leur sujet, on parlera de « prêtres africains ». Mais parle-t-on de prêtres asiatiques lorsqu’ils arrivent du Vietnam, ou de prêtres américains pour les Brésiliens ? Pour ne rien dire des Portugais : sont-ils juste des prêtres européens ? L’Africain, lui, qui n’a que peu décidé de ses frontières, se voit assimilé d’emblée à une masse immense. Du Rwanda au Bénin, de Djibouti au Congo, du Kenya au Mali, on ne parle plus que d’Africains. 

L’histoire de la mission sur le continent noir devrait pourtant nous ouvrir l’intelligence à un peu plus de finesse sur la diversité des cultures. Les missionnaires étaient envoyés pour annoncer l’Évangile, ce qui est le principe de la mission, en aucun cas pour établir une culture européenne. C’est en quelque sorte la formule lapidaire du pape François aux participants au chapitre général des Missionnaires d’Afrique le 13 juin 2022 : "Soyez des apôtres, rien que des apôtres !" tout en leur défendant de se comporter en chef d’entreprise, en savant conférencier ou en "magicien" de l’informatique, mais leur demandant de demeurer des témoins. Saint Jean-Paul II évoquait déjà cette question dans Ecclesia in Africa (1995) en citant Paul VI : "Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires. L’Église du Christ est vraiment implantée sur cette terre bénie", soulignant le passage d’une Église importée à une Église incarnée dans les cultures du continent africain. 

Des siècles plus tôt

Des siècles plus tôt, distinctement de l’époque coloniale, les missionnaires ont d’abord cherché à susciter des Églises indigènes en permettant à un clergé local d’émerger et de prendre progressivement la responsabilité des communautés. Le grand bazar colonial nous a fait alors confondre cette stratégie missionnaire avec les fantasmes de création d’empires. Notre regard sur ces peuples en a été profondément modifié. Nous les voyons désormais comme appelés à devenir ce que nous sommes après qu’ils aient refusé de devenir partie intégrante de nos systèmes géopolitiques. C’est ce qu’exprimait la désolante et ignorante invitation lancée il y a quelques années par un président déchu qui invitait les Africains à « entrer dans l’Histoire ». Eux qui souffrent, à les entendre, d’un trop plein d’Histoire, souvent douloureuse et marquée par bien des blessures !

Totalement déboussolé

Voici donc aujourd’hui que nos diocèses appellent ces prêtres de nombreux pays africains à venir remplir des missions pastorales dans nos villes et nos campagnes. Nous devrions nous émerveiller en premier lieu de ce patrimoine que nous avons en partage et, en dépit des blessures infligées, qu’ils ont conservé avec zèle et attachement : celui de notre langue commune puisque beaucoup arrivent de nations francophones. Avant de s’agacer d’un accent parfois prononcé, ne devrions-nous pas être heureux que cette langue française puisse continuer à résonner du nord au sud avec tant de bonheur ? Ceux qui arrivent, souvent, ne connaissent que peu de choses de nous, sinon les clichés que nous véhiculons volontiers et que les réseaux sociaux amplifient jusqu’au délire. 

Je me souviens d’un confrère burundais m’expliquant qu’à son arrivée, il avait d’abord cru à une crise de palu avant de comprendre au bout de quelques jours qu’il avait pour la première fois de sa vie fait l’expérience d’avoir froid. Je me souviens aussi d’un autre, congolais, m’expliquant qu’il avait été un jour convoqué par son vicaire général lui expliquant qu’il partait dans trois mois pour la campagne française et qu’il devait en urgence se faire faire un passeport. Comment en arrivant à Roissy il avait mis quatre heures à trouver la personne qui devait l’y récupérer puis, déposé à la gare TGV parisienne, il était arrivé en express dans son village à la tombée de la nuit, totalement déboussolé et sidéré. 

Manifester notre reconnaissance

Beaucoup débarquent dans nos paroisses sans rien savoir de nos coutumes et de nos mœurs : le choc est souvent brutal. On pourrait espérer qu’en amont, dans leurs pays d’origine, ils puissent recevoir une formation plus étoffée et plus précise sur ceux auxquels ils sont envoyés, comme en bénéficient par exemple les missionnaires français qui partent en Asie via les Missions Étrangères de Paris.

Mais nous pouvons déjà manifester notre reconnaissance pour leur aide et leur présence en nous intéressant à leurs pays, à leurs cultures, à leurs habitudes, en écoutant aussi leurs inquiétudes, en accueillant leurs étonnements et, pourquoi pas aussi leurs critiques. Leurs discours peuvent parfois nous heurter, sans doute à la mesure dont notre manière de croire et d’exprimer notre foi peuvent les surprendre. Ils ne viennent pas d’un ailleurs flou et indistinct, mais d’une terre étrangère qui se révèle pour notre salut comme la terre du prochain.