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Pourquoi le débat est une école du leadership

5 min de lecture
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Crédit : Aleteia

Au seuil d’une année électorale, le consultant en entreprise Pierre d’Elbée montre comment la pratique du débat est une école de leadership. L’art du débatteur n’est pas seulement de parler ou de convaincre, mais celui de prendre position en argumentant à l’épreuve d’autrui. 

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Comment favoriser l’émergence du leadership ? Par une formation au débat qui développe l’affirmation de soi. Une étude conduite par Jackson G. Lu, professeur au MIT Sloan School of Management, et trois autres chercheurs montre que les employés ayant suivi une formation structurée au débat ont davantage progressé vers des fonctions de leadership. Le MIT donne même ce chiffre : dans une entreprise du classement Fortune 100, la proportion de participants ayant progressé vers des fonctions de leadership était supérieure de 12 points de pourcentage.

Mais bien au-delà de la recherche d’une carrière optimale, débattre concerne tous ceux qui exercent une autorité ou veulent défendre des valeurs ou des opinions qui leur tiennent à cœur. Car le débat ne forme pas seulement à prendre la parole : il apprend à prendre position.

Prendre la parole pour dire ce que l’on pense

Le débatteur et le leader ont quelque chose à dire. Le premier défend un contenu, le second présente une vision ou un projet. Ce qui suppose chez chacun un travail de conception et de clarification. Ils ne prennent pas seulement la parole parce qu’ils savent parler, mais parce qu’ils estiment avoir quelque chose à défendre qui leur est cher. Dans les deux cas, chacun est prêt à s’exposer à la critique, à condition que le jeu en vaille la chandelle. Si certains peuvent souffrir de sortir de la discrétion, d’autres aiment cet exercice qui alimente leur ego !

La confiance en soi du débatteur et du leader

À la différence de la conversation, le débat organise explicitement la confrontation de positions différentes. Et défendre ses opinions suppose une part de courage. Ceci est vrai pour le débatteur comme pour le leader. Le courage permet d’affronter les obstacles extérieurs, la confiance en soi donne une assise intérieure, comme l’illustre le juré n° 8 du film Douze hommes en colère : seul dans sa position, il a suffisamment confiance en lui — comme si la confiance était la version intime du courage — pour s’opposer à tous, et finit par devenir leader. Il ne prétend pas que l’accusé est innocent, il refuse qu’un homme soit condamné avant que l’on ait réellement cherché la vérité. En introduisant le doute, il appelle chacun des autres jurés à interroger ses certitudes.

Le débat : assertivité ou communication ?

L’assertivité désigne l’expression claire de son point de vue tout en respectant autrui. C’est cette qualité que Jackson G. Lu et ses collègues voient se développer grâce à la formation au débat. Avant d’être une manière de communiquer, l’assertivité est peut-être d’abord une affirmation. Asserere en latin veut dire affirmer, revendiquer, soutenir. Le débatteur, comme le leader, s’affirme en affirmant : il coïncide avec ce qu’il dit, et cela se voit. Cette cohérence entre sa parole et sa personne conditionne sa fécondité. Encore faut-il distinguer l’assertivité de la simple assurance : parler fort, être sûr de soi ou imposer son point de vue ne suffit pas pour devenir leader.

Affirmer, mais aussi délibérer

Le débatteur comme le leader doivent donc avoir le courage d’affirmer leur position. Encore faut-il pouvoir la justifier et accepter la contradiction. Le débat est affaire d’intelligence : ce que l’on affirme doit être pertinent, solide, clair et argumenté. Ce travail de la pensée prépare l’assertivité : on a de bonnes raisons de s’affirmer puisque ce que l’on dit est solide ! Mais la contradiction n’est pas seulement un obstacle à surmonter pour mieux convaincre. Elle peut devenir une ressource pour mieux penser. C’est ici que le débat rejoint une vieille idée aristotélicienne : avant de trancher, il faut délibérer. Le mauvais débatteur cherche seulement à vaincre son adversaire ; le bon débatteur accepte que son adversaire l’aide à mieux penser. Il devrait en aller de même du leader.

Conviction et humilité

Pour la tradition scolastique, avoir une opinion, c’est adhérer à un jugement tout en conservant la crainte que son contraire puisse être vrai. Le débat exige alors deux qualités apparemment contraires : assez de conviction pour défendre son jugement, assez d’humilité pour accepter qu’il puisse être nuancé ou même faux. On comprend alors pourquoi la formation au débat peut favoriser l’émergence du leadership. Elle n’apprend pas seulement à parler ou à convaincre : elle apprend à prendre position, à argumenter, à écouter la contradiction et parfois à changer d’avis. Si le débat prépare au leadership, c’est peut-être moins parce qu’il apprend à convaincre que parce qu’il apprend à mettre ses convictions à l’épreuve des autres.