À la seule évocation du prénom Jézabel, l’imaginaire s’enflamme et des images malveillantes fusent… Pour quelles raisons cette reine de la Bible honnie a-t-elle fait l’objet de tant de préjugés négatifs ? Osons partir à sa rencontre !
Souvent décrite comme la reine de la perversion, Jézabel n’avait pourtant initialement aucune raison d’hériter d’une telle réputation. Originaire de Phénicie, elle est la fille d’Ittobaal, roi de Tyr et de Sidon. Cette princesse d’un riche royaume épousa le roi d’Israël Achab, sur qui elle prit cependant rapidement l’ascendant. En effet, et ainsi que nous le précise la Bible, très vite soumis à cette influence, le roi adopta le culte païen de son épouse en servant lui-même avec ferveur Baal (ba’al en hébreu), le seigneur des divinités cananéennes. Un comble d’impiété pour le septième roi d’Israël nous rappelle le Livre des Rois de l’Ancien Testament : "Acab, fils d’Omri, fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, plus encore que tous ceux qui l’avaient précédé"(1R 16,30).

Les Cananéens, et par là même le père de Jézabel, adoraient en effet cette divinité associée au culte de la fertilité, de la pluie et de la tempête. Ainsi apprenons-nous, toujours dans le Livre des Rois, que la reine Jézabel convainquit son époux non seulement de servir Baal, mais également de lui consacrer un autel et des temples. Pire, la jeune reine, décidément prête à tout, alla plus loin encore, nous précise le Livre des Rois : "Ainsi, lorsque Jézabel avait supprimé les prophètes du Seigneur, Abdias avait pris cent prophètes, les avait cachés, cinquante à la fois dans une grotte, et les avait approvisionnés en pain et en eau" (1R 18,4). La reine n’avait en effet pas hésité à faire massacrer les prophètes de Yahvé en qui elle voyait une concurrence dangereuse pour la foi de son peuple…
Cet épisode biblique révèle le polythéisme régnant encore bien ancré dans la société antique du Proche-Orient et les divisions que celui-ci provoquait, menaçant ainsi un monothéisme encore fragile, même parmi ses fidèles si l’on considère le faible roi Achab…
La "légende noire" de Jézabel…
De ces actes iniques allait naître une "légende noire", déjà dénoncée par saint Ambroise de Milan qui voyait en Jézabel l’incarnation même de l’impiété et de l’injustice. Il suffira pour s’en convaincre d’évoquer encore ce triste épisode que nous relate la Bible et qui fut, de nouveau, inspiré par cette femme décidément prête à tout : Naboth possédait une vigne qui jouxtait le palais d’Achab, mais ce dernier cherchait par tous les moyens à l’acquérir. Cependant, devant le refus persistant de Naboth de se séparer de ce bien, qu’il détenait par héritage, Achab s’en ouvrit à son épouse. Jézabel inspira alors au roi une manœuvre démoniaque : "Placez en face de lui deux vauriens, qui témoigneront contre lui : "Tu as maudit Dieu et le roi !" Ensuite, faites-le sortir de la ville, lapidez-le, et qu’il meure !" (1R 21,10). Ce faux témoignage orchestré par la reine aboutit à ses fins, Naboth fut condamné pour atteinte au roi, lapidé, et sa vigne revint alors au roi Achab… Mais, Jézabel n’allait pas se limiter à ces turpitudes et n’hésita pas, de plus, à persécuter le prophète Élie. Le prophète sut, cependant, triompher des prophètes païens de la reine lors du fameux épisode du grand sacrifice sur le Mont Carmel. En effet, Élie mit au défi les 450 prophètes de la reine – nous précise la Bible – en leur demandant que leur dieu parvienne à mettre le feu à un immense bûcher. Devant leur échec, Élie implora alors le Seigneur dont le feu dévora l’ensemble de l’autel et tout ce qui l’entourait. Élie exigea alors que l’ensemble des prophètes de Baal soient égorgés, ce qui fut fait au ravin de Qishone…

Jézabel connut elle-même un destin tragique aussi terrible que ses basses œuvres. Elle fut défenestrée, piétinée par des chevaux et ses restes furent dévorés par les chiens, selon la prophétie qui avait annoncé sa fin. Mais la "légende noire" de Jézabel n’allait pas pour autant s’arrêter là ! Chaque siècle se remémora, en effet, cette mauvaise reine de la Bible dont on n’est pas certain – il faut néanmoins le souligner - qu’elle ait réellement existé. Ainsi, Racine en livrera un témoignage passé à la postérité des lettres classiques et de nombreux chanteurs d’Édith Piaf à Giveon en passant par Aznavour continueront même à évoquer son nom. "L’esprit de Jézabel", tel un "mauvais esprit", est encore de nos jours invoqué à titre d’injure ou à l’encontre de personnes que l’on entend diffamer… La "légende noire" de Jézabel semblant encore nous hanter…










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