La guérison intérieure est pour tous, qu’il s’agisse de blessures anciennes, d’une période de doute ou simplement du désir d’approfondir sa vie intérieure et de transformer ses fragilités en une espérance nouvelle. Telle est la conviction du thérapeute catholique Bob Schuchts qui, dans son ouvrage "Sois guéri ! La puissance restauratrice de l’amour de Dieu", paru en juin 2026, propose un chemin pour aller à la racine de nos blessures et les traverser sous le regard de Dieu. Le spécialiste américain revient pour Aleteia sur les clés de cette démarche et donne des conseils concrets pour les mettre en pratique. Entretien.
Nous portons tous en nous des blessures. Certaines sont bien identifiées, d’autres plus enfouies, mais elles peuvent continuer à influencer notre manière de nous regarder, d’entrer en relation avec les autres… et même avec Dieu. Comment reconnaître ces blessures ? Que faire pour en guérir ? Et quelle place la foi peut-elle prendre dans ce chemin de guérison ? C’est à ces questions que Bob Schuchts consacre son travail depuis de nombreuses années. Thérapeute catholique et fondateur, aux États-Unis, du John Paul II Healing Center, il défend une approche globale de la personne, dans laquelle corps, âme et esprit sont profondément liés. Dans son livre Sois guéri ! La puissance restauratrice de l’amour de Dieu (éd. Première Partie), paru en juin 2026, il montre comment des blessures anciennes peuvent continuer à affecter les relations, l’image de soi et jusqu’à la relation à Dieu. Pour Aleteia, Bob Schuchts explique comment les reconnaître et avancer sur un chemin de guérison intérieure où psychologie, prière, pardon et sacrements peuvent se rejoindre.
Aleteia : Dans votre livre Be Healed, vous explorez de nombreuses blessures — rejet, abandon, trahison, honte, traumatisme… Comment ces blessures peuvent-elles continuer à affecter notre vie, parfois même sans que nous en ayons conscience ?
Bob Schuchts : Les recherches ont montré que les blessures de notre passé continuent à se manifester dans notre présent. Notre esprit et notre corps gardent en mémoire les expériences douloureuses et les traumatismes qui n’ont pas été résolus. Tant que ces traumatismes ne sont pas guéris, ils peuvent affecter nos relations actuelles, ainsi que notre santé physique, spirituelle et psychologique. Une souffrance qui n’est pas transformée finit par se transmettre dans nos relations les plus proches, qu’il s’agisse de la famille, des amitiés ou des communautés religieuses.
Quels signes aident à reconnaître qu'une blessure du passé affecte encore notre vie aujourd'hui ?
Les plus récurrents sont le refus de pardonner, les problèmes relationnels récurrents, les zones de honte ou peurs persistantes, les distorsions de l'image de Dieu, les compulsions et addictions, l’isolement…
Le processus de guérison porte pleinement ses fruits lorsqu’il est guidé par l’Esprit Saint.
D’après votre expérience, quelles sont les idées reçues les plus fréquentes concernant la guérison intérieure, et qu’est-ce qui nous empêche souvent de guérir ?
On pense parfois que seules les personnes ayant vécu des traumatismes majeurs ont besoin d’une guérison intérieure. En réalité, nous en avons tous besoin, car il existe en chacun de nous des dimensions de notre vie qui ne sont pas encore pleinement unifiées ni en communion avec Dieu et avec les autres.
Comment mettre ses blessures en lumière, surtout lorsqu’on n'en a pas pleinement conscience ?
Lorsque nous prenons conscience de difficultés relationnelles persistantes ou de luttes personnelles récurrentes, celles-ci peuvent nous révéler notre besoin d’une guérison plus profonde. Le processus de guérison porte pleinement ses fruits lorsqu’il est guidé par l’Esprit Saint, qui met en lumière ce qui a besoin d’être guéri et nous conduit à présenter nos blessures et notre cœur à Jésus afin qu’il les guérisse. Il s'agit ensuite de se tenir prêt à recevoir cette révélation. Nous pouvons également nous faire aider par un thérapeute, un accompagnateur spirituel, un prêtre, un ami ou notre conjoint.
Quelle distinction faites-vous entre guérison physique, émotionnelle et spirituelle ? Ces différentes formes de guérison sont-elles liées entre elles ?
La guérison physique concerne les blessures du corps, les maladies ou les infirmités. La guérison psychologique porte sur les blessures de l’âme causées par les déformations de l’amour et les relations brisées. Quant à la guérison spirituelle, elle concerne notre relation avec Dieu et restaure la grâce là où le péché nous a affaiblis.
Toutes les sources de grâce présentes dans l’Église permettent à l’action guérissante de Dieu de se déployer dans notre vie et dans celle des autres.
Ces différentes dimensions sont souvent envisagées séparément, mais une vision catholique — et donc globale — de la personne les considère comme profondément liées. De nombreux maux physiques peuvent être liés à des blessures psychologiques ou à des péchés qui affectent notre vie spirituelle. De même, les blessures de notre âme peuvent influencer notre relation avec Dieu. Nous sommes une seule et même personne — corps, âme et esprit. Nous avons donc besoin d’être considérés dans notre intégralité, et non comme un ensemble de parties fragmentées ou de symptômes à traiter séparément.
Concrètement, quels outils la foi chrétienne nous offre-t-elle pour nous aider à guérir de nos blessures intérieures ?
L’Église a une mission de guérison, car Jésus est venu guérir la personne tout entière — corps, âme et esprit. La guérison est une rencontre permanente avec l’amour et la vérité de Dieu, qui nous conduit vers l’unité intérieure et la communion, et qui conforme notre vie à celle du Christ. Toutes les sources de grâce présentes dans l’Église — son enseignement, les sacrements, une vie communautaire saine, mais aussi l’action au service des autres, la prière pour la guérison et le pardon — permettent à l’action guérissante de Dieu de se déployer dans notre vie et dans celle des autres.
Comment s'inscrivent-il concrètement dans un véritable processus de guérison intérieure ? Et comment les mettre en pratique dès aujourd’hui ?
Par exemple, concernant le pardon, nous pouvons imaginer la personne qui nous a blessés devant nous et lui dire en quoi elle nous a fait du mal. En présence de Jésus, nous pouvons exprimer notre colère, notre peur et notre tristesse. Ensuite, nous pouvons présenter cette personne à Jésus au pied de la Croix et l'entendre prononcer des paroles de pardon. Dans le sacrement de réconciliation, nous pouvons nommer non seulement les comportements pécheurs, mais aussi les attitudes profondes de notre cœur à l'origine du péché — en particulier les rancœurs liées à des blessures non résolues et les peurs qui révèlent un manque de confiance en Dieu — ainsi que les jugements portés sur nous-mêmes et sur les autres.
Dans l'Eucharistie, nous pouvons prier en suivant le déroulement de la messe tout en nous concentrant sur un aspect nécessitant une guérison : lors de l'acte pénitentiel, demander pardon pour nos rancœurs ou nos jugements ; durant la prière universelle, prier pour la personne qui nous a blessés ; à l'offertoire et à la consécration, offrir à Jésus en croix la blessure dont nous souffrons ; au moment du Notre Père et du geste de paix, pardonner à ceux qui nous ont fait du mal ; et lors de la communion, inviter Jésus à révéler son amour et sa vérité là où nous luttons actuellement ou là où résident nos blessures passées. Nous pouvons ensuite offrir une prière d'action de grâce. Dans toutes ces démarches, nous pouvons demander à Jésus de restaurer notre identité de fils ou de filles bien-aimés, là où nous avions adopté une fausse identité façonnée par nos blessures.
Pratique










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