Près de vingt ans après la dernière visite d’un pape à Lourdes, Léon XIV s’apprête à son tour à se rendre dans la cité mariale. À l’approche de cette venue très attendue, Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, revient pour Aleteia sur le sens de cette visite et les attentes qu’elle suscite.
À un mois de la venue de Léon XIV à Lourdes, les 26 et 27 septembre, les préparatifs s’accélèrent dans la cité mariale. Mais au-delà du défi logistique, cette visite porte une forte dimension spirituelle et pastorale, dans un sanctuaire marqué par l’accueil des malades et des plus fragiles. Programme du Pape, message attendu, préparation spirituelle : Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, détaille pour Aleteia les enjeux de cette visite.
Aleteia : Jean Paul II puis Benoît XVI se sont rendus à Lourdes lors de leur visite, en 1983 et 2004 pour le premier, en 2008 pour le second. Que représente pour vous cette nouvelle visite pontificale dans la cité mariale ?
Mgr Micas : Elle révèle pour moi l'attachement des papes au message de Lourdes. Et j'aime y voir en particulier dans cet attachement l'attention aux précarités qui sont au cœur du message de Notre-Dame de Lourdes et de la vie du sanctuaire, notamment les malades, mais aussi beaucoup d'autres personnes fragilisées par des blessures de tous ordres.
Justement, Lourdes est un lieu où toutes fragilités et blessures ont leur place. Quelle parole attendez-vous de Léon XIV ?
Ces dernières années, et plus encore ces derniers mois, notre pays a été traversé par de nombreux échanges, débats et polémiques, notamment autour du projet de loi sur la fin de vie. J'ai eu l'occasion à plusieurs reprises de dire mon sentiment à ce sujet. Comme évêque de Lourdes, j'aborde ces réflexions et ces questions d'une manière toute particulière. Parce que la question de la dignité de la personne humaine, qui est un argument invoqué pour maîtriser sa mort par exemple, ne naît pas dans le regard des autres sur elle, ni même de la personne elle-même, mais dans le regard de Dieu. À Lourdes, nous en avons en permanence sous les yeux un exemple vivant : celui de personnes éminemment dignes au regard de la foi, là où d’autres critères pourraient conduire à porter sur elles un tout autre regard. Ma mission, en tant que gardien de la Grotte, est précisément de permettre au message de Lourdes de rejoindre chacun, sans exception.
«Lourdes se prépare tout d’abord à proposer au Pape un programme qui lui permette d’être à la fois pèlerin et pasteur de son peuple.»
Lors de sa visite, le Saint-Père rencontrera justement des personnes malades, mais aussi celles et ceux qui les accompagnent : les hospitaliers, les soignants, le corps médical… Il ira également à la rencontre de personnes touchées par des fragilités très diverses, d’ordre psychique ou parfois moral, ainsi que de personnes en situation de précarité accompagnées par le Secours Catholique. Il rencontrera aussi des personnes accueillies par des associations comme Cenacolo, qui accompagne notamment des jeunes en grande détresse ou confrontés à de fortes addictions, ou encore La Demeure Aygues-Vives, qui accueille des personnes en situation de handicap mental. J’espère donc que le Pape portera un message sur la vie, sur son respect et, plus largement, sur la dignité de toute personne humaine.
À un mois de la venue du Pape, comment Lourdes se prépare-t-elle concrètement à l’accueillir ? Quels moyens exceptionnels sont mobilisés et quels sont aujourd’hui les principaux défis, notamment en matière d’accueil, de logistique et de sécurité ?
Lourdes se prépare tout d’abord à proposer au Pape un programme qui lui permette d’être à la fois pèlerin et pasteur de son peuple. Pèlerin, en lui donnant la possibilité, dès son arrivée, de se rendre à la Grotte, prendre de l’eau de la source, d’allumer un cierge... Mais aussi pasteur, en lui permettant de vivre ce que vivent les évêques et les prêtres lorsqu’ils accompagnent à Lourdes des paroisses, des groupes ou des diocèses en pèlerinage. Quant à la logistique, il y a bien sûr, toutes les questions pratiques et les contraintes qui sont liées à la sécurité. Lourdes a l'habitude d'accueillir du monde, d'accueillir des malades, d'accueillir des bus, des voitures, des trains, des avions, des hôpitaux… sauf que cette fois, tout est multiplié par dix. D’importants moyens sont mobilisés, c’est un gros défi mais nous sommes très aidés par les services de l'État et c'est main dans la main que nous avançons et réfléchissons à tout ce qu'il faut mettre en place pour que ça se passe au mieux et que le moment venu nous puissions offrir une belle fête à tout le monde.
La venue de Léon XIV marque une nouvelle étape dans le dossier des mosaïques de Marko Rupnik, qui ornent la façade de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire. Vous avez en effet décidé de les recouvrir intégralement et durablement à la mi-septembre, avec un habillage floqué du logo de la visite du Pape. Avez-vous déjà engagé une réflexion sur ce qui pourrait les remplacer par la suite ?
Cette réflexion a commencé en 2023. C'est un dossier qui procède par étapes successives à la fois pour déterminer ce qu'il convient de faire mais aussi pour se donner les moyens de permettre à des gens qui ne comprennent pas, qui ne sont pas spontanément d'accord, qui n'ont pas tous les éléments de la réflexion, de s'approprier les arguments et d'être convaincu qu'en effet la décision prise est sans doute la meilleure décision qu'il fallait prendre. En 2025, l'année jubilaire a été marquée par la symbolique des portes saintes. Ce sont donc les portes de la basilique du Rosaire qui ont été recouvertes à ce moment-là afin que le message de l'aube puisse atteindre tous ses destinataires et en particulier les personnes blessées, abîmées de façons diverses, et en l'occurrence par le scandale de violences sexuelles qu'elles ont subi. Pour les responsables du sanctuaire, il est important que le message porté par l'Immaculée Conception puisse atteindre toutes ces personnes qui viennent chercher consolation et qui sont empêchées depuis le début des polémiques entourant l'auteur des mosaïques en question.
«Pour remplacer les mosaïques de Marko Rupnik, l'idée de lancer un concours international nous est apparue.»
La venue de Léon XIV à Lourdes, durant laquelle il rencontrera des personnes victimes de violences sexuelles, exigeait qu'une nouvelle étape soit posée dans ce dossier et que les mosaïques soient recouvertes avec une décoration appropriée pour la fête de ce voyage, et qu’elle le soit durablement. Nous réfléchissons actuellement à la manière dont ce durablement va s'incarner concrètement avec comme angle d'approche de ne plus être tant se préoccuper par l'avenir des mosaïques de Rupnik que par l'avenir de la façade de la basilique du Rosaire qu'elles décorent et faire que cette façade retrouve toute sa place dans le message de Lourde pour les décennies qui viennent. L'idée de lancer un concours international nous est apparue comme étant importante ces derniers temps mais nous cherchons encore la bonne façon de poursuivre ce dossier.
Au-delà de l’organisation matérielle et logistique qu’exige une telle visite, comment la cité mariale s’y prépare-t-elle spirituellement ?
Une prière a été rédigée au plan national par l'Église en France et priée par toutes les communautés catholiques en France pour se préparer à la venue du Pape, se disposer intérieurement à l’accueillir lui et son message. À Lourdes, cela s'incarne en particulier par le fait que cette prière est dite à chaque messe et en particulier à midi au moment de la prière de l'angélus. Plus généralement, les Lourdais sont fiers d'accueillir le Saint-Père, c'est le troisième Pape qui se rend à Lourdes et c'est la quatrième visite pontificale que vit la cité mariale, puisque Jean Paul II est venu deux fois. Ils sont très heureux et ce bonheur des Lourdes croise une certaine impatience des Français de voir un Pape venir en visite pastorale, officielle dans notre pays et c'est une grande joie qui accompagne ce projet.












